
| TOME I : Hoverbus de l'enfer CHAPITRE XVI |
| Roch et Pierre |
|
La nuit tombait bien bas déjà lorsque ErsEdge et sa troupe arrivèrent assez proche de la source de lumière pour distinguer assez nettement de quoi celle-ci émanait. Ils s’arrêtèrent pour contempler la scène et, bien entendu, cela dura beaucoup plus longtemps que prévu.
- Friyo : Eh bien... ! En haut de l’ultime colline qui leur faisait face se dressait un bâtiment à deux étages en forme de prisme rectangulaire, coiffé d’un toit haut en forme d’arche recouvert d’un revêtement en bronze grisâtre. La lumière provenait principalement de hautes fenêtres verticales au rez-de-chaussée, celles du second étage étant sombres. Un givre artificiel recouvrait toutes les fenêtres de l’édifice. Il empêchait quiconque de voir clairement à l’intérieur. En regardant plus attentivement, Sesgo déduisit que la lumière devait provenir d’une source pré-électrique car elle vacillait, suivant au ralenti et à un rythme atténué les bourrasques de vent... De toute évidence, cela devait être plutôt mal isolé là-dedans, conclut Sesgo. Le bâtiment, construit à partir de pierres gris foncé tenues ensemble grâce à un ciment robuste et à un quelconque savoir-faire d’artisan maçon, semblait assez vieux. Sa fière allure, la noirceur ambiante et la lumière suggérant la présence d’occupant-e-s à l’intérieur dissimulaient assez bien le fait que plusieurs sections tombaient littéralement en ruines. La disposition géographique de l’édifice aida Saraja à comprendre pourquoi ses ami-e-s et elle distinguaient mal la source de lumière lorsqu’ils et elles sortirent de la forêt. Elle estima avec raison que les pierres provenaient de là même où les fondations du bâtiment reposaient. Saraja se rappela que, de loin, le tout semblait «naturellement» prolonger le plateau vers le ciel, comme les autres crêtes montagneuses des environs qui, elles, étaient bel et bien naturelles. L’architecture du bâtiment, toute en hauteur avec une tour au-dessus du reste, accentuait cette impression.
- Malacos : Le building ressemble à une église mais, loin de toute, pourquoi une église ? Une église sans fidèles, c’est comme une église-fantôme, yea, mais pas de fantômes, parce qu’une église c’est sacré et les fantômes ne peuvent pas y entrer, yea, à moins que ce soient des fantômes saints, mais encore là, pourquoi les prêtres reviendraient en fantômes... ? La déclaration imprécise de Sesgo contraria Tiyo. Tiyo interpréta incorrectement les propos de Sesgo. Il crut que Sesgo prenait la dérape d’inspiration de Malacos comme un appui fort aux idées des chercheur-e-s en matière de paranormal.
- Tiyo : Ah, come on !! Les fantômes puis les autres affaires du genre, cela n’existe pas. La religion chrétienne n’existe pas dans l’Univers de Star Scrap, mais avouez que le jeu de mots était beaucoup trop tentant...
- Tiyo : C’est droit, cela, mon frère. C’est très droit. Penses-tu qu’on a le choix, esti de gros nul ?! Il fait froid, on a faim – tu l’as dit toi-même – et c’est la nuit ! Un moment de silence s’écoula alors que Tiyo reprenait une attitude plus détendue après cette démonstration d’agressivité aussi soudaine qu’intense.
- Judese : Hey, je pense que je viens de comprendre... La construction ressemblait effectivement à une cathédrale ou, peut-être plus exactement, à une habitation fortifiée. En effet, une tour de garde – non pas un clocher – surmontait l’ensemble, et l’architecture sobre ne présentait aucun symbole ou ornement, outre une statue humanoïde asymétrique imposante dominant l’entrée. Les jeunes ne pouvaient pas bien distinguer de quoi il s’agissait à cette distance à cause de la noirceur. Ils et elles percevaient une sorte de motif sombre se distinguant de l’ensemble.
- ErsEdge : Cela se tient, mais je ne sais pas trop pourquoi, j’ai le feeling que ce n’est pas une église. L’affirmation de Navalle contenait une telle concentration d’assurance, de certitude, même, que cela éveilla les soupçons des autres.
- Saraja : Aurais-tu lu le texte d’avance, par hasard ? Parce que ce ne serait pas correct... (Eh misère... notez que si Eddel avait fait partie de ce groupe-là, il se serait fait un immense plaisir d’annoncer aux autres que, règle générale, personne ne survit dans ces situations-là, et que les «trucs pas propres» accélèrent invariablement le processus d’extermination.)
