
| TOME I : Hoverbus de l'enfer CHAPITRE XVIII |
| La Promenade nocturne I |
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Simfi cherchait le sommeil en vain. Depuis son plus jeune âge, il éprouvait invariablement de la difficulté à tomber endormi lorsqu’il se sentait mal. Dans le moment, son angoisse se résumait en une question : où pouvait bien être ErsEdge ? En tentant de répondre à cette interrogation, les raisonnements de Simfi s’enchaînèrent avec beaucoup d’émotivité et peu de rigueur, ce qui l’amena à envisager des possibilités de plus en plus catastrophiques dignes des mauvais ouvrages de science-fiction (p.ex. celui que vous lisez présentement). Son angoisse grandissait constamment parce que, en plus de s’inquiéter à propos d’ErsEdge, il s’inquiétait maintenant pour sa propre sécurité... et il était aussi seul que mal équippé pour l’assurer. Rien dans ce bâtiment ne lui inspirait ne serait-ce qu’un simulacre de confiance susceptible de tempérer son malaise. Les inquiétudes de Simfi se métamorphosaient en une terreur paralysante. Il se surprit à se cacher de la tête aux pieds sous sa couverture, à l’instar d’un enfant doté d’une pensée rudimentaire incapable de concevoir que ce qu’il ne perçoit pas continue à exister indépendamment de lui. Réalisant la gravité de sa frayeur via le ridicule de la situation, et avant que celle-ci (ou celui-ci, selon que la frayeur ou le ridicule engendre les pires conséquences) ne le submerge, une partie lointaine de la psyché de Simfi supposée assurer sa survie en tant qu’être humain stable et fonctionnel lui fournit une dose de courage nécessaire à l’action. Simfi jeta violemment les couvertures par terre, se leva et s’habilla, fortement décidé à effectuer une promenade nocturne pour retrouver ErsEdge. Simfi enfila ses bottes et sortit de la chambre en claquant la porte. Bien que le courage de Simfi s’approchât de la témérité, il s’amenuisa rapidement au fur et à mesure que le jeune parcourait le sombre corridor. À chaque fois qu’il passait devant une porte de chambre, Simfi sentait un courant d’air froid le narguer, ce qui décimait la force de sa volonté. À l’avant-dernière chambre, un vent à peine plus mesquin que les précédents vainquit la résistance de ses bonnes intentions; le doute revint dans son esprit. Cependant, Simfi le chassa avec diligence : après tout, rien de terriblement paniquant ne s’était produit durant la marche entre sa chambre et la fin du corridor. Elle avait duré entre une et deux minutes dans le meilleur des cas, mais cet accomplissement (il faisait très noir, vous savez), si mince soit-il (c’est sûr qu’il y avait un peu d’éclairage quand même...), suffisait à le rassurer : il se sentait capable. Simfi arriva près de l’escalier descendant au rez-de-chaussée. Il saisit la rampe et s’étira au-dessus des marches pour mieux voir et entendre ce qui se passait en bas. Il cligna quelques fois des yeux devant une luminosité sensiblement plus intense qu’en haut, à laquelle il s’adapta rapidement. Après une observation de quelques secondes, Simfi réalisa qu’il ne se passait rien dans les environs. Il descendit prudemment l’escalier tandis que les marches accueillaient ses pieds avec leurs habituelles lamentations. Maintenant rendu en bas, le problème de la direction se posa : chercher ErsEdge, certes, mais où ? Simfi évalua avec empressement quelques possibilités. ErsEdge ne pouvait pas être parti pour de bon puisque ses biens traînaient encore dans la chambre, en haut. Donc, de deux choses, l’une : soit ErsEdge passait du temps avec les membres de la communauté, soit il explorait le bâtiment en quête d’il-ne-savait-trop-quoi. Simfi choisit d’explorer plutôt que de se rendre directement dans une des salles communes. Il se dit que les membres de la communauté n’apprécieraient peut-être pas qu’il les visite à une heure aussi tardive sans raison apparente. Au pire, s’il tombait face à face avec l’une ou l’un d’entre eux, il pourrait jouer la carte de l’innocence, genre : «C’est vraiment pas droit, je me suis perdu en allant aux toilettes, yea...». Après quelques errances qui ne le menèrent vers aucune piste la moindrement intéressante, Simfi aboutit devant un corridor insoupçonné. Il découvrit celui-ci dans un point d’ombre tout à fait par hasard, en longeant prudemment un mur à la manière des assassins et des espions classiques, les bras perpendiculaires à son corps. Le caractère improbable du corridor piqua sa curiosité; il décida alors de l’emprunter. L’élève venait à peine de faire une dizaine de pas lorsqu’une porte s’ouvrit, quelques mètres devant lui. Simfi s’immobilisa et aperçut un individu d’allure masculine de taille moyenne, plus petit que lui, entrer dans le corridor et regarder en sa direction. - (Individu) : Odroca ? Si Simfi ne reconnaissait pas précisément la personne qui venait de parler, sa voix évoquait néanmoins quelque chose en lui. Il avait déjà entendu cette voix et il ne s’agissait pas d’un membre de la communauté. Elle sonnait plutôt comme celle d’un gars de l’école. Mais qui... ?
