
| TOME I : Hoverbus de l'enfer CHAPITRE XIV |
| La Fuite tout court |
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Barben tarda à s'enfuir de l'aire de repos. Son esprit, déjà lent mais désormais carrément sur le neutre à cause des herbes psychotropes consommées quelques minutes auparavant en compagnie de ses amis, comprit assez tardivement que la créature des marais venait d'assassiner Nolard et Caracce. Malgré la puissante activation physiologique associée à la peur, qu'il vivait d'ailleurs de façon intense, Barben réagit avec une déconcertante absence d'empressement. Non seulement son physique perdait de sa vigueur aussitôt qu'une réponse prompte se devait d'être faite, mais son cerveau ne lui permettait pas de prendre des décisions claires, et encore moins de le faire vite. Il se contenta de courir à la suite des autres, et il connut bientôt sa douleur. Le physique de Barben, dont le potentiel viril s'effritait en raison de son alimentation de mauvaise qualité et de ses habitudes de vie sédentaires, lui montra des signes d'épuisement avant même de commencer à vraiment se mobiliser. Ce n'est qu'à cet instant précis que le délinquant par défaut comprit – vaguement, au point où vous pouvez vous demander en toute légitimité, cher-ère lecteur-trice, à quel point il s'agit effectivement de «compréhension», mais tout de même – que le corps doit être entraîné pour être efficace. Eh bien oui... Barben ne put s'engouffrer dans le sentier avec la même ardeur que ses ami-e-s, mais il se mit néanmoins en course. Tout juste avant d'arriver au chemin et de dépasser une épaisse couche de végétation qui l'empêcherait définitivement de voir le lieu où se trouvait présentement la créature des marais ainsi que les restes de Nolard et de Caracce, Barben jeta un bref regard par-dessus son épaule. Il aperçut le monstre faucher quelqu'un, mais il ne fut pas en mesure de déterminer si la créature venait de faire une troisième victime ou si elle s'acharnait sur le corps de Caracce. La créature fangeuse, de par les limites cognitives inhérentes à son espèce, éprouvait de sérieux problèmes à maintenir plus d'une seule représentation à la fois en mémoire immédiate. Occupée à tuer une partie des intrus à sa portée avec une redoutable efficacité, elle ne remarquait pas outre mesure que l'autre partie des intrus filait à vive allure vers des lieux moins inhospitaliers. Sa tâche désormais achevée, elle se retrouva dans le flou complet pendant quelques dixièmes de secondes. Or, le dernier des fugitifs (Barben) s'étant attardé peut-être une ou deux secondes de trop, il venait d'indiquer au monstre des marais par où lui et ses camarades s'étaient enfuis. Cet indice aida la créature de récupérer son but général – éliminer TOUS les intrus – et elle se lança à leur poursuite. Elle ne courait pas, car elle manquait d'équilibre à cause de sa grande taille. En fait, ce n'était pas vraiment nécessaire; il lui suffisait de faire de grandes enjambées pour parcourir une distance considérable. Barben continuait à «courir» à un rythme dénué de puissance. Malgré cela, il s'épuisa peu de temps après et fut contraint de réduire le régime au point d'une marche rapide. Il ne pouvait pas faire mieux et, de toute manière, rien ne lui indiquait que la créature des marais le traquait; dans ces conditions, pourquoi se presser ? Or, Barben ne voyait plus ses ami-e-s et n'entendait pas non plus de bruit suggérant leur présence. La végétation dense, la brume opaque, ainsi qu'une visibilité réduite par sa chevelure noire mal entretenue, lui cachaient les indices susceptibles de l'aider à les situer. Barben, seul, suivait toujours le sentier. Il détestait profondément sa situation. En effet, sans la présence rassurante des autres fucké-e-s, et sans leur leadership, il se trouvait fort démuni devant les grands requis de l'existence (i.e. la survie au sens large). L'angoisse l'envahit progressivement. Cela lui rappela tous ses efforts pour s'intégrer dans son groupe d'amis, envers lequel il nourrissait une loyauté à toute épreuve. Dans les faits, il s'agissait d'un état de dépendance presque complet; la fidélité de Barben le rendait à toute fin pratique aveugle, immobile et incapable, ce qui endormait son potentiel d'individualité déjà mince. Il acquiesçait sans discernement à toutes les demandes du groupe et approuvait ses agissements sans jugement éthique ou sens commun, même le plus élémentaire qui soit. Tout en marchant, Barben espérait retrouver ses ami-e-s qui, selon un scénario des plus optimistes, se seraient arrêtés tout près afin de l'attendre en dépit des périls que cet acte de solidarité comporte. La puissante amitié aurait primé; elle aurait donné aux fucké-e-s restants la bravoure nécessaire pour affronter la peur de voir le monstre des marais surgir à tout instant pour les trucider. - Barben : Euh, les gars... ? En réalité, il semblait bel et bien que ses ami-e-s l'avaient distancé depuis quelques instants déjà. Les autres étant partis, Barben devrait faire face à sa solitude. Il ne voulait pas, même, il ne pouvait pas le croire. Néanmoins troublé, il s'arrêta et s'assit sur un petit rocher pour récupérer et faire le point. Quelques instants s'écoulèrent sans que rien ne se passe, tant en lui qu'autour de lui. Finalement, en recourant à l'ensemble de ses capacités intellectuelles, et en dépit de son état de conscience altéré par les herbes psychotropes, Barben réussit à poser une hypothèse. Les autres délinquant-e-s devaient se trouver dans un buisson, à proximité; et ils et elles s'apprêtaient sûrement à lui faire subir une plaisanterie de mauvais goût. Il tenta de désamorcer la situation. - Barben : Heille, là, les gars, c'est fini, le niaisage ! Barben se trouvait en bordure du sentier. Examinant de plus près le sol, il vit ses traces de pas, ainsi que d'autres. À sa droite, le chemin s'en allait vers l'inconnu; les traces de pas des autres