- Malacos : Je ne pense pas qu’elle soit de ce genre-là, yea. Ils échangèrent des marques de solidarité masculine virile entre eux et avec les autres membres du groupe, tous fiers qu’ils étaient de parler de fellation, cette pratique sexuelle hautement récupérée par la pornographie, aussitôt que l’occasion se présentait. ErsEdge resta à l’écart, absorbé dans sa contemplation du bâtiment ténébreux, ainsi que Coalano, qui ne faisait décidément pas partie du groupe et ne savait pas comment se sentir face au commentaire dégradant de Malacos envers Navalle. Tiyo, jeune mâle misogyne et homophobe, appréciait particulièrement la remarque de Malacos, qui s’adressait, rappelons-le, à une personne non membre du groupe. Cela lui apprendrait ! Lui apprendrait quoi ? Il ne le savait pas trop, mais enfin... Il détestait profondément ce genre de fille qui, malgré sa médiocrité totale, se disait Tiyo, refuserait ses avances sexuelles de façon évidente. Il la méprisait au point de croire sincèrement qu’elle devrait considérer du harcèlement sexuel vulgaire et insistant à son égard comme une sorte de compliment ou de faveur.
- Saraja : Ouache. Vous êtes vraiment pas droits, les gars. Navalle, elle n’est pas comme cela, et puis elle a déjà quelqu’un dans sa vie... Les autres gars du groupe ne comprirent pas pourquoi Tiyo, après un moment de franche camaraderie, attaquait soudainement Simfi – un des leurs, après tout – aussi gratuitement. Ils ne réagirent cependant pas. ErsEdge, toujours à l’écart, ne les écoutait point. Sans la protection de son «maître» (comme dirait Tiyo), Simfi commençait à redouter le jour où ErsEdge terminerait son secondaire par l’éducation compensatoire (une question de mois). Simfi anticipait que Tiyo exercerait un leadership fort qui pourrirait sérieusement sa vie et sa réputation scolaires.
- Navalle : Ouais, mais peut-être qu’il (le narrateur, parce que Simfi, je m’en calice) n’aime pas cela ? Encore une fois, les autres membres du groupe reçurent l’attaque vicieuse de Tiyo à l’égard de Simfi avec une certaine incrédulité, mais ils ne dirent mot. Quelques secondes plus tard, ErsEdge revint dans le groupe. Il aperçut l’expression de panique contrariée de Simfi, mais ne saisit pas exactement ce qui venait de se produire. Malacos tenta de réduire la tension.
- Malacos : Euh... c’était juste un jeu de mots, là, faites-en pas toute une histoire, les hyènes... laissez Simfi et le narrateur en-dehors de cela. Le silence s’installa pendant un instant ou deux. Les personnes en présence sentirent qu’il ne restait plus rien à dire.
- ErsEdge : Fait que... on y va ? ErsEdge, suivi de ses fidèles hyènes ainsi que des satellites provisoirement invités à les accompagner, s’avança vers la colline. Ils et elles entreprirent de la gravir lentement jusqu’à l’imposant bâtiment de pierre. |
| Devant la porte |
|
Chacun grimpait la colline à son rythme. Les élèves se détachèrent bientôt en trois sous-groupes. ErsEdge et les hyènes les plus en forme (Tiyo, Simfi) devançaient leurs collègues moins aptes physiquement (Sesgo, Coalano, Friyo), tandis que les trois filles tiraient légèrement de l’arrière. Dans l’ensemble, peu de distance séparait les trois sous-groupes. Cependant, la trentaine de mètres suffisait, grâce au souffle latéral du vent, à isoler auditivement chaque sous-groupe des autres. Lorsque tous les élèves achevèrent de monter le deuxième tiers de la côte, une question survint dans l’esprit de Judese. Celle-ci ressentit un certain sentiment de déjà vu par rapport au contenu de la question; il faut dire que celle-ci lui venait en tête pour la deuxième fois en moins de quinze minutes. La dernière conversation du groupe, vaisseau de sémantique complexe sans gouvernail dont la dérive l’emmena vers des espaces sociaux de moins en moins liés à la question originelle, fondamentale, ne donna pas de réponse à Judese. Elle réitéra donc son interrogation à la principale désintéressée.
- Judese : Mais finalement, là, pourquoi, Navalle, tu disais qu’on était pas dans le district de Middlechurch ? Le questionnement de Judese rappela à Navalle de douloureux souvenirs. Cette dernière donna une réponse volontairement vague dans le but de ne pas parler ouvertement d’une situation déchirante, traumatique. En vérité, il faut savoir que le père et la mère de Navalle font partie, depuis bon nombre d’années, d’un groupe religieux conservateur justement établi dans le district de Middlechurch, comme plusieurs autres. Bien que ne vivant pas dans une quelconque commune spirituelle, ses parents visitaient la congrégation de façon très régulière. C’est ainsi que Navalle reçut une dose significative d’éducation religieuse pendant son enfance et apprit, de façon secondaire et sans s’y attarder volontairement, la géographie et la configuration du district de Middlechurch. Ladite géographie, doit-on le préciser, ne correspondait pas du tout à ce qu’elle voyait présentement autour d’elle. La religion ne touchait pas particulièrement Navalle malgré les enseignements ponctuels mais répétés des prêtres auxquels ses parents donnaient servilement écho le reste du temps. Et l’adolescence finit toujours par rattraper et confronter les parents, même les plus zélés et endoctrinants. Lorsque Navalle, à treize ans, entra en relation de couple avec un homme (homme, car déjà en début vingtaine), cela créa un tel conflit de valeurs chez ses parents (qui ne l’apprirent qu’un an et demie plus tard) qu’il et elle lui lancèrent éventuellement un ultimatum. En fin de compte, Navalle quitta la maison il y a de cela quelques mois à la suite du développement de tensions insoutenables et, depuis ce temps, demeure avec son conjoint. Navalle garde cet épisode de sa vie secret malgré son importance dramatique et le fait qu’elle ressent le besoin d’en parler, car les rumeurs vont vite, à Red River...