- Simfi : Euh, non, c’est Simfi. Après un bref moment de surprise silencieuse, l’individu se rappela de Simfi et s’identifia à son tour. - (Individu) : Ah oui, Simfi ! Tu me croiras pas, mais je suis vraiment content de te voir. C’est Dunwill. Simfi s’en souvenait effectivement. Il associa la voix nasillarde et enfantine de Dunwill au souvenir d’un individu avec lequel il n’entretenait pas des relations particulièrement bonnes. Simfi avait fait la connaissance de Dunwill à travers un groupe de délinquant-e-s avec lequel les hyènes socialisaient parfois, et que les autres élèves désignaient comme «les fucké-e-s». Dunwill, activement détesté par toute l’école en raison de ses remarques dénuées d’intelligence et d’humour, et d’un manque de talent franchement généralisé, ne faisait partie d’aucun groupe. Cependant, ennuyé par ce statut social peu enviable, Dunwill décidait parfois spontanément d’embarrasser son jeune frère en le suivant partout pendant des durées indéterminées (c’est-à-dire, jusqu’à ce qu’il décide de faire autre chose). Le frère de Dunwill, Tyscar, était l’ambitieux protégé d’un ami des fucké-e-s. C’est ainsi que, par trois personnes interposées, Simfi rencontra Dunwill. Simfi le détesta presque instantanément, car il le trouvait incroyablement fatiguant. Dunwill et Simfi se retrouvaient parfois assis l’un près de l’autre dans le hoverbus. À une certaine occasion, Dunwill tenta de le dominer verbalement, ce qui causa presque une bagarre. Malgré l’inefficacité de Simfi en matière de joute oratoire, Dunwill se rendit rapidement compte qu’un groupe de hyènes vaut distinctement mieux qu’une grande gueule isolée car, même si ladite grande gueule se croit beaucoup, elle ne détermine pas les règles du jeu. - Simfi : Yea, Dunwill, qu’est-ce que tu crisses ici ?! Dunwill répondit à Simfi en s’approchant de lui.
- Dunwill : Écoute, c’est vraiment important. Je suis arrivé en fin d’après-midi, avant vous autres, puis la servante, là, Odroca, elle m’a montré ma chambre. Je l’ai reconnue, Odroca; elle habitait pas loin de chez nous y’a quelques années. Un moment donné, elle est partie – je ne sais pas trop pourquoi – et elle a fini par se retrouver ici. Elle m’a dit qu’il fallait que je parte vite sinon j’aurais des gros problèmes. Simfi ne comprit pas exactement ce que Dunwill voulait dire par «prise ici». Il pensait qu’Odroca faisait partie de la communauté (à titre de membre régulière ou d’«apprentie», peu importe) ou travaillait comme domestique de son plein gré. - Dunwill : Sauf que cela pourrait être pire pour nous autres. Elle n’a pas eu le temps de m'en dire plus, mais elle va le faire plus tard quand elle va revenir. Je pensais que c’était elle qui venait me voir quand tu es arrivé. Elle a dit de me cacher ici et de l’attendre, qu’elle me trouverait de la bouffe et qu’elle me ferait sortir sans que les autres le sachent. Ils ont tellement l’air dangereux, ce monde-là !! Dunwill parlait continuellement, sans réellement se soucier de la structure logique de son propos. Simfi n’arrivait pas tout à fait à le suivre et se sentait mal à l’aise tant Dunwill déployait de l’intensité avec ses yeux grand ouverts, paniqués, et cette façon de lui parler de très près en le tenant fermement. Sa détresse semblait dangereusement proche de la psychose et sa peur résonna avec celle de Simfi, qui commençait à perdre ses moyens. Simfi tenta d’arrêter momentanément Dunwill.
