
| TOME I : Hoverbus de l'enfer CHAPITRE XV |
| Les Forces |
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Loin devant l'auto-proclamé (par Fraget) «Fraget-trio», Girodos et Vikow ne couraient plus. Un certain temps après qu'Égétée, incapable de continuer, ait décidé de se cacher dans l'herbe haute, en bordure du chemin, il et elle se fatiguèrent éventuellement aussi. Girodos avait bien soutenu Vikow pendant un certain temps avant de lui-même arriver au bout de ses forces. Il et elle marchaient côte à côte, de façon rapide, toujours sous l'emprise du stress d'être poursuivis par la créature des marais. Après tout, elle pourrait surgir à tout moment des fourrés et réduire leur espérance de vie de façon drastique avec des moyens au bas mot violents. Vikow, la petite fillette de onze ans silencieuse et effarouchée, s'inquiétait de plus en plus de la créature des marais, et de moins en moins de Girodos. Non seulement il ne lui lançait plus ses paroles chargées de doubles-sens à connotation sexuelle qui la laissaient perplexe, mais en plus il l'aidait à se sauver de «la grande chose méchante» des marais. Peut-être se trompait-elle – après tout, son langage habituel n'avait guère sa place en de pareilles circonstances – mais Vikow sentait que quelque chose se transformait chez Girodos. Elle ne se trompait pas entièrement. Girodos ne savait ni à quelle distance la créature se trouvait, ni combien de temps s'était écoulé depuis leur départ de l'aire de repos. Tous ces événements, la course, les émotions, en voilà de l'action ! Cette succession endiablée d'états d'esprit s'enchevêtrait avec l'effet des herbes psychotropes consommées entre amis un peu plus tôt. Les herbes provoquaient des effets secondaires divers, accentuant souvent des prédispositions ou encore l'état dans lequel la personne se trouve au moment de la consommation. Girodos, quelque peu angoissé et méfiant depuis sa rencontre avec le monstre volant, dont les cris puissants provoquèrent chez lui une panique presque totale, ne se sentait pas particulièrement à l'aise sachant qu'une autre créature hostile, celle des marais, les cherchait. «Au moins, elle, elle ne fait pas de bruit», pensa Girodos. Les herbes psychotropes amplifiaient le malaise de Girodos au point où il en développa une sorte de léger délire paranoïde. Au départ, rien de bien particulier ne se produisit. La menace immédiate de la créature des marais temporairement éloignée, la présence de Vikow l'amena à se questionner sur ce qui faisait que leur relation ne fonctionnait pas. Il ne comprenait pas pourquoi elle ne répondait aucunement à ses avances. L'esprit du gagne-petit apprenti «gangsta», corrompu par diverses activités extrêmement douteuses dans le registre de la pornographie et du proxénitisme, se représentait les femmes d'une manière inappropriée. Il n'existait pas vraiment, dans son idéosphère personnelle, de catégorie de fille trop jeune, et la notion même de consentement – pourtant fondamentale ! – ne revêtait plus qu'un caractère de formalité des plus abstraites. Au fur et à mesure que lui et Vikow avançaient dans le marécage vers une destination à découvrir, les choses devenaient de plus en plus claires pour Girodos. Le jeune homme aux vêtements amples et excentriques, le raisonnement perdu dans un maelstrom de distorsions cognitives embrumées par la drogue, s'imaginait maintenant que des forces (incontestablement maléfiques, il va sans dire), pour une raison ou pour une autre qui restait à être élucidée, empêchaient lui et Vikow de sortir (en fait, coucher) ensemble. Ces forces ne le permettraient tout simplement pas et arriveraient à leurs fins par d'insidieuses influences sur le monde physique prenant la forme de «coïncidences». Cela pourrait arriver n'importe quand – et l'oeuvre suivait peut-être déjà son cours, débutant avec l'attaque de la créature des marais, qui sait... Il sentit que lesdites forces enlèveraient Vikow afin de lui faire subir des tourments