- Saraja : Euh, Navalle ? Navalle ? Perdue dans des pensées au contenu affectif fort sensible, Navalle s’était arrêtée. Elle perdit à ce moment-là la notion du temps et de ce qui se passait autour d’elle. Absorbée par de tristes réflexions relatives à des choix de vie survenus trop tôt dans son existence, elle ne remarqua pas que les autres terminaient l’escalade de la colline en direction de la grande bâtisse. Saraja, constatant l’état second de son amie, la prit doucement par la main. Navalle sortit de sa torpeur. - Navalle : Oui... ? Judese lui jeta un regard incertain.
- Saraja : Euh, on repart, yea. Viens ! Elles partirent à la suite des autres à un rythme accéléré. Elles les rattrapèrent bientôt.
- Tiyo : Bon, il était temps. Qu’est-ce que vous faisiez ? Friyo reprenait difficilement son souffle. Son corps un peu gros et mal entraîné éprouvait quelques difficultés à se remettre des efforts fournis pendant la randonnée. Il trouva néanmoins la force, entre deux souffles, de faire une suggestion.
- Friyo : Faudrait sonner pour leur dire qu’on est là ? Il pointa du doigt une sorte de gros truc en métal pour cogner à la porte (cela se nomme un heurtoir, l’ignare). - Simfi : Yea (yea, un heurtoir). Tiyo, puis Simfi, et bientôt tout le groupe, regardèrent avec étonnement la forme du heurtoir. Celui-ci ressemblait à deux grosses poires rattachées par le haut à une protubérance massive à peu près cylindrique pointant à quarante-vinq degrés vers le ciel, forgée avec un souci du grand détail tout à fait remarquable. Or, il ne s’agissait que d’une petite partie d’une colossale statue de bronze, ce que découvrirent bientôt les jeunes élèves pour leur plus grand étonnement. Celle-ci faisait partie intégrante de l’architecture du bâtiment et sa position suggérait qu’elle s’adossait contre celui-ci, comme si elle soutenait toute la structure jusqu’au haut de la tour de garde, d’où sa tête cornée ressortait, légèrement penchée vers l’avant dans une attitude de confrontation. La créature représentée à travers cette gigantesque statue de bronze ressemblait à un immense taureau anthropomorphique (humanoïde), au corps terriblement musclé, dressé sur ses pattes postérieures. Les deux bras tendus de chaque côté, perpendiculairement au reste du corps, comme pour empêcher l’édifice de s’effondrer, dissimulaient légèrement de grandes ailes rappelant celles d’une chauve-souris. Les élèves admirèrent silencieusement l’ensemble.
- Saraja : Respect !! Un autre moment de silence admiratif s’écoula.