élèves continuaient dans cette direction. À sa gauche, il reconnut l'endroit d'où il arrivait. Il regarda droit devant lui. Pour la première fois depuis son arrivée dans le marécage, il remarqua la complexe beauté et le génie derrière la disposition de la verdure, omniprésente dans cet environnement. Composée de plantes diverses enchevêtrées de façon chaotique, la végétation tolérait à peine l'existence du sentier. Il ne s'en faudrait de peu pour qu'elle lui retire son consentement. L'élève dont personne ne pouvait se représenter clairement le visage perçut un bruissement dans l'herbe haute, à quelques mètres devant lui. Barben, malgré l'improbabilité de ses hypothèses, persistait à croire que ses ami-e-s se préparaient à lui jouer un tour stupide dans le but de l'effrayer. Le coup, pensait-il, avait été savamment préparé : ses ami-e-s avaient même laissé des traces pour lui faire croire qu'ils et elles étaient partis – mais on ne la lui fait pas, à lui. Or, quand on sait qu'un des tristes effets des herbes psychotropes l'empêchait de briser sa fixation sur ce scénario implausible, la situation prend un autre sens. Barben souhaitait tellement que le groupe ou une seule personne du groupe, au pire n'importe qui d'autre avec une quelconque intelligence, le sorte de sa solitude et du pétrin, qu'il ne songea pas une seule seconde que le vent ou une petite bête puisse être à l'origine du mouvement apparent des buissons. - Barben : Les gars ? Barben se leva. Le jeune marginal dépendant cherchait un indice, quel qu'il soit, qui confirmerait la présence de ses ami-e-s. Tout redevint silencieux et immobile. Barben parla à nouveau, cette fois-ci plus fort, afin de se faire comprendre une fois pour toutes : cela avait assez duré, il fallait passer à autre chose, et il ne restait rien à tirer de cette situation grotesque. - Barben : Come on, vous êtes pas cool. Sortez... ! Je vous ai vus. Quelques sons de faible intensité se faisaient maintenant entendre... toutefois, ils ne venaient pas de devant lui, mais plutôt de sa gauche. L'adolescent peu alerte resta immobile au beau milieu du chemin; il pencha sa tête légèrement vers la droite, prêtant l'oreille gauche. À chaque seconde, de façon inexorable, la sonorité devenait un petit peu plus forte, comme si elle se rapprochait via le chemin par lequel il était lui-même arrivé. Barben, curieux de savoir qui cela pouvait bien être, interprétait toujours ses perceptions en fonction d'un scénario irréaliste selon lequel ses ami-e-s reviendraient pour lui. Il ne pouvait évidemment pas s'agir du monstre des marais; Barben estimait qu'il l'avait aisément semé. Peut-être était-ce Fepari ? Ou encore McRhod et Fraget ? Et pourquoi pas; cela se pouvait très bien ! Soudainement, le doute, l'angoisse remontèrent à la surface; une mauvaise impression envahit Barben. Bien qu'il vivait ce sentiment de façon extrêmement diffuse, il en faisait l'expérience comme si chaque son battait la mesure du temps qui passait, qui s'écoulait, qui lui échappait, comme si quelque chose d'autre se l'appropriait : ses heures étaient comptées. La cadence, maintenant très proche, s'arrêta pendant quelques secondes, comme pour signifier la fin de son époque. À la gauche de Barben, la végétation bougea. Il se sentit observé, puis se retourna. Il ne se surprit même pas de constater que son souhait le plus cher venait de se réaliser : il n'était plus seul. |
| À la Recherche de Fraget |
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Plusieurs minutes avant l'irruption de la créature des marais dans l'aire occupée par les fucké-e-s, McRhod partait à la recherche de son relatif ami, Fraget. En général, si McRhod déplorait que Fraget se comporte de façon théâtrale et excessive, il ne s'en souciait pas outre mesure. Cette fois-ci, la situation revêtait une chape d'incertitude, et l'impulsivité de Fraget pourrait se révéler dangereuse pour lui-même. Celui-ci s'était en effet aventuré, sous le coup de la colère, dans une partie inconnue des marais, au-delà des limites de la brume... Se sentant responsable de son supposé ami, McRhod salua les autres fucké-e-s, puis s'éloigna du groupe par le sentier que Fraget empruntait quelques instants plus tôt. McRhod marchait d'un pas lent, cherchant scrupuleusement un quelconque indice du passage de Fraget. Il suivit ses traces de pas pendant environ une minute, puis constata qu'elles s'éloignaient soudainement du sentier pour s'enfoncer dans la végétation dense délimitant le petit chemin vaseux. McRhod s'arrêta, puis évalua différents aspects de la situation. Après avoir pesé le pour et le contre, il décida de s'engager dans le sous-bois à son tour malgré le risque de se perdre. Il passa bien deux ou trois épaisseurs de bosquets avant de déboucher naturellement sur un éclaircissement d'environ trois mètres de circonférence. McRhod comprit qu'il venait de surprendre Fraget en train de bouder activement, peut-être même de pleurer de rage, bien que Fraget le nierait assurément si McRhod tentait de le confronter sur ce point. Une brève seconde avant l'arrivée de McRhod, Fraget, alerté par le bruit des plantes écartées avec maladresse, leva la tête. Sa surprise de voir un de ses «amis», ou plutôt, de voir le seul individu du groupe qui se souciait assez de son existence pour aller le tirer des ennuis dans un environnement peu sûr, à la rigueur hasardeux, fut à la fois grande et positive. C'est à ce moment-là que Fraget prit conscience du danger de la situation et, en ce sens, la présence de McRhod le rassura un peu. Heureusement qu'il s'agissait de McRhod, se dit Fraget; en toute probabilité, personne d'autre ne serait venu le chercher sans le lui faire payer en le frappant et en l'insultant longuement. Qui sait quel genre d'animal ou de créature sauvage et meurtrière (autre que les insectes) cet endroit sinistre et humide pouvait-il bien héberger ? McRhod s'adressa à son confrère.