d'une sordidité indescriptible. Et là, lui, Girodos, il commençait à comprendre, et le pire, dans tout cela, c'est que personne d'autre ne le savait ! Ah-ha ! Les forces venaient d'être démasquées, et il ne les laisserait pas faire, oh que non ! Elles verraient bien ! Envers et contre tous, en preux chevalier protecteur de la fillette orpheline (bah...), il la soustrairait à ces démons au péril de sa vie. Il en faisait d'ailleurs le serment sur son honneur, dès maintenant. Il les attendait de pied ferme. Toujours mêlé, et en chute libre de plus en plus rapide dans les profondeurs de l'abysse qui l'éloignait irrémédiablement du bon sens le plus commun, Girodos en vint alors à se questionner sur le lien entre sa relation «damnée» avec Vikow, les forces, et les raisons qui les motivaient à vouloir imposer à la fillette des rituels démoniaques. Il comprenait de cette énigme de conspiration que les forces agissaient sur l'environnement et l'esprit des autres pour créer une cascade d'événements qui l'éloigneraient de Vikow afin de pouvoir l'enlever. Même Égétée, au fond, leur servait de complice lorsque, «fatiguée», elle «préféra» se «cacher» dans le «foin» au lieu de les suivre. Il commençait à y avoir matière à douter des fondements de l'Univers (incroyable; on se croirait presque vaguement dans La Matrice). Mais pourquoi les forces voulaient-elles prendre Vikow ? Que leur avait-elle fait ? Elle devait avoir quelque chose de spécial, n'est-ce pas, pour que les forces s'intéressent autant à elle. Largement inspiré sans le savoir par un inconscient collectif à la dérive, Girodos conclut que les forces voulaient spécifiquement Vikow, entre toutes les autres filles du hoverbus, parce qu'elle était encore vierge. La solution s'imposait alors d'elle-même : elle et lui devaient avoir des relations sexuelles (il faut préciser que Girodos ignorait le passé de victime d'agression de son innocente protégée; autrement dit, pour les lecteur-trice-s lent-e-s d'esprit : Vikow n'était plus vierge depuis fort longtemps). Girodos ressentit une joie des plus intenses lorsqu'il tira cette conclusion, parce qu'elle représentait une illumination qui unifiait l'ensemble de son délire. Il croyait maintenant pouvoir résoudre le problème une fois pour toutes. Le fucké un peu gros devait agir vite (pas de problème ici), avant que les forces ne réussissent enfin à mettre la main sur Vikow (techniquemnent, les forces n'ont pas de mains, mais vous comprenez le principe). Or, il fallait également procéder avec subtilité, sinon les forces prendraient conscience de ses machinations et enverraient à coup sûr un quelconque émissaire de l'enfer (un autre !) à leurs trousses. De par ses expériences relationnelles récentes avec Vikow, Girodos se doutait qu'elle refuserait des avances directes faites dans un marais alors qu'une créature meurtrière les chasse. D'un autre côté, s'il tentait de lui expliquer la situation, les forces interviendraient pour le contrer, et Vikow ne comprendrait rien. Il opta alors pour une tactique de manipulation peu ingénieuse dont il échafauda les grandes lignes pendant que leur marche se continuait. |
| L'Initiation |
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Les deux élèves, le jeune et la super jeune, continuèrent encore leur promenade. Il et elle arrivèrent à un embranchement. Le sentier se séparait en une voie qui continuait droit devant, et une autre qui prenait à droite. Girodos suivit cette dernière, accompagné de sa protégée. Quelques mètres plus loin, il remarqua un endroit confortable dans la végétation, à moitié à l'abri des regards. - Girodos : On pourrait prendre un break, qu'est-ce que tu en dis ? Il n'attendit pas sa réponse et s'arrêta. - Girodos : On va être bien, ici. Viens t'asseoir. Il l'invita à ses côtés en frappant le sol de sa main. Vikow alla le rejoindre sur le lit naturel de mousse blanche moelleuse après un court moment d'hésitation pendant lequel elle fixait Girodos.