- Simfi : De quoi tu parles ? Simfi continua à écouter Dunwill quelques instants. Ce dernier commença à se répéter et son discours perdit de sa clarté, l’ordre des informations devenant aléatoire. Simfi prit alors congé de lui en l’assurant qu’il suivrait ses recommandations. - Dunwill : Oui, c’est mieux que tu partes, parce que cela commence à être dangereux. Retourne dans ta chambre. S’ils nous voient ensemble, on va pas s’en sortir. Ils nous tueraient ici, là. Il faut pas qu’ils se doutent qu’on sait qu’ils préparent quelque chose contre nous. Légèrement confus, Simfi tourna les talons et secoua sa tête. En revenant par où il était arrivé, il se demandait ce qui venait véritablement de se passer. Lorsque Simfi entendit Dunwill refermer la porte de la petite pièce dans laquelle il se cachait, il prit cela comme une confirmation qu’il n’avait pas rêvé ou halluciné. |
| La Promenade nocturne II |
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Incertain de ce qu’il devait retenir du quasi-monologue semi-cohérent de Dunwill, Simfi se sentait épuisé. Il décida de retourner se coucher même si sa battue solitaire pour retrouver son ami ErsEdge s’avérait jusqu’à maintenant infructueuse. Il prit donc le chemin de l’escalier. Chemin faisant, il rencontra Tiyo. En regardant le visage de ce dernier, Simfi déduisit qu’il devait être plutôt contrarié. Cette contrariété se changea bientôt en un air à la fois victorieux et méfiant. - Tiyo : Bon, t’es là ! Cette exclamation, qui suggérait que Tiyo cherchait Simfi, surprit ce dernier. Pourquoi Tiyo le cherchait-il ? Que lui voulait-il, comme cela, en pleine nuit ? Il fronça les sourcils. Plus tôt cette nuit, lorsque Simfi quitta sa chambre en claquant la porte et en marchant bruyamment dans le corridor, il réveilla Tiyo par inadvertance. Celui-ci, qui ne dormait que légèrement, s’éveilla rapidement. Que se passait-il ? Qui, parmi les hyènes, quittait sa chambre à une heure aussi tardive ? Pour aller où ? Peut-être quelqu’un allait-il uriner, tout simplement... mais Tiyo en doutait. Quelque chose de grave devait être en train de s’organiser. Tiyo éprouvait un malaise assez profond depuis son arrivée en ces lieux, comme une sorte de pression qui écrasait insidieusement sa volonté. «Cette bâtisse-là change le monde qui est dedans...», pensa-t-il. Il croyait que la construction avait transformé des personnes normales en êtres bizarres, en les membres condamnés de cette soi-disant communauté. Tiyo considérait cette impression comme authentique. Selon lui, il ne s’agissait en aucun cas d’un égarement de sa raison causé par son épuisement et les émotions négatives vécues durant la journée, qui exacerbaient sa naturelle tendance à la suspicion. Après tout, même les résidentes considéraient l’endroit comme «maudit»... Malgré les réserves exprimées par Lièffe sur la nécessaire prédisposition à la malédiction et, conséquemment, les faibles probabilités de «contagion», Tiyo n’était pas dupe : Lièffe ne leur avait certainement pas tout dit. Peut-être était-ce sa manière de recruter (contaminer) de nouveaux membres ? Tiyo craignait que la construction damnée anéantisse sa résistance mentale à brève échéance. Peut-être un-e des leurs, la personne qui venait de le réveiller en quittant sa chambre, peut-être était-il déjà trop tard pour elle ? Peut-être se faisait-elle assimiler en ce moment même ? Elle deviendrait alors une sorte d’espion agissant contre les intérêts du groupe... Tiyo, à ce moment-là, pensait fermement que les résident-e-s manigançaient quelque chose de «crissement pas droit» contre eux. Qui donc, dans le groupe, pouvait constituer le maillon faible ? Simfi, assurément ! Ou, sinon, un-e des ami-e-s de Saraja... Tiyo se résolut alors à conduire sa propre enquête afin de démasquer le-a traître-sse probable. Il se leva sans faire de bruit pour ne pas réveiller son frère, Friyo, qui ronflait. Il le regarda brièvement avant de sortir de la chambre et réalisa quelque chose d’important : si, à l’époque, c’était quelqu’un de spécial pour lui tout simplement parce qu’il faisait partie de sa famille, Tiyo considérait maintenant son frère Friyo comme «un esti de loser». Sur cette réflexion empreinte d’un réalisme sans équivoque, Tiyo partit à la recherche du ou de la fuyard-e (sûrement Simfi, se disait-il), mais perdit bientôt sa trace. Après une exploration prudente, il finit par le retrouver... Ah ! C’était bel et bien Simfi ! Tiyo le savait.