- McRhod : Ah, Fraget, tu es là... La place n'est pas super safe. Je me suis dit que... Il plaça une main nerveuse sur le torse McRhod, comme pour l'arrêter, tandis qu'il tournait sa tête dans une toute autre direction pour mieux entendre. Les deux jeunes satellites du groupe de délinquant-e-s entendirent, pas loin d'eux, des bruits d'herbe foulée passant rapidement de leur droite vers leur gauche. Fraget évalua que cela venait du chemin; il se demandait ce qui pouvait bien se passer. Le bruit se répéta une fois, puis une autre fois après un petit laps de temps. Toute cette agitation, qui s'accompagnait de vocalisations et de marques d'essoufflement à peine audibles, leur fit froncer les sourcils. McRhod et Fraget pressentirent que des individus, possiblement les autres fucké-e-s, s'éloignaient en courant du lieu où ils et elles se détendaient antérieurement. Ils se regardèrent; McRhod, inquiet, plissa son large front. Les deux élèves ne pouvaient qu'avancer des suppositions fort hypothétiques, car l'herbe haute, très haute, les empêchait de voir jusqu'au chemin. Fraget postula que les autres les cherchaient, et se demanda pourquoi ils et elles employaient une stratégie aussi inefficace. Fraget et McRhod s'approchèrent le plus silencieusement possible du sentier afin d'améliorer leur compréhension de la situation. Arrivés à proximité, ils regardèrent d'abord vers la gauche, c'est-à-dire vers où le bruit s'était éloigné. Outre un certain nombre de traces de pas toutes fraîches sur le sol, les deux comparses ne remarquèrent rien de particulier. Les individus passés là quelques instants plus tôt devaient déjà se trouver à des dizaines de mètres de là. Pendant que Fraget continuait inutilement son exploration visuelle du côté gauche, McRhod regarda dans l'autre direction, vers la droite. Il aperçut une très grande créature humanoïde. Elle sembla «se déplier», puis elle émergea des brumes lentement, avec maladresse, avant de finalement s'engager dans le petit chemin. McRhod, incertain quant à la décision à prendre, resta silencieux comme il le faisait toujours lorsqu'il se confrontait à des événements nouveaux. Il donna une tape sur l'épaule de son collègue afin d'attirer son attention. Légèrement agacé, Fraget se retourna vers McRhod. Ce faisant, en apercevant la créature, il comprit, et ses traits exprimèrent une inquiétude renouvelée. Les deux jeunes échangèrent un regard et, d'un accord implicite, se retirèrent subtilement dans le bosquet. Le duo s'immobilisa derrière l'herbe haute et attendit la suite. La créature se rapprochait de son pas chancelant et régulier. Sa démarche lourde donnait l'impression qu'elle se déplaçait au ralenti, en flottant, comme dans un rêve. Le doute envahit McRhod lorsque la créature arriva à sa hauteur. Quelle était-elle ? Se rendrait-elle compte de leur présence ? Après tout, le moindre faux mouvement ou bruit se distinguant de l'ambiance d'inerte décrépitude du marécage pourrait lui indiquer que quelqu'un se cache là. Si elle les trouvait, que se passerait-il ? Comment allait-elle réagir ? Peut-être feignait-elle de les ignorer pour mieux les surprendre ? Toutes ces questions défilèrent dans l'esprit de McRhod à une vitesse hors du commun pour un esprit aussi ordinaire, et il s'en trouva une légère fatigue mentale après seulement quelques secondes de ce tourbillon cognitif. Fraget ressentit plutôt une peur floue. Son émotion se vivifia quand la créature passa devant lui. La proximité d'une chose vivante imposante, inconnue, imprévisible, à l'odeur de végétaux en décomposition, était certes matière à inquiétude, à plus forte raison quand on est une personne mentalement instable comme Fraget. Sans s'arrêter, la créature effectua encore quelques-unes de ses longues enjambées. Après une seconde interminable, elle finit par les dépasser. Elle n'avait manifestement pas vu les élèves camouflés dans l'herbe haute. Curieux, Fraget avança le haut de son corps pour mieux observer la créature qui s'éloignait. Au côté gauche, la créature portait une sorte de corde rustique, enroulée et attachée de façon rudimentaire à des objets boueux vaguement sphériques bossés de la taille d'un petit ballon. Ces objets ne pouvaient pas être identifiés clairement, partiellement cachés par les couches organiques que portait la créature en guise de «vêtement». Dans ce qu'il devinait être l'équivalent de la main droite de la créature, Fraget distingua une sorte d'outil métallique. De son point de vue, il s'avérait très difficile de voir précisément ce dont il s'agissait, mais une chose était sûre : cet objet était maculé de sang. Dès lors, il commença à considérer la créature comme un danger certain plutôt que potentiel. À ce moment-ci, McRhod partageait l'état d'esprit de Fraget. Lui aussi percevait une menace imminente, car il venait de se rendre compte que le mince filet de liquide rouge qui suivait la créature était du sang qui s'écoulait de son attirail inquiétant. Fraget poussa un halètement de panique. McRhod se retourna immédiatement vers lui, ce qui provoqua un léger mouvement dans le buisson. Ses yeux tout grand ouverts fixaient Fraget intensément et révélèrent son appréhension du moment : ils venaient potentiellement de se faire repérer. La créature des marais s'arrêta. Elle jeta un regard à gauche, puis émit ce qui ressemblait vaguement à un léger grognement. Après quelques secondes d'hésitation, pendant lesquelles son système nerveux s'efforçait de prioriser l'extermination des intrus qui s'enfuyaient aux dépens de la vérification de l'origine d'un bruit bien sûr louche mais somme toute banal, la créature se remit en route. Pendant qu'elle s'éloignait d'eux, Fraget et McRhod retinrent leur souffle puis, quand la créature disparut dans la brume, ils poussèrent un soupir de soulagement. |
| Le Sandwich |
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Fraget et McRhod attendirent encore quelques instants avant de bouger pour s'assurer que la créature, suffisamment éloignée, ne représentait plus aucun danger pour eux. Lorsqu'ils se sentirent en sécurité, ils échangèrent nerveusement sur ce qui venait de se produire tout en faisant quelques pas vers l'avant. Ils sortirent du bosquet et arrivèrent dans l'étroit chemin de vase, où les nombreuses empreintes de pas, malgré leur fraîcheur, commençaient déjà à perdre leur forme.