- Vikow : Où est la grande chose ? Il ne croyait pas vraiment à ce qu'il disait, mais évaluait qu'il fallait, en priorité totale, faire échouer le plan des forces. S'il réussissait à appliquer sa «solution», les forces et les créatures envoyées par celles-ci ne pourraient plus rien faire, ne seraient plus un problème, et la vie reprendrait son cours normal. Tout serait bien qui finirait bien ! - Vikow : Ah. Un moment de silence passa dans l'atmosphère paisible et silencieuse, bien qu'inquiétante, des marais. Vikow se reposait, les yeux fermés, alors que Girodos demeurait sous l'emprise du stress. Il devait absolument la convaincre; il se dit que sa stratégie de manipulation passerait ou casserait. Il n'avait pas le droit d'échouer, pensait-il, et se mettait ainsi beaucoup de pression. Il se lança enfin.
- Girodos : Vikow, est-ce qu'on t'a déjà parlé de l'initiation ? Vikow, introvertie et différente des autres élèves de par son passé traumatisant, n'avait jamais vraiment réussi à se faire des ami-e-s. Elle passait le plus clair de son temps à errer en silence, tristement indifférente. Sans raison objective, car elle s'habillait normalement et n'émettait aucune odeur particulière, les autres éprouvaient une impression générale de répulsion envers elle. Des rumeurs bizarres couraient et, ironiquement, ces racontars la décrivaient comme une personne sexuellement désinhibée (et, rappelons-le encore une fois : elle n'avait que onze ans). Vikow aboutit avec les fucké-e-s par hasard, possiblement à cause du magnétisme à personnes bizarres de Nolard. Ils et elles avaient eu le mérite de ne pas la rejeter et, de par leur présence dissuasive, lui offrir une certaine protection contre les bêtises des autres élèves. Vikow, sans être particulièrement bien intégrée au groupe, s'y sentait néanmoins plus à l'aise qu'avec n'importe lequel autre.
- Girodos : Là, cela fait un petit bout de temps que tu es là, avec nous. C'est correct, mais, sais, tu n'es pas vraiment dans la gang. Ce n'est pas officiel. Girodos lui donna quelques explications supplémentaires – les plus sommaires possibles – sur en quoi consistait l'initiation; il précisa que tout le monde était bien sûr passé par là (un mensonge grossier, puisque aucune initiation n'existait), et il lui indiqua que, bien qu'il existait une possibilité qu'Égétée soit homosexuelle, là n'était pas la question, et que de toute façon Égétée ne pouvait pas lui servir de tourniquet (il n'expliqua pas pourquoi). Les propos de Girodos, exprimés théâtralement, avec une agressivité pressante, soulevèrent des doutes chez Vikow. Malgré son inexpérience, l'impression qu'il se passait quelque chose de louche la gagnait, et ses demandes d'éclaircissements se multiplièrent. Lorsque Girodos comprit que plus il en disait, plus il s'embourbait, il finit par servir un argument d'autorité à Vikow. Il la sermonna ainsi sur le fait qu'elle devait lui faire confiance, d'autant plus qu'une non initiée ne pouvait espérer comprendre avant de véritablement faire partie du groupe. Ce n'était pas particulièrement logique, mais Vikow ne pouvait pas savoir que Girodos avait inventé l'initiation de toute pièce. Finalement, Vikow accepta de se soumettre à, en fait, disons qu'elle ne refusa pas de subir l'«initiation». Il faut bien sûr comprendre que, même si les aptitudes de Girodos en matière de subtilité et de manipulation laissaient vraiment à désirer, il réussissait par ses explications floues et mystifiantes à distordre suffisamment la réalité pour que la jeune et impressionnable Vikow ait le sentiment qu'il ne s'agisse pas techniquement, exactement d'un viol (bien non, voyons !), mais plus d'une sorte de jeu (vous avez bien lu, et je suis aussi scandalisé que vous). Malgré le caractère malhonnête, même, définitivement malpropre de la situation, Girodos ressentait une forte excitation sexuelle, qu'il attribua évidemment à autre chose qu'à un inquiétant