- Navalle : Hé, vous ne trouvez pas qu’il ressemble à la créature qui a attaqué le hoverbus ? Franchement, Coalano ne venait pas de démontrer sa présence d’esprit aux autres par sa remarque. Même Judese le regarda avec désapprobation, le sourcils froncés, l’air de lui dire qu’il «avait été crissement faible ce coup-là». Les autres rirent brièvement de la situation. Les hyènes s'observèrent, puis tous les regards convergèrent vers Simfi. Il acquiesça de la tête avant de s’avancer vers la porte. Légèrement hésitant, il saisit les testicules du minotaure de bronze ailé, puis les abattit une première fois contre la porte. Le geste, posé avec timidité, ne produit que peu de bruit. Simfi répéta son geste deux autres fois avec plus de conviction. Peu de temps après, les élèves entendirent des pas se rapprocher de la porte. Ils et elles retinrent leur souffle, puis la porte s’entrouvrit... |
| Le Hall |
|
Les pentures de la porte émirent un grincement insistant, sans fin, cri de douleur en regret de jours meilleurs. Lorsque la porte s’ouvrit enfin au complet, ErsEdge et les autres hyènes aperçurent une fille de taille moyenne, d’âge indéterminé. Vêtue d’un habit blanc et gris-brun rappelant les antiques uniformes d’humbles ménagères miséreuses servant chez des familles bourgeoises à qui elles appartenaient pratiquement, elle portait aussi un couvre-chef qui descendait du haut de sa tête jusqu’à la moitié de son visage de façon à ce que les élèves ne puissent pas bien distinguer ses traits et ses cheveux. Saraja crut détecter une expression de vive surprise chez la fille au moment où elle les aperçut, mais cette impression resta au stade de l’intuition. Le chapeau de la fille interdisait en effet la lecture de son visage, donc de ses émotions spontanées. Quelques secondes inconfortables s’écoulèrent tandis que les jeunes se demandaient à qui revenait la responsabilité d’établir un contact formel. Certains, comme Sesgo et Friyo, croyaient que Simfi devait le faire puisqu’il avait cogné quelques instants plus tôt. Se défiler de cette tâche revenait à faire un coup pendable minable du genre sonner chez un voisin pour ensuite se cacher dans un buisson (bien que les buissons se fassent plutôt rares dans North Valley). D’autres, notamment Tiyo, savaient très bien que Simfi ne prendrait jamais une telle initiative. D’ailleurs, immédiatement après avoir utilisé le heurtoir, Simfi recula rapidement vers ses ami-e-s, comme pour donner raison à Tiyo. Ce dernier interpréta le geste de Simfi comme de la couardise de haut niveau, d’autant plus que la servante qui leur ouvrit quelques instants plus tard ne représentait pas un danger particulièrement violent. Du point de vue de la fille, présentement immobile dans l’embrasure de la porte, il n’existait aucune manière pour savoir quelle personne, parmi les membres du groupe qui lui faisait face, était à l’origine du coup sur la porte. Parce qu’elle ne pouvait pas, ou ne voulait pas parler, elle soutint le silence accablant, troublé seulement par une téméraire mais inutile bourrasque de vent qui passa en trombe entre elle et le groupe d’élèves. Alors que cette attente risquait de plus en plus de durer un siècle et d’éventuellement se fossiliser dans la mémoire de la planète, ErsEdge décida d’assumer son leadership implicite. Il avança d’un pas vers la porte et leva la main droite en signe de salut avant de s’adresser à la fille dans un langage on ne peut moins universel. - ErsEdge : Respect. Les hyènes, là, yea, et moi, on s’en allait à l’école dans notre hoverbus, mais on a eu un accident, et puis on est très mal barrés. Est-ce que ce serait possible de nous aider ? Tiyo, voyant le chef probable du groupe dans la posture du Faible, celle du Demandeur, en fait, pire, même, du Quêteux, ressentit du mépris à son égard. Il savait pourtant qu’ErsEdge agissait dans le meilleur intérêt du groupe. La fille recula successivement de deux pas en suivant une procédure motrice peu commune. Sa démarche donna à Navalle le sentiment qu’elle suivait un rituel. Peut-être était-ce sa façon de les saluer ? Navalle ne connaissait pas ce type de salut; il ne lui semblait pas typique des pratiques d’aucune confrérie religieuse de sa connaissance. La fille attendit un instant, puis leur tourna le dos et s’engagea sans hâte dans le hall mal éclairé, laissant la porte toute grande ouverte. - Coalano : Ouen, cela ne parle pas fort ici ! Par cette remarque, Coalano recréa momentanément le climat typique d’IRC à l’aube du XXe siècle dans l’Univers du ou de la lecteur-trice. Toutes les personnes présentes ressentirent, l’instant d’une milliseconde, un vague malaise devant cette anomalie spatiotemporelle incroyablement mineure. Oui, le monde passerait à travers de cette épreuve sans égratignure...
- Sesgo : Cela veux-tu dire qu’on peut la suivre ? ErsEdge lança un regard désapprobateur à Tiyo, qui ne le vit pas puisqu’il était de dos. Malacos désamorça la tension soudaine grâce à une de ses désormais célèbres envolées.