- McRhod : Qu'est-ce que c'est, cette chose ? Techniquement, Fraget et McRhod ne savaient pas qu'il s'agissait d'une arme, mais ils déduisirent correctement sa nature à partir du contexte. - McRhod : Oui... et regarde, il y a du sang, là. McRhod pointa par terre, avec son doigt, et décrivit une trajectoire grossièrement linéaire en s'éloignant vers l'avant. Le geste suivait approximativement les empreintes de pas de la créature des marais. Fraget remarqua effectivement la traînée de sang.
- Fraget : Sais-tu ce qui s'est passé ? Si les vagues amis évitaient d'aborder la question directement, ils sentaient tous les deux que certain-e-s fucké-e-s manqueraient à l'appel pour cause de décès. McRhod tenta un de ses habituels sourires naïfs, qui se voulait rassurant, mais il n'y croyait pas lui-même. Il y eut un moment d'indécision. McRhod questionna son camarade.
- McRhod : Qu'est-ce qu'on fait ? La proposition rendit McRhod confus.
- McRhod : Dans le feuillage ? Fraget, individu particulièrement impulsif et mal pourvu en matière d'auto-critique, formulait aisément toutes sortes d'idées, et insistait toujours auprès des autres pour donner son avis, ce qui menait parfois à des conséquences négatives pour lui. D'un point de vue extérieur, cela pouvait lui procurer une apparence de leadership dépassant celui de Fepari, peut-être même celui de Faque, bien que, la plupart du temps, ses plans improvisés manquaient de rigueur et comportaient des failles évidentes que les membres influents du groupe ne manquaient pas de lui souligner. McRhod se fiait sur Fraget pour la prise de décision, peu conscient des risques de le suivre quasi-aveuglément dans ses idées aussi soudaines qu'irréfléchies. Les deux compères marchèrent avec prudence vers l'aire de repos, attentifs à toute manifestation suspecte. Les marais, malgré la violence des événements, conservaient leur désarmante inertie. Rien ne les émouvait et, après tout, cette partie de la nature accueillait la mort avec la plus grande sérénité, car elle représentait l'essence même de ces lieux. Après plusieurs minutes d'une déambulation semi-maladroite, semi-silencieuse, Fraget et McRhod se retrouvèrent au seuil de l'éclaircissement boueux. Avec précaution, cachés derrière un pan de végétation, ils explorèrent visuellement leur ex aire de repos avec insistance. Ils comprirent que plus personne ne se trouvait là. Les deux survivants s'avancèrent, jetant des regards anxieux à gauche et à droite en réaction au moindre mouvement. Ils virent bientôt les corps décapités de deux ancien-ne-s fucké-e-s.
- Fraget : Fuck ! C'est dégueulasse !! En effet, les corps appartenant autrefois aux individus désignés par McRhod gisaient par terre, sans tête repérable dans les environs. Les frappes portées à l'aide d'une arme tranchante surprenaient par leur précision; les coupes étaient sans conteste impeccables. Faque et McRhod, en état de choc de voir leurs semblants d'ami-e-s dans cet état, n'osèrent pas s'approcher des corps, et ne jugèrent pas non plus opportun de les fouiller. Ainsi, et pour leur plus grand bonheur, les jeunes perdus ne se rendirent pas compte de à quel point les insectes sortaient du sous-bois (ou, devrait-on dire, de la sous-swamp) environnant dans une opération de levée en masse relativement discrète, pour faire un festin des plus décadents sur les cadavres encore chauds. Par cette action des plus naturelles, le marais se réapproprierait l'espace souillé par le sang des innocent-e-s. - Fraget : On a un crisse de problème. Fraget commença à craindre que les délinquant-e-s aient tous été décapités par la créature des marais. S'il n'aimait pas l'attitude des autres personnes du groupe à son égard, Fraget les voyait comme les seuls individus amicaux dans un environnement lui étant hostile et ce, depuis toujours. Il avait vécu bien des misères dès son plus jeune âge, tant en contexte familial que scolaire. Tous ses échecs faisaient de lui un individu à la personnalité détestable; dans toute sa vie, seul-e-s les fucké-e-s toléraient sa présence. Il leur en était redevable, jusqu'à un certain point dépendant. Ainsi, il pouvait avoir des idées et poser des actions; toutefois, la capacité d'échafauder des plans cohérents orientés vers des buts lui faisait défaut. Fraget ne le savait pas de façon explicite, mais il pouvait difficilement se débrouiller sans le reste du groupe. McRhod, occupé à se demander où pouvaient bien être les têtes, n'entendit pas son collègue. Peut-être la créature des marais les mangeait-elles ? Ou les collectionnait ? Mais alors, dans quel but ? Peut-être était-ce un rituel ? Les réflexions exobiologiques de McRhod s'arrêtèrent lorsque Fraget le ramena à des considérations plus immédiates.