début de pédophilie. Il se disait même qu'une entité supérieure représentant le Bien donnait à son hardi paladin, par sa vive érection, une sorte de sainte puissance pour vaincre les forces maléfiques. Oui, une fois que l'acte serait accompli, Girodos aurait à peu près sauvé le monde. Il s'agissait somme toute, pensait-il, d'un heureux et étrange hasard que tout cela tourne autour de Vikow, celle qu'il convoitait depuis des mois. Girodos n'osait même pas s'imaginer ce qui se serait passé si Égétée avait été la cible des forces et qu'il aurait dû.... «Eh calice», se dit-il. Le devoir héroïque aurait été nettement plus difficile à accomplir, même au nom du Bien. Fort de toute cette incontestable autorité, Girodos annonça à Vikow qu'il s'occuperait de tout, et que les choses se passeraient bien. Il ne lui restait qu'à se laisser faire. Girodos détacha ses pantalons amples, puis fit sensiblement la même chose avec ceux, plus ajustés, de Vikow. Elle se trouvait là, couchée devant lui, dans ses sous-vêtements, et le regardait de façon inexpressive. Même s'il tentait de se faire rassurant, Girodos se sentait particulièrement nerveux, pas tellement sûr de lui-même. Il n'était pas certain que les choses se passeraient comme il l'entrevoyait. Oui, bien sûr, en principe, rien de compliqué là-dedans; seulement, Girodos ne disposait pas d'autant d'expérience sexuelle et d'assurance qu'il ne le laissait supposer par les autres dès qu'il en avait la chance, et il redoutait aussi l'arrivée d'une manifestation quelconque des forces du mal pour l'arrêter avant qu'il ne soit trop tard. Il regarda autour de lui; voyant que lui et Vikow étaient bel et bien seuls, il prit une grande inspiration et commença à faire son «devoir», en «initiant» Vikow. |
| Encore une brillante idée |
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Le soi-disant «Fraget-trio» se promenait dans l'herbe haute, en retrait du sentier, depuis un bon moment. Rien de particulièrement intéressant ne se produisit jusqu'à ce qu'arrive ce qui devait arriver : ils et elle aperçurent la créature des marais à travers la végétation et la brume.
- Fraget : Attention; elle est là. Égétée demanda à Fraget et (particulièrement) à McRhod de se baisser et de ne pas faire de bruit. À cause de sa taille et de sa maladresse, ce dernier risquait de les faire repérer, d'autant plus qu'il s'étirait de tous bords, tous côtés, pour bien la voir. La créature des marais, effectivement immobile, regardait de l'autre côté et leur tournait donc le dos. Elle se trouvait à une intersection et semblait hésiter; fallait-il prendre tout droit ou à droite ? Elle savait qu'il restait des intrus-e-s à pourchasser. D'après les traces de pas, deux d’entre eux étaient partis devant tandis que les deux autres avaient tourné à droite. La créature des marais connaissait bien son domaine et craignait que, quoiqu'elle fasse, elle en échapperait quelques-un-e-s. Maintenant, comment en anéantir un maximum parmi ceux qui restent ? McRhod cherchait (au mauvais endroit) la créature des marais du regard. Il vit éventuellement que, à un endroit donné, le chemin se divisait en deux embranchements et que – oh surprise – la créature des marais se trouvait précisément là.
- McRhod : Il y a deux chemins. Elle trouvait un peu louche qu'une créature aussi efficace pour tuer et traquer se fasse contrer par l'obligation de prendre une décision aussi simple. Fraget comprit plus ou moins consciemment que l’hésitation de la créature des marais représentait une occasion en or dont ils et elle pourraient profiter.
- Fraget : Faudrait trouver un moyen pour la faire choisir, puis on irait de l'autre bord. Elle doutait légèrement de ses capacités à trouver à la fois un but et les moyens pour y arriver sans que le résultat ne soit complètement ridicule.
- McRhod : Bien, euh... Ses propos, d'une clarté peu commune, ne manquèrent pas de soulever des incompréhensions.