- Malacos : Bien, avec le froid qu’il fait dehors, yea, il me semble que, moi, je ne laisserais pas la porte ouverte juste pour le fun. Sinon, c’est comme essayer de chauffer tout l’Univers et puis, à la longue, yea, cela revient crissement cher, à moins d’habiter dans un Microvers (note. dans le sens «science-fiction» du terme, pas dans le sens de «vivre dans un petit ver de terre») et d’avoir une MÉGA unité thermique. Là, ce ne serait pas pire, mais en-dessous de cela, moi, je passe... Les hyènes et leurs accompagnateur-trice-s se hâtèrent de franchir le seuil de la porte. Friyo, le dernier à entrer, la referma derrière lui. Les jeunes se retrouvèrent donc finalement dans le hall. Ils et elles regardèrent autour d’eux et d’elles succinctement. La même ambiance inquiétante régnait à l’intérieur qu’à l’extérieur, bien que la température fût moins désagréable à l’intérieur. Malgré la hauteur du plafond et la largeur du corridor principal qui s’offrait à elles et à eux, les élèves se sentaient mal à l’aise, comme si l’espace ou l’air leur manquait. Judese ressentait cette impression générale de claustrophobie plus fortement que les autres. Elle porta inconsciemment sa main droite au bas de son cou, comme si elle vivait de la détresse respiratoire. Il ne s’agissait pas objectivement, médicalement, d’un malaise de cet ordre. Elle se sentait plutôt prise, comme si le fait que Friyo ferme la porte scellait le destin de tout le groupe, dont les âmes reposeraient captives dans cet édifice à tout jamais... En proie à une angoisse de finitude soudaine qu’elle n’assumait décidément pas, elle chercha du réconfort dans le regard de Coalano, son homme. Malheureusement pour elle, elle n’en trouva pas; les yeux de Coalano n’exprimaient pour le moment que de l’incompréhension devant la présente situation et un certain détachement. Il ne saisissait visiblement pas tout ce qui se passait. Même pour des yeux habitués à l’obscurité, le hall et l’immense corridor vers une des pièces principales du bâtiment demeuraient mal pourvus en lumière. Pour bien faire, se dit Friyo dans des mots moins complexes, il faudrait être nyctalope. Simfi remarqua la présence de chandelles à chacune des longues fenêtres verticales disposées à environ tous les quatre mètres. Cependant, l’immensité de l’endroit et les piliers de pierre encadrant les fenêtres empêchaient les sources de luminosité de se diffuser efficacement. Malgré cette atmosphère de noirceur aux trois quarts, ErsEdge distinguait les mouvements de la silhouette de la fille qui leur ouvrit la porte quelques instants auparavant. Il entendait aussi l’écho lugubre de ses pas, rythmés avec la régularité rigide du temps universel qui dicte ses lois à l’Univers. Inéluctablement, chacun des impacts subtils entre les bottes de la servante et le plancher de vieille pierre polie marquait le son des secondes et des minutes se perdant dans la nuit. Et la fille s’arrêta, se retourna et attendit patiemment que ses «invité-e-s» arrivent. |
| La Rencontre I |
|
La servante resta complètement immobile pendant quelques instants, le temps que les visiteur-euse-s la rejoignent. Au fur et à mesure que les jeunes se rapprochaient d’elle, ils et elles entendaient de plus en plus distinctement une mélodie de provenance diffuse, en toute vraisemblance d’une des pièces centrales de l’édifice. Cette pièce devait se trouver loin derrière la servante. Les notes rebondissaient un peu partout sur les murs, le plafond et les planchers, ce qui créait un écho monstrueux; une évidente cacophonie.
- Coalano : C’est quoi qu’on entend ? Car, oui, la sonorité de l’ensemble rappelait de façon marquée les grands orgues d’antan. Sesgo, dont les oreilles appréciaient généralement la musique, sentit un incroyable décalage entre ce qu’il entendait et ce que l’endroit lui inspirait. Comme les autres membres de la troupe, il ne se sentait pas terriblement à l’aise dans ce bâtiment. Il lui apparaissait peu vivant, mais pourtant pas mort non plus; Sesgo avait l’impression que l’édifice appartenait à l’histoire et que, par-delà la mort, il continuait à traverser le temps dans une forme grise, quelque part entre l’existence et le néant. La musique qu’il entendait, par contre, contenait une indubitable, une incroyable vivacité. L’agitation transpirant de chacune des notes jouée animait les objets qui les entouraient, comme s’ils entendaient et appréciaient, suivant le rythme. Au fur et à mesure que les élèves se rapprochaient de sa source, la musique évoquait une succession de plus en plus endiablée et paniquée d’émotions s’apparentant éminemment à une peur primale qui se dévoilait progressivement. La mélodie s’amusait à tordre leurs âmes jusqu’à ce que le malaise initial devienne une paralysante tornade de tourments. ErsEdge, devant les autres hyènes, arriva alors à quelques mètres de l’hôtesse. Celle-ci lui tourna le dos à nouveau et reprit sa marche vers les pièces principales. Les élèves la suivirent sans mot dire, perturbés de façon croissante par la musique qu’ils entendaient de mieux en mieux, de plus en plus distinctement. Maintenant rendus tout près de l’entrée de la première pièce centrale, la servante leur fit signe avec la main de s’arrêter. Les élèves attendirent sagement sur le pas de la porte. Saraja, curieuse, s’étira pour regarder à l’intérieur de la pièce. Elle aperçut un groupe de cinq personnes – en apparence tout à fait normales, si ce