- Fraget : McRhod... MCRHOD ! Là, il faut... McRhod acquiesça silencieusement. Le fait que Fraget massacre son nom et ne porte pas attention à ses rectifications le contrariait, mais il comprenait néanmoins que la situation ne se prêtait pas tellement à des préoccupations d'ordre phonétique. Ils explorèrent sommairement les environs de la petite clairière au plancher fraîchement repeint en rouge. McRhod aperçut à nouveau des traces de sang sur le sol. - McRhod : Fraget ? Il y a quelque chose ici. Fraget se trouvait à une quinzaine de mètres de là. Il accourut.
- Fraget : Quoi donc ? Fraget se rapprocha et examina le liquide rouge. Il évalua lui aussi qu'il s'agissait de sang.
- Fraget : Mais, comment cela se fait que... ici ? Les deux enquêteurs improvisés suivirent la trace de sang pendant quelques instants, espérant qu'il n'appartenait pas à Nolard. Ils découvrirent bientôt le corps du délinquant, lui aussi délesté de sa tête, et dans une position des plus embarrassantes. McRhod examina de plus près la coupure. Aucun doute là-dessus, elle portait bel et bien la même signature technique que celles retrouvées sur les cadavres de Fepari et Caracce.
- McRhod : Ah non ! La créature a tué Nolard pendant qu'il pissait !! Comme vous vous en souvenez probablement, cher-ère lecteur-trice, Nolard n'était pas exactement en train d'uriner lorsque la créature des marais l'agressa. Or, même durant ses derniers instants de vie, le grandiose Lord No réussit à garder un peu de noblesse et à dissimuler les apparences pour les éventuels témoins de sa déchéance; grand bien lui fasse. Ses loyaux sujets, lesdits Nonos, dignement représentés ici par la délégation Fraget-McRhod, lui rendirent les derniers hommages dus à son rang (pas vraiment, dans le fond, sauf qu'il fallait une formulation aristocratique, vous comprenez...). En fait, la découverte d'une troisième victime dans les rangs des fucké-e-s attrista Fraget et McRhod. Et ce n'était pas n'importe laquelle victime ! C'est Nolard qui, grâce à ses amitiés avec les personnalités dominantes du groupe des fucké-e-s, mais aussi son étonnant pouvoir d'attirer et de se faire aimer par les individus de peu de talent, permettait à Fraget et à McRhod d'exister dans le groupe. Sans Nolard comme médiateur ou interface, leur statut social déjà précaire pourrait à tout moment sombrer... Les deux individus éprouvèrent une forte inquiétude à cause de cela, mais aussi du ressentiment. En effet, ils appréciaient généralement Nolard, et Fraget sentit cette mort rapprochait la présente situation du pire scénario imaginable. Le reste du groupe survivrait-il... ?
- Fraget : Il n'y a plus rien à faire ici. Les autres ne sont pas là. Ils sont partis de l'autre côté. (Plug de titre d'épisode, voyez...) McRhod signifia à Fraget qu'il attendait une nouvelle initiative de sa part.
- McRhod : Et maintenant ? Les deux jeunes retournèrent sur leurs pas jusqu'à l'éclaircissement, contournèrent de loin les corps de leurs deux ami-e-s, puis empruntèrent le sentier de nouveau en suivant les traces de sang, avec toute la réserve dont ils pouvaient faire preuve. Au bout du compte, les résultats tactiques restaient mitigés. Ils s'enfoncèrent néanmoins dans la brume, ressentant tous deux une certaine crainte. |
| Camouflés |
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Fraget et McRhod filaient l'énigmatique créature des marais de façon distante, avec la prudence qui sied aux aventuriers méfiants. Ils marchaient lentement à sa suite, prenant bien soin de laisser un écart le plus grand possible entre elle et eux sans la perdre de vue. Ainsi, selon leur perspective, elle se trouvait toujours à la limite de disparaître dans la brume. Si Fraget et McRhod, par précaution, tentaient de minimiser le bruit de leurs pas, la boue collait et décollait successivement de leurs chaussures, rendant caduques leurs efforts. La créature des marais s'arrêta éventuellement. Les deux élèves perçurent avec difficulté une voix lointaine, vaguement familière, qui s'adressait à on ne sait trop quel interlocuteur. Les jeunes se regardèrent et se questionnèrent à voix basse.