- Égétée : Man, de quoi tu parles ?! Fraget dut préciser sa pensée.
- Fraget : Non, pas sur elle. Plus loin, dans le chemin à droite, pour la faire aller là. Fraget et McRhod cueillirent discrètement quelques galets par terre, sur le bord du sentier. Puis, ils s'approchèrent un peu de la créature des marais. Égétée resta derrière en se disant que si les choses devaient tourner mal, au moins elle ne se ferait pas repérer. En s'approchant de la créature des marais d'un certain angle, Fraget et McRhod se trouvaient dans une position idéale pour jeter leurs cailloux dans le chemin de droite. Les deux jeunes sans grand génie savaient néanmoins qu'ils ne pouvaient pas se permettre de faire d'erreur à ce moment-ci. Au moindre accrochage, la créature des marais comprendrait que des intrus-e-s se trouvent à proximité. Pour que le plan de Fraget réussisse, il fallait qu’elle ne puisse pas localiser clairement l'origine des projectiles, et que ceux-ci lui donnent l'impression que quelque chose d’intérêt se passe dans le chemin de droite. Fraget et McRhod communiquaient difficilement, il va sans dire, par signes. Fraget exprima à McRhod qu'il souhaitait effectuer un premier test. Il jeta une roche dans le chemin. Celle-ci vola bien haut et atterrit dans l'herbe, devant la créature des marais. Elle eut une réponse d'orientation et se retourna vers le bruissement causé par la roche. Fraget et McRhod se réjouissaient. Leur plan fonctionnait ! Fraget lança une deuxième roche, cette fois-ci beaucoup plus loin que la première. La créature des marais fit un premier pas vers le chemin. Elle était presque décidée à s'y engager; il fallait seulement aider un peu les choses. Fraget lança, une à une, quelques autres roches, toujours à peu près au même endroit que la seconde. La créature des marais hésitait encore, bien que de plus en plus tentée par sa curiosité de vérifier si cette agitation provenait d'un-e ou de plusieurs intrus-e-s. Fraget communiqua à McRhod que le temps était maintenant venu de lancer toutes les pierres restantes. Ils s'exécutèrent; une nuée de cailloux décrivit un long arc de cercle au-dessus de la créature des marais, pour ensuite atterrir à peu près au même endroit que les autres. La créature des marais fit quelques pas, puis s'arrêta à nouveau pendant quelques instants. Fraget et McRhod espéraient qu'elle agirait selon ce qu'ils avaient planifié. Égétée observait ses deux collègues lancer des cailloux dans le sous-bois, plus ou moins persuadée que cela donnerait quelque résultat que ce soit. De sa position reculée et accroupie, elle ne voyait pas le détail des événements. Néanmoins, elle réalisa bientôt que la créature des marais prenait la direction du chemin de droite avec entrain ! Hâtive, la créature des marais parcourut quelques mètres de plus avant que le chemin ne braque légèrement à droite. Elle arriverait bientôt à l’endroit où la dernière volée de pierres jetées par Fraget et McRhod atterrissait quelques secondes auparavant. Au fur et à mesure qu’elle avançait dans le détour, elle entendit des bruits inhabituels, comme si des animaux s’essoufflaient à faire une activité physique quelconque. Quelques pas de plus, et la créature des marais aperçut une scène qui la laissa perplexe. |
| L'Issue |
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Girodos, couché sur Vikow, continuait avec difficulté à l’«initier». Inexpérimenté, malhabile et d'une inspiration chancelante en dépit des éléments de son délire qui lui suggéraient qu’il accomplissait une héroïque mission divine pour sauver le monde, ou presque, il lui semblait que sa jeune protégée, ou devrait-on franchement plutôt dire innocente victime, ne faisait pas d’effort pour lui faciliter la tâche. En vérité, elle ne comprenait pas exactement ce qui se passait, mais c’était pénible, douloureux, et cela lui rappelait quelque chose de fort désagréable. Vikow n'arrivait cependant pas à mettre le doigt sur l'événement dont il était précisément question. Bassement trompée par la rhétorique manipulatrice de Girodos, elle croyait qu'il ne s'agissait que d'un simple jeu visant à l'introniser «pour de vrai» dans le groupe des fucké-e-s, et ne faisait pas le rapprochement entre un jeu d'initiation, par définition contraignant et désagréable, et un viol. Girodos reçut un, puis deux, nuages de petites pierres qui rebondirent sur son dos avant de tomber par terre. Il en perdit son ultime restant d’inspiration.