- Simfi : Yea... que c’est qu’il y a ? Tiyo s’attendait à une excuse plus vaseuse que celle-là. Il décida de questionner Simfi encore un peu; s’il mentait, il finirait bien par révéler malgré lui des indices en cours de route.
- Tiyo : Ah. Puis ? Un court moment de silence s’écoula. Des hypothèses sur les mécanismes possiblement employés par Simfi pour le tromper commencèrent à se construire dans la tête de Tiyo. Cependant, la déclaration suivante de Simfi les réfuta. - Simfi : ... sauf que j’ai trouvé Dunwill, yea, qui s’est enfermé dans un genre de petite pièce vraiment creuse, dans un corridor caché là-bas. Simfi pointa vers la direction générale où se cachait le corridor.
- Tiyo : Dunwill ?! What the fuck ? Du point de vue de Tiyo, Simfi sous-estimait la gravité de la situation. De toute évidence, il évaluait les propos de Dunwill comme alarmistes et impertinents. Tiyo, au contraire, voyait dans le témoignage de Dunwill la confirmation de ses hypothèses personnelles en regard des intentions voilées, douteuses, des résident-e-s, et des propriétés malsaines de leur habitation maudite. D’un autre côté, Tiyo détestait presque autant Dunwill que Simfi, ce qui posait un dilemme sérieux : lequel, parmi ces deux imbéciles profonds, était le moins digne de confiance ? Il fallait sérieusement réfléchir là-dessus; ce ne serait pas facile d’en arriver à une conclusion décisive. Quoi qu’il en soit, Simfi, par sa transparence, n’apparaissait plus comme un traître probable. Tiyo se disait qu’un individu assujetti ne livrerait jamais des informations susceptibles de soulever la moindre inquiétude, le moindre doute, sur les intentions des hôte-sse-s de ces lieux.
- Tiyo : OK, bien, qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? Les deux élèves se dirigèrent en silence vers l’escalier. |
| La Promenade nocturne III |
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Pendant que Tiyo et Simfi marchaient, Tiyo constata une fois de plus, pour sa plus grande douleur, à quel point une odeur nauséabonde très caractéristique entourait Simfi. Sans faire quelque effort que ce soit, Tiyo se souvint alors de plusieurs circonstances dans lesquelles cette même odeur déplaisante – le mot était faible – perturbait son odorat. Il réalisa alors qu’il ne s’agissait pas d’un anodin, ponctuel manquement à l’hygiène personnelle embarrassant même pour Simfi. Non : sa fétidité prenait soudainement des allures chroniques, voire universelles, dans l’esprit de Tiyo. La puanteur amoindrissait sa patience et sa capacité à endurer Simfi, déjà faible, un peu plus à chaque seconde qui passait. Il restait aux jeunes moins d’une minute de marche avant d’arriver à l’escalier lorsqu’ils tombèrent face à face avec quelqu’un.
- Simfi : ! À peu près de leur grandeur, plutôt maigre, avec des cheveux de couleur lilas qui descendaient jusqu’à ses épaules et qui cachaient la majeure partie de son visage, l’individu en question portait un vêtement noir, une robe longue avec des franges sous les manches et au bas. Il s’agissait d’une personne membre de la communauté. Les deux jeunes se souvenaient vaguement l’avoir entrevu lors de leur tout premier échange avec Mastraphe, dans la salle de l’orgue recouvert de moisissure noire.
- Simfi : Euh... bonsoir, madame. La maladresse de Simfi fit exploser Tiyo de colère (déjà qu’il puait, s’il fallait en plus que celui-ci manifeste son odieuse godichonnerie (maladresse), qui plus est en l’embarrassant «publiquement»...).