n’était de leurs vêtements inspirés d’une mode antique – assises autour d’une table. Suivant la servante du regard, Saraja la vit s’approcher d’une de ces personnes. Elle se pencha vers elle et lui chuchota quelque chose à l’oreille. Ensuite, son interlocutrice se leva, se tourna vers l’ouverture de la porte, et attendit avec impassibilité. Saraja déduisit que la servante venait d’annoncer l’arrivée des hyènes à la maîtresse de céans. La servante et sa maîtresse échangèrent quelques phrases – inaudibles à cette distance – avant que la servante ne revienne vers elles et eux. Lorsqu’elle fut à une demi-douzaine de mètres de la porte, elle leur fit signe avec la main d’entrer. Elle retourna ensuite se poster dans l’ombre de sa maîtresse, en retrait, la tête légèrement inclinée vers l’avant, les mains croisées sur la partie inférieure du tablier blanc qui recouvrait sa robe. ErsEdge, encore une fois, franchit le seuil le premier, bientôt imité par les autres. Les jeunes avancèrent de quelques pas, puis s’arrêtèrent. Ils et elles explorèrent du regard cette première pièce centrale. Mieux éclairée que le hall, mais tout de même moins que ce qu’il faudrait pour voir adéquatement, elle contenait un élégant mobilier de salle à dîner en bois travaillé et une décoration élaborée à partir de matériau textile rouge et noir. Tout au fond de la pièce, dans un périmètre encore plus mal éclairé que le reste, un immense orgue en bronze noirci, monté sur un piédestal, dominait l’ensemble en tyran patriarche qui contrôle avec zèle tout l’espace sous sa coupe. Dès que les élèves naufragés entrèrent, l’organiste s’arrêta de jouer. Il ne se retourna cependant pas, occupé à lire, classer des feuilles de musique, et à poser ses doigts sur les notes sans les enfoncer en guise de pratique. Les quatre personnes assises au tour de la table eurent une réponse d’orientation plus ou moins intéressée vers les visiteur-euse-s. Ils et elles leur jetèrent des regards empreints d’émotion – mais il n’était pas possible de déterminer avec précision de laquelle il s’agissait. Certains, comme ErsEdge, Malacos et Tiyo, sentirent de l’antagonisme. Navalle et Saraja n’apprécièrent pas l’impression que les personnes les observant leur lançaient une attention fiévreuse de désir haineux. Les autres ne savaient pas trop ce qui se passait, sauf qu’une vague et désagréable sensation de malaise du fait de se faire sonder l’âme jusqu’aux couches les plus fondamentales ne rassure jamais, surtout en un pareil lieu, en de pareilles circonstances. La maîtresse laissa sa servante dans l’ombre, tant au sens propre que figuré, lorsqu’elle avança de deux pas vers les élèves. Elle tendit mécaniquement les bras vers elles et eux, les paumes des mains vers le haut en un signe d’accueil somme toute assez peu convaincant. Ce geste dénué d’authenticité rappela à Saraja une brève discussion avec un étudiant fort rejet du nom de Golic. Elle ne le connaissait pas réellement; seulement, il prenait le même hoverbus qu’elle, alors elle savait de qui il s’agissait. Elle le savait d’autant plus que ses amis hyènes, et quelques fucké-e-s sympathisant avec lesdits hyènes, le prenaient parfois pour cible de leurs invectives ordurières, précédées de «Heille, Golic !». D’ailleurs, avait-il survécu à l’écrasement ? Peu importe; cela ne l’empêcherait certainement pas de dormir. Quelques mois auparavant, Golic, dans un effort d’expérimentation psychosociale plus ou moins explicite auprès de (en fait, sur) ses semblables, ajouta un bandeau multicolore à son accoutrement habituel, ce qui déclencha de vives réactions d’intolérance de la part d’une partie du hoverbus, essentiellement les fucké-e-s et quelques hyènes. Pendant la journée, Saraja rencontra Golic par hasard. Elle en profita pour le questionner de façon plus ou moins sincère... [Début du retour en arrière]
- Saraja : Golic ! Tu ne portes plus ton bandeau ?! Golic continua sa réflexion. Il ne lui répondit pas directement.
- Golic : Et puis, je crois qu’il dérange. Il y a eu beaucoup de réactions. Mais, tu sais, je ne suis même pas sûr d’avoir le droit de le porter à l’école... Saraja tentait, en lui insufflant une confiance dont le niveau se déconnectait dangereusement du réel, de pousser Golic qui, croyait-elle, manquait cruellement d’intelligence et de capacité réflexive, vers d’éventuels nouveaux sommets d’expérimentation en se prenant lui-même pour sujet ce qui, à n’en point douter, repousserait les limites de son manque de talent et lui causerait des problèmes. Et ce serait très, très drôle, bien que Golic ne ferait évidemment pas partie de la joke. Golic sentit le manque de franchise de Saraja par son attitude un peu trop amicale. Il continua. - Golic : Je voulais juste faire différent; j’essayais de quoi, pour changer. Mais les gens ne comprennent pas. Eux autres, quand ils n’aiment pas quelque chose, ils essaient de le détruire, directement ou moins directement. Juste parce que cela les dérange même si cela ne change rien dans leurs vies. C’est grave. Saraja sentait que Golic visait son groupe d’ami-e-s, ce qui n’était pourtant pas spécifiquement le cas (Golic passait son temps à généraliser; ses réflexions concernaient très rarement des individus en particulier). Elle ne comprenait pas trop où il voulait en venir; elle crut qu’il voulait la blaster subtilement, alors elle eut une réaction de défense qui la fit sortir de son rôle de semblant d’amie.