- Girodos : Criss, c’est qui qui me tire des roches ? Il retourna sa tête du côté gauche pour voir ce qui se passait, mais ne vit rien de particulier. - Girodos : Oublie cela. En fait, la créature des marais, toujours confuse en face de cette scène inhabituelle, se trouvait derrière Girodos, mais à sa droite. En les entendant parler, cela lui remit les idées en place et elle en revint à l’essentiel : deux intrus-e-s traînaient là et elle se devait de les détruire. La créature des marais se dirigea vers lui et elle de son pas lourd. Girodos cachait une très large part du champ de vision de Vikow. Elle ne voyait à peu près que ce qui se trouvait directement au-dessus d’elle. La grande taille de la créature des marais, qui s’avançait, la fit bientôt apparaître là. En voyant celle qu’elle nommait «la grande chose», Vikow poussa un cri terrible. Sa souffrance était double : d’une part, le retour de «la grande chose» représentait un danger extrêmement virulent et, d’autre part, l’association entre cette créature verte-brune (qui ressemblait obscurément à son premier agresseur) et un acte sexuel (en processus) lui fit vivre, l’instant d’une seconde, une tourmente concentrée de traumatisme directement issue du viol subi lorsqu’elle était encore plus jeune. L'esprit engouffré dans une tornade de désespoir lucide, elle comprit alors plusieurs choses, notamment à quel point Girodos profitait d’elle (en fait, de sa naïveté et de son sexe). Girodos, qui abhorrait les bruits riches en décibels, s’affola. La seule chose qui lui passa par la tête à ce moment-là était en lien avec ses performances sexuelles qui, malgré la puissance qu’il leur attribuait, n’étaient pas susceptibles de déclencher une vocalisation soudaine de cette magnitude. Spontanément, il se dit qu’un amalgame de douleur et de plaisir aussi intense devait inévitablement mener à une manifestation de bonheur (?!) du genre (une autre conception erronée de la sexualité issue de la pornographie). Il regarda tout de même derrière lui à nouveau pour être certain que rien de spécial ne se produisait dans les environs. Avant même qu’il ne l’aperçoive, la créature des marais saisit Girodos par le haut de son manteau et lui donna un coup de pied vigoureux. Girodos roula sur le côté, plus paniqué que jamais. Vikow en profita pour reculer et remonter ses sous-vêtements. Elle ne récupéra toutefois pas son pantalon par manque de temps. La créature des marais vit avec curiosité que Girodos était à moitié nu, et qu’il pointait en sa direction une petite protubérance organique gluante. Incertaine, et posant l’hypothèse qu’il s’agissait peut-être d’une arme biologique, elle décida de s’y attaquer en premier – en la tranchant plus bas que moins – pour ne prendre aucun risque. La créature des marais dégaina sa lame et émascula Girodos, ce qui causa un déluge de fluides de diverses natures. Dans les minutes qui suivirent, il hurla sa douleur longuement, de façon ininterrompue. Vikow se trouvait encore assez proche de Girodos pour se faire asperger de son sang. Dégoûtée, elle le regarda d'une façon vengeresse, impitoyable; elle comprenait à quel point il profitait d'elle, et se dit que c’était bien fait pour lui avant de réaliser que son tour viendrait bientôt. Girodos ne prit pas acte de ce sentiment légitime. Plié en deux, les mains appliquées sur sa blessure, les yeux crispés par le mal, il criait de façon continuelle, et rien d'autre que sa douleur personnelle n'existait pour lui. La créature des marais, debout, faisait calmement face à Vikow. Cette dernière, plutôt que de se lever, reculait tant bien que mal en la suivant du regard. Elle se leva enfin, lui tourna le dos et s’enfonça dans les marais en courant le plus rapidement possible. Or, le marécage ne laisserait pas Vikow s’échapper. La créature des marais évalua qu’il existait