- Tiyo : Criss que t’es gai, Simfi !! Tu vois pas que c’est un gars ? Simfi, dérouté par tant de violence verbale complètement gratuite à son endroit (et gêné que Tiyo le confronte sur ses tendances masochistes, car c’était effectivement le cas, bien qu’il n’était absolument pas homosexuel, cela n’a rien à voir, heille, les préjugés, là...), ne répondit pas. Eavenn demeura impassible devant l’altercation, qu’il observa en silence. Tiyo se calma aussi rapidement qu’il s’embrasa. Cela permit à Simfi d’appliquer son «plan d’urgence» préparé d’avance.
- Simfi : Excusez-moi, monsieur... il fait très noir et on est pas mal endormis... c’est que... c’est vraiment pas droit, on s’est perdus en cherchant les toilettes... Eavenn trouva louche que les deux jeunes, qui ne dormaient même pas dans la même chambre, s’égarent ensemble en cherchant les toilettes. Et que dire de la vive agressivité de Tiyo, fort peu typique des gens qui viennent de se lever... Eavenn s’adressa à Simfi. - Eavenn : Ah, eh bien... dans ce cas, venez avec moi. Il parla ensuite à Tiyo. - Eavenn : Vous, vous devriez retourner dans votre chambre. Il se fait tard. Je me chargerai de guider votre ami jusqu’à sa destination et de le remettre sur le droit chemin, celui de sa chambre. Soyez sans crainte. Tiyo comprit que Simfi partirait seul avec Eavenn. Il serait complètement isolé, ce qui pourrait être assez dangereux pour lui si Dunwill disait vrai et si les intuitions de Tiyo se révélaient exactes. Tiyo ne pouvait pas dire qu’il voulait lui aussi aller aux toilettes sans se contredire, sans perdre la face devant Simfi et Eavenn, d’autant plus que de visiter les toilettes en groupe, ce n’est pas une activité particulièrement virile quand on est un jeune mâle dominant machiste et homophobe comme Tiyo. Il continua donc à ridiculiser Simfi en prenant une voix infantilisante, cette fois-ci en lui tendant tout de même une perche au cas où il voudrait éviter d’être seul avec un des résidents. Il espérait que Simfi lirait entre les lignes et la saisirait, cette perche, quitte à se laisser ridiculiser à son tour.
- Tiyo : Yea ? C’est correct, Simfi ? Tu vas être capable de te rendre tout seul même s’il fait noir ? Ta maman ne pourra pas venir te chercher, cette fois-ci... Ils firent tous trois route jusqu’à ce qu’ils arrivent devant l’escalier. Tiyo, soulagé que Simfi parte avec son odeur mais néanmoins inquiet qu’il se retrouve seul avec Eavenn, commença à gravir les marches. Celles-ci communiquèrent une fois de plus leur misère à qui voulait bien l’entendre (personne, car tout le monde commence à en avoir sérieusement assez), alors que Simfi et Eavenn continuaient leur route. Curieusement, ils prirent un chemin différent de celui emprunté par Mastraphe lorsqu’elle guida Sesgo vers les toilettes, plus tôt au cours de la soirée. Tiyo n’accorda pas une importance particulière à cette singularité, dont il se rendit à peine compte. Il se contenta de gravir les marches en se hâtant. Rendu au deuxième étage, alors qu’il franchissait les derniers mètres le séparant de sa chambre, Tiyo sentit un vent froid qui passait en courants d’air plus ou moins réguliers de bord en bord du corridor. Il entendit aussi le sifflement dudit vent et, l’espace d’un instant, ce sifflement trouva écho dans une longue plainte, à peine audible, rappelant un interminable cri de douleur. Tiyo entra dans sa chambre et remarqua que son frère Friyo ronflait toujours, évaché de façon peu présentable. Tiyo s’étendit sur son lit. Quelques minutes plus tard, tout juste avant qu’il ne tombe de fatigue, il perçut des bruits de pas qui s’approchaient. Tiyo déduisit que Simfi devait toujours être en un seul morceau, mais une pointe de doute apparut dans son esprit une seconde avant qu’il ne s’endorme : les bruits de pas s’étaient mystérieusement arrêtés avant que Simfi n’arrive à sa chambre. |
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La suite... |
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