- McRhod : Tu as entendu ? Fraget, habitué à s'éclipser soudainement pour ensuite épier ses ami-e-s, trouva enfin une quelconque utilité à cette incroyable habileté. Sans avertir, il se jeta dans les broussailles à sa gauche et s'éloigna du chemin. McRhod, surpris, eut l'impression que Fraget suivait un plan ingénieux et amusant. Or, ce dernier agissait impulsivement et sans tactique très définie, comme à son habitude. Souriant joyeusement, McRhod s'élança à son tour dans sa très haute majesté l'herbe. Penchés pour ne pas se faire repérer, les deux jeunes couraient accroupis à travers la végétation. Soudainement, Fraget vira à droite avant de se lancer dans un sprint. Lorsqu'il évalua que lui et McRhod devaient être rendus à la hauteur de la créature, il troqua subitement sa course pour un pas court, discret. Évidemment, l'idée de Fraget était d'appliquer ses talents d'observateur fourbe et furtif à l'espionnage. En le faisant à partir d'un lieu camouflé, la créature ne les verrait pas. McRhod, qui ne saisissait pas le but réel de la manoeuvre et se plaisait bien à courir dans l'herbe avec insouciance, ne s'aperçut pas que Fraget venait de freiner brutalement; il entra en collision avec lui s'étala de tout son long (il devait bien faire au moins 1,80 m), face première dans la vase, après avoir effectué un plongeon inverse fort maladroit sur le dos de Fraget. Le bosquet fut saisi d'un bruissement suspect tandis que McRhod, boueux à souhait, tentait de se relever. L'air piteux de McRhod permit à Fraget de surmonter, grâce à un puissant effort de volonté, son envie torride de crier des injures à son comparse vaillant, mais trop enthousiaste. Fraget et McRhod confortèrent leur position en se rapprochant légèrement du chemin jusqu'à ce qu'ils aperçoivent la créature des marais à travers les plantes. Elle restait là, immobile, et fixait quelque chose. Le deux jeunes entendirent la même voix que tout à l'heure. Cette fois-ci, ils reconnurent Barben bien qu'ils ne purent pas le localiser, ce qui était étrange, ne trouvez-vous pas ? - Barben : Les gars ? En fait, Barben demeurait invisible pour ses deux camarades à cause de sa position assise. Il se leva, se révélant ainsi à eux, et regarda vaguement devant lui. Bien que Fraget et McRhod ne discernaient pas ses yeux derrière la masse de cheveux noirs enchevêtrés qui couvrait la tête et le visage de Barben, ils n'eurent pas l'impression que ce dernier les avait repérés. C'était comme s'il lançait un regard, puis une phrase – à tout hasard – à l'intention de quiconque se trouvait dans le bosquet, si quiconque il y avait. - Barben : Come on, vous êtes pas cool. Sortez... ! Je vous ai vus. Alors que Fraget lui adressait un regard bref pour ensuite se concentrer à nouveau sur la créature des marais, McRhod ne décrochait plus son attention de Barben. Il en oublia pratiquement la créature fangeuse, de sorte qu'il bougea comme s'il voulait se lever à son tour et dire bonjour à son ami, tombant ainsi maladroitement dans le panneau tout grand ouvert devant lui par le bluff complètement aléatoire de Barben. Fraget le retint, le regarda gravement, et pointa la créature du doigt. McRhod réalisa la gaffe qu'il s'apprêtait à faire, perdit momentanément le sourire, et s'immobilisa sagement dans l'herbe haute. La créature surveillait Barben depuis quelques instants déjà. Cachée par un petit renflement de végétation, elle pouvait observer ses moindres faits et gestes alors que lui ne se rendait pas du tout compte de sa présence. Lorsque Barben se leva, elle sortit de sa cachette et s'avança lentement vers lui. Une dizaine de mètres les séparaient lorsque Barben se retourna et prit acte de sa présence. La créature des marais s'arrêta à nouveau et le confronta de sa silencieuse présence. Du point de vue de Fraget et McRhod, il devint évident que, quelques minces secondes plus tard, Barben manifestait des signes intenses de panique. Par réaction de surprise, il entama divers mouvements désynchronisés de recul, comme si la peur envahissait les différentes parties de son corps de façon progressive, inégale, provoquant une série de réactions locales rapidement supprimées. Barben tremblait de peur, effrayé par la créature. Peut-être que, dans un monde idéal, Barben aurait dû profiter au mieux de la lenteur de ce grand vivant boueux peu agile pour s'enfuir et gagner quelques précieuses longueurs d'avance sur elle. Mais Barben resta en place et attendit la suite, faute de pouvoir faire mieux. Vous vous en doutez, cher-ère lecteur-trice, la confrontation visuelle ne dure jamais éternellement, peu importe à quel point elle peut sembler longue pour les protagonistes. La créature sortit bientôt son arme métallique et la mit bien en évidence, au-dessus de sa tête, peut-être en signe de défi.