- Saraja : Qu’est-ce qui est grave là-dedans ? Golic lui tourna soudainement le dos et quitta l’endroit, laissant Saraja dans le corridor et dans le doute. Considérait-elle Golic comme un individu ayant une valeur propre ? Quelle était son attitude personnelle envers la différence ? Faisait-elle partie du problème ? Et, peu importe les interrogations précédentes, une question plus existentielle la frappa : se retrouverait-elle éventuellement seule, comme celui-ci le prédisait ? [Fin du retour en arrière] Saraja tentait de comprendre pourquoi cette anecdote lui revint en tête. Son intuition lui indiqua rapidement que le manque d’authenticité qu’elle percevait chez la maîtresse devait lui avoir rappelé le sien à l’égard de Golic. Elle ne réussissait toutefois pas à tirer une implication claire de ce point commun et, plus généralement, de ce souvenir... Au moment où Saraja émergea de ses réminiscences, la maîtresse prit enfin la parole. - Maîtresse : Je suis Mastraphe, la maîtresse de ces lieux et responsable de cette communauté. Bienvenue dans notre demeure. Excusez notre humeur un peu sombre... elle est de rigueur en ces temps troublés. Et c’est par cette déclaration que s’amorça officiellement une rencontre entre la communauté dirigée par Mastraphe et un groupe de survivant-e-s du crash. |
| La Rencontre II |
|
Mastraphe devait être âgée de vingt-quelques années. De taille moyenne, vêtue d’une longue robe de couleur obscure mettant particulièrement en valeur un physique des plus féminins, une couronne de roses noires flétries ornait sa tête. Des cheveux fort foncés descendaient de chaque côté de la couronne, jusque sur sa poitrine. La déclaration initiale de Mastraphe, malgré son apparente neutralité, causa l’éclosion d’un certain nombre d’interrogations dans la tête des jeunes. ErsEdge trouvait bizarre qu’une personne d’apparence aussi jeune tienne sous sa responsabilité une communauté toute entière. Saraja essayait autant qu’elle le pouvait de croire que Mastraphe exprimait ses intentions avec authenticité, mais quelque chose ne fonctionnait pas. Et Sesgo, irréaliste au possible, se demandait si elle était célibataire. Bien qu’il appréciait le style morbide, il ne le montrerait toutefois pas à ses ami-e-s, de peur de se faire traiter à nouveau de «demie-hyène». Indépendamment du style, il faut concéder que la beauté de Mastraphe se matérialisait effectivement dans le réel, au-delà des fantasmes d’un quelconque jeune sans grand discernement et au flux hormonal légèrement hyperactif. Cette beauté, toutefois, ne semblait pas tout à fait naturelle. Les grands yeux noirs inexpressifs de la maîtresse, d’ailleurs encore agrandis par de longues et épaisses lignes de maquillage de la même couleur, manquaient d’humanité, tout comme les autres traits de son visage, qui gardaient un aspect de jeunesse éternelle figée par leur étonnante simplicité. - Mastraphe : Mais... dites-moi, qu'est-ce qui vous amène ici en cette heure tardive ? Les hyènes se regardèrent momentanément pour savoir qui devait répondre. ErsEdge suggéra du regard que Malacos le fasse car, après tout, son style poétique convenait peut-être le mieux à la situation. Celui-ci avança d’un pas, leva la main droite en signe de salut et se lança dans un monologue passablement confus ponctué de beaucoup, beaucoup d’agitation motrice pour bien mettre les choses dans un contexte des plus imagés.
- Malacos : Yea. Respect. Merci à toi, Mastraphe, qui runne cette place avec les autres, là; salut aussi. Genre, euh, enchanté, yea. Je vais parler pour notre gang, même si c’est pas comme si on était une vraie gang, yea, je veux dire, avec un chef officiel, des badges et d’autres affaires du genre, voyez. Fait que c’est comme qu’on s’en allait en hoverbus, tout le monde, yea, c’était très très droit. Et puis un gros monstre volant a descendu le hoverbus, plein de monde est mort, puis nous on s’est sauvés de l’accident, on a marché dans le bois, yea, et on s’est rendus ici parce qu’il y avait de la lumière; cela se voyait de loin. Contrairement aux autres membres du groupe, qui félicitaient laconiquement leur camarade pour son exposé, ErsEdge évaluait plutôt la prise de parole de Malacos comme un échec. Il se demanda à quel moment celui-ci s’égara pour que son parler devienne aussi inintelligible. Navalle arriva à peu près à la même conclusion alors que Mastraphe et les autres membres de la communauté prenaient des expressions faciales erratiques. Même l’organiste s’arrêta de faire semblant de jouer et détourna la tête vers le côté. ErsEdge profita du temps de silence pour observer plus attentivement Malacos. Il perçut des signes évidents de stress chez son ami, qui tremblait légèrement des mains. Malacos, individu suffisamment rapide d'esprit pour ne pas se faire désarçonner facilement, ne devait pas du tout être à l’aise pour perdre ses moyens de la sorte. Mais que se passait-il ? ErsEdge ressentait aussi un malaise depuis son arrivée dans ces lieux, mais... Entre-temps, Mastraphe réussit à résoudre le rébus verbal proféré par Malacos. Elle offrit une synthèse aux réfugiés. - Mastraphe : Ainsi donc, vous cherchez refuge parmi nous. Dois-je comprendre que l'animal volant est la cause de votre malheur, à vous aussi... ? Saraja remarqua que les suppôts de Mastraphe prirent une expression de suspicion. Elle ne put cependant pas identifier la cause de cette réaction. - Saraja : Pourquoi tu dis «à vous aussi» ? Mastraphe sembla embêtée.