une possibilité toute aussi improbable qu’aberrante, mais une petite possibilité quand même, que l'intruse de petite taille lui échappe. Elle se désintéressa momentanément de Girodos et marcha vers Vikow de son pas inexorable. Il s'agissait d'une de ces situations un peu débiles, complètement surréalistes, dans lesquelles un être de grande taille qui marche lentement rattrape un être de plus petite taille qui court avec l'énergie du désespoir. Cette énergie finit invariablement par causer la perte de la personne qu’elle est sensée sauver en lui donnant autant la force de continuer à se battre jusqu'au bout que la plus éminente maladresse de l’univers. Vikow, regardant derrière elle aux deux secondes, comprit qu’elle ne pourrait pas distancer la créature des marais. Tandis qu’elle voyait l’écart entre elle et sa fin diminuer, elle trébucha sur une vieille racine qui dépassait du sol. En tombant, Vikow douta d’elle-même; elle aurait juré que la racine se trouvait plus à sa gauche que cela. Vikow, maintenant allongée dans une position bizarre sur une terre collante qui la retenait, rampa un peu alors que le marécage la ralentissait en la faisant caler. Elle recula avec les moyens du bord, les efforts désordonnés des mains, des pieds, des jambes et des hanches n’allant pas dans le même sens comme si chaque partie du corps essayait de s'enfuir sans tenir compte des autres. Elle essaya de se retourner en s’agrippant au sol, qui lui glissa entre les mains. Elle se tortilla jusqu’à en arriver à quatre pattes, continua la course avec une gaucherie frisant le grotesque, puis regarda derrière elle. La créature des marais se trouvait tout près; elle regardait l’arrière-train de la fillette qui lui faisait face. La créature des marais l’embrocha dans les environs à l’aide du bout de son arme, qui formait une lance à deux pointes. Vikow poussa un cri rempli de surprise et de douleur alors qu’elle se faisait rapidement soulever de terre, les pointes de la lance entrant toujours plus profondément en elle. Du sang coula en abondance sur l’arme métallique. La créature des marais lui donna un élan soudain, ce qui jeta Vikow dans les airs, à peut-être un mètre au-dessus de «la grande chose». Lorsque Vikow redescendit, rattrapée par la gravité, la créature des marais lui trancha la tête à l’aide de son arme et la saisit au vol à l’aide de son autre main. Le corps de la fillette tomba par terre, jetant du sang partout sur la créature. Cela ne l’affecta aucunement; rebroussant chemin en suivant les cris, elle retourna trancher la tête de Girodos avant de se pencher et de la ramasser avec désinvolture. Quelques instants avant que ce drame terrible ne se produise (vous comprendrez que je parle plus de la mort de Vikow que de celle de Girodos), immédiatement après que la créature des marais disparaisse de son champ de vision, McRhod se leva et se retourna vers Égétée. Il chercha celle-ci du regard. Ne la trouvant pas, il lui fit néanmoins signe que la voie était libre. Sans plus tarder, Fraget et McRhod, devançant Égétée, empruntèrent le sentier qui continuait tout droit. Les trois fucké-e-s couraient avec vigueur, remplis d'un espoir renouvelé. Égétée crut entendre un cri lointain, à peine perceptible, mais l’éloignement, le stress de la fuite, et l’espoir de réussir une fois pour toutes à sortir de ce maudit marais l’empêchèrent de prendre conscience qu’il s’agissait peut-être d’un-e de ses ami-e-s venant d’être fraîchement décapité-e. Après plusieurs minutes de sprint, ils et elle constatèrent que la terre devenait plus ferme, que la végétation et l'humidité se raréfiaient, et que la lumière remplaçait la brume : ils et elle étaient arrivés à la fin du marécage ! |
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La suite... |
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