- McRhod : Oh non ! Barben va se faire tuer par la créature ! Il faut faire quelque chose. Pendant qu'ils échangeaient à voix basse, la créature des marais se rapprochait lentement de Barben de son pas habituel, lourd, aussi en mal d'équilibre qu'inéluctable. Barben, de plus en plus paniqué, se voyait complètement captivé par l'approche de la créature des marais. Fraget assistait avec intérêt à la rencontre des derniers éléments de drame qui feraient bientôt place à une retentissante scène d'horreur. Tout comme McRhod, ou n'importe laquelle autre personne la moindrement sensible au massacre d'un de ses semblables, il sentait son ventre se serrer. Toutefois, Fraget vivait le moment présent avec autant d'excitation que d'angoisse. Une pulsion de vengeance plutôt violente remonta à la surface lorsque le ressentiment envers ses ami-e-s évinça la compassion de son espace mental. Fraget sourit méchamment en se disant que, finalement, les autres méritaient bel et bien leur punition, et qu'ils-elles auraient dû mieux se comporter à son égard, mais que le repentir tardif ne pouvait en aucun cas entraver la puissance destructrice, ballistique, du monstre. Ils connaîtraient leur douleur ! En voyant les choses de cette façon, il réussissait à se convaincre que la créature des marais servait d'extension meurtrière à sa volonté de justice (très personnelle, disons-le) et que, d'une certaine façon, elle lui était subordonnée. Bien entendu, lui, Fraget, moralement supérieur, se trouvait bien au-delà de toute atteinte possible. Pendant ce temps, McRhod, loin des fantasmes quasi-psychotiques (ou, à tout le moins, assez déconnectés) de Fraget, ne parlait plus. Impuissant, il visualisait ce qui se passerait d'ici quelques secondes. Son esprit réalisa douloureusement que Barben mourrait comme Nolard et les deux autres fucké-e-s retrouvés sans tête. Pendant que McRhod réfléchissait à ce grave problème philosophique, la créature se rapprochait sans empressement de Barben l'hébété. Quelque chose de puissant, primitif, qui ne dépendait heureusement pas de l'intelligence de Barben, s'éveilla alors. Une seconde plus tard, influencé par cette force de vie, son esprit rassembla ce qui lui restait de lucidité et commença à préparer sa fuite. Et il était temps; la créature se trouvait à moins de trois mètres de lui et Barben serait à portée de sa lame dans un instant. Lorsque Barben fut sur le point de reculer de quelques pas, se donnant ainsi la marge de manoeuvre suffisante pour tourner les talons et entreprendre une course effrénée qui le sauverait peut-être, McRhod, n'écoutant que son courage, et souhaitant plus que tout prévenir la mort de Barben, se leva et lança un cri désespéré. Fraget ne put l'en empêcher, trop absorbé par ses ruminations sadiques. - McRhod : Barben, cours ! Excessivement surpris de voir surgir un de ses amis, particulièrement un de ceux qui ne parlait d'ordinaire pas beaucoup, Barben détourna la tête vers McRhod en se disant néanmoins que, ah-ha, il savait bien, tout à l'heure, qu'il n'était pas seul, et... La créature des marais, déjà engagée dans sa tâche d'élimination, ne se laissa pas distraire. Elle profita de l'occasion pour franchir le dernier pas qui la séparait de sa victime et, d'un geste aussi sec qu'énergique, lui trancha la tête à l'aide de son arme. Le corps de Barben s'écroula giclant du sang à forte pression sur tout le périmètre, sous les yeux de McRhod. Celui-ci, toujours debout à découvert, le sourire du courageux compagnon encore figé sur son visage, le doigt pointé vers la créature des marais avec la prestance d'une statue historique, vit que la créature des marais récupérait la tête de son autre main avant même que celle-ci ne touche le sol. La créature se retourna alors vers McRhod et, sans plus tarder, avec conviction, fit un premier pas vers lui... |
| Inversion |
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La créature des marais avançait vers McRhod et Fraget, sa progression étonnamment peu entravée par l'herbe haute et épaisse. De l'extérieur, cela donnait l'impression que la végétation s'écartait sur son passage. Les deux jeunes détalèrent sans demander leur reste; en se jetant de plus belle dans la végétation, ils s'éloignaient encore et toujours du chemin. Même si sa volonté de survie immédiate lui commandait d'emprunter cette trajectoire, Fraget espérait revenir plus près du sentier dans le but de retrouver les autres – si bien sûr ils et elles avaient survécu, ce dont il ne pouvait être certain. La poursuite fut de courte durée. La créature estima qu'à la vitesse où les deux intrus couraient, elle se ferait distancer et ne saurait les retrouver dans toute cette brume. Elle s'arrêta, les regarda disparaître à travers l'herbe haute, puis rebroussa chemin jusqu'au sentier. Il fallut un certain temps à Fraget pour se rendre compte que la créature des marais ne les suivait plus. Fraget enjoignit McRhod de s'arrêter et de se baisser. Les comparses, invisibles grâce à l'environnement naturel du marécage, restaient vigilants. Peut-être était-ce une ruse pour mieux les attraper ? Au bout d'un moment, puisque rien ne se produisait, Fraget commença à discuter avec McRhod.
- Fraget : Bon, je pense qu'on l'a eue. McRhod se releva de sa position accroupie en prenant tous les moyens nécessaires pour ne pas révéler sa présence à une potentielle créature des marais embusquée qui n'attendrait que ce signal pour les agresser avec sa rage et sa lame meurtrières. À un moment donné, McRhod constata qu'il ne restait plus rien à relever; entièrement debout, depuis ses 1,80 m., il ne voyait vraiment rien d'anormal ou de menaçant dans les parages. Dans l'esprit de souligner leur victoire, McRhod déploya un large sourire, montrant une fois de plus aux marais sa large et parfaite dentition.
- McRhod : Tu as raison; il n'y a plus rien. Un moment de silence assez désagréable s'écoula. McRhod se demanda éventuellement à quoi ressemblerait la suite des événements. Fraget ne savait pas quoi dire pour rétablir la communication, alors il invita tout simplement McRhod à le suivre d'un geste de la main. Ils continuèrent leur excursion dans les marais en restant à l'écart du sentier. Fraget et McRhod perçurent un bruit, comme quelque chose qui tassait des herbes en s'en venant vers eux. Son avancée, irrégulière, semblait pénible. Fraget s'arrêta et se baissa, bientôt imité par McRhod. Une voix se fit entendre; les deux élèves reconnurent immédiatement Égétée. - Égétée : Les gars ? Est-ce que c'est vous ? Où est-ce que vous êtes ? Ils se levèrent subitement, ce qui la surprit beaucoup; elle ne s'attendait pas à ce qu'ils surgissent à une telle vitesse, surtout d'aussi près d'elle.