- Mastraphe : Eh bien... c’est-à-dire... votre monstre, ce doit être le même animal que le nôtre. L’organiste, nommé Aoryk, se retourna. Puis, il se leva et descendit du piédestal où se trouvait l’orgue de bronze noirci. Il s’approcha lentement de la table. Tiyo, le premier, distingua l’apparence physique d’Aoryk. Il s’agissait d’un vieil homme petit et sec. Aoryk, chauve à l’exception de quelques filaments gris qui résistaient encore à l’usure du temps, était difforme. Ainsi, sa tête penchait étrangement vers l’avant à cause d’un lourd triple menton d’origine douteuse, et la grosseur de son ventre par rapport au reste de son corps en surprit plus d’un-e. L’organiste s’appuya sur la table à l’aide de ses bras. Il releva la tête, ce qui montra ses yeux écarquillés et un nez discret, puis prit la parole sans réellement répondre à la question de Saraja. - Aoryk : Depuis un certain temps déjà, le grand animal volant nous visite presque à chaque soir. D’ailleurs, elle n’est pas encore venue aujourd’hui, mais cela ne saurait tarder... Un vent de panique irréfléchi gagna les élèves. Ils et elles pensèrent à fuir avant même de réaliser que, si les habitants de l’endroit recevaient sa visite quotidiennement, le monstre volant ne devait pas leur faire trop de misères.
- Tiyo : Quoi ?! Friyo ne comprenait pas vraiment ce qui se passait et, pour une fois, tout le monde était dans la même situation que lui. Les propos d'Aoryk et de Mastraphe comportaient en effet un certain nombre d'imprécisions. - ErsEdge : Euh... La maîtresse constata la relative perplexité de ses invité-e-s. Elle enchaîna rapidement. - Mastraphe : Quoi qu’il en soit, je comprends l'essentiel de votre situation. Elle commande une action charitable de notre part; il est de notre devoir, en tant que gardien-ne-s de ces lieux, de vous héberger et de vous garder sous notre protection pour quelque temps. Les hyènes accueillirent cette annonce avec un grand soulagement. - Mastraphe : Compte tenu de l’heure tardive, il n’est toutefois pas possible pour nous de vous offrir un repas à la hauteur de votre faim. Cela exigerait une préparation qui nous amènerait vers la fin de la nuit, ce qui ne serait pas convenable. Je propose que, pour ce soir, vous vous contentiez d’une collation. Tout ceci est un peu brusque, je le sais, mais nous allons dès maintenant vous montrer vos chambres, à l'étage. Nous discuterons plus amplement de votre situation demain et, conséquemment, nous verrons ensemble le détail de ce que nous pouvons faire pour vous, si vous n'y voyez pas d'objection bien sûr. Les jeunes, épuisés du stress engendré par la créature volante et la fatigue de cette longue marche en terrain accidenté, trouvèrent leur compte dans cette proposition, même si la politesse aurait commandé, de part et d'autre, de faire connaissance avant de demander le gîte. Cet écart aux bonnes manières ne froissa toutefois personne; le fait que Mastraphe ne semble aucunement mal à l'aise et leur offre sa protection sans demande explicite de la part des hyènes devait certainement y être pour quelque chose. Elle agissait avec l'assurance décontractée et sécurisante des gens fort habitués à recueillir des visiteur-euse-s même si cela ne devait pas arriver souvent dans un endroit aussi isolé...
- Malacos : Ouais, bien, cela a l’air d’un bon deal. Les gars ? Les membres de la communauté ne réagirent pas, comme s'ils ne comprenaient pas exactement ce qu’elle voulait dire. Mastraphe intervint.
- Mastraphe : Euh... oui, oui, bien sûr. Je me chargerai de contacter «les secours», comme vous dites. C’est évident que cela doit être fait – je n’ai pas cru bon de le mentionner et je l'aurais fait de toute manière, il va sans dire. Soyez-en certaine. Je ferai le nécessaire dès ce soir. Pour le moment, vous devriez aller vous reposer. Mastraphe acquiesça sans grande émotion. |
![]() |
La suite... |
|