- Égétée : Ah !! Il ne dit rien. Il tenta, pour la calmer, de sourire de façon amicale. Égétée eut l'impression qu'il ne faisait qu'afficher - encore - sa profonde ineptie. Elle tenta de ne pas trop lui montrer de mépris. - Égétée : Ah, c'est vous autres. Même si le fait de revoir une partie du groupe des fucké-e-s l'encourageait en général, elle ne se sentait pas tellement rassurée de voir ces deux-là en particulier. L'instabilité et l'imprévisibilité de Fraget la rendaient insécure et, dans pareille situation, elle se demandait bien si le fait d'être avec eux augmenterait ou diminuerait ses probabilités de survie. Elle craignait qu'ils puissent, à tout moment, avoir une idée spontanée, déconnectée, et agir de façon complètement inappropriée.
- Fraget : Qu'est-ce que tu fais là ? Ils et elle s'accroupirent de nouveau. Question de rendre les choses plus vivantes qu'un récit verbal franchement approximatif, effectuons une sorte de retour en arrière. Notez que, en plus d'être précis, cela a du style. [Début du retour en arrière] Girodos, Égétée et Vikow couraient ensemble dans le sentier mou et vaseux. La créature des marais se trouvait loin derrière. Les élèves ne savaient ni à quelle vitesse elle se déplaçait, ni à quel point elle était déterminée à les poursuivre. Il devenait donc hautement difficile d'évaluer si leur avance était confortable ou non. Il et elles continuaient donc de sprinter le plus rapidement possible, et il faut préciser au passage que ce n'est pas une chose facile quand on a un physique soit trop gros, soit trop faible, en tous les cas définitivement peu entraîné à ce genre de choses. Égétée arriva au bout de son endurance la première.
- Égétée : Je... je ne peux plus courir. Elle était effectivement à court de souffle. Même ses insultes perdaient de leur puissance. Vikow entrevoyait aussi sa limite de capacité physique. Il et elles s'arrêtèrent momentanément. Girodos, dépourvu, regardait Égétée avec nervosité. Il ne voulait pas la laisser là, aussi désagréable puisse-t-elle être avec lui, mais il ne désirait pas non plus donner une seule chance à la créature de les retrouver. Égétée sentit son dilemme, et prit la décision pour lui.
- Égétée : Regarde, Girodos... tu vas partir avec Vikow; moi, je vais me cacher ici en attendant. Vikow regarda Égétée avec désespoir, quelque part entre la tristesse et la peur. Qui la protégerait, maintenant ? Girodos ?! Si elle ne pouvait aucunement caractériser la manière dont il agissait, elle le trouvait bizarre et inquiétant. Alors, qui la protégerait de Girodos ? Et est-ce qu'Égétée s'en sortirait ? C'était la seule personne qui lui restait dans le groupe.
- Égétée : Fais-toi en pas, on va l'avoir. Essayez de retrouver Faque; on a besoin de lui. Égétée acquiesça, puis s'enfonça dans la végétation en hésitant un peu. Elle marcha pendant un moment, puis s'assit dans l'herbe et attendit. L'élève sensiblement plus âgée que les autres fucké-e-s perçut des bruits en provenance du sentier. Immédiatement après, elle vit la créature passer devant elle, puis s'éloigner, sans trop se rendre compte qu'une intruse traînait dans les parages. [Fin du retour en arrière]
- Égétée : Après, là, après, euh, j'ai comme entendu du bruit, puis c'étaient toi et lui. Contrairement à ce que les deux jeunes croyaient jusqu'à maintenant, la créature des marais ne les poursuivit pas longtemps; elle retourna plutôt dans le sentier, histoire de continuer sa patrouille. - Égétée : Cela ne doit pas... elle est passée devant moi, dans le chemin. Elle s'en allait par là. Égétée indiqua la direction à ses deux collègues. Apparemment, la créature des marais continuait toujours dans le même sens.
- Égétée : Mais elle est pas mal slow... avec l'avance qu'ils ont, Faque, Girodos et Vikow vont arriver au bout du chemin avant, s'ils ne s'arrêtent pas. Même en ne courant pas vite, c'est déjà trop vite pour elle. De leurs affirmations transpirait une telle candeur qu'Égétée ne savait plus trop si elle devait les prendre au sérieux ou s'ils ne faisaient que s'évertuer à dire des âneries avec une ironie, ma foi, des plus crédibles. Elle commenta néanmoins.
- Égétée : Euh... calice, c'est un plan de nuls, cela ! Les «menaces» de Fraget n'impressionnèrent pas, absolument pas, Égétée. Même que, en y repensant, elle commençait à croire qu'elle serait passablement mieux sans eux. Question de se couler au possible, Fraget en rajouta. - Fraget : Surtout que c'est moi le chef, maintenant, et que tu dois me respecter. Le problème, c'est qu'il se croyait vraiment, même s'il faut concéder, n'est-ce pas, qu'un tel manque de conscience de soi tend dangereusement vers la grande misère en matière de talent. La situation, à cause des ambitions démesurées de Fraget et de ses inévitables power-trips que plus personne ne pouvait empêcher, se trouvait à l'extrême limite de dégénérer gravement.
- McRhod : Attendez... on peut passer dans l'herbe haute à la place. La conversation entre les trois jeunes s'épuisa rapidement. Ils et elles reprirent le calme silencieux du forestier alors que, pour ne pas perdre de temps, ils et elle partirent immédiatement, employant pour ce faire un pas de marche forcée à l'utilité légendaire. |
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La suite... |
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