
| TOME I : Hoverbus de l'enfer CHAPITRE XIII |
| Un Court répit |
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Les fucké-e-s errèrent quelques heures dans les marais. Ils et elles restaient hautement vigilants. Cet environnement à la brume épaisse était assez peu rassurant, se disait la petite et jeune Vikow, d'autant plus qu'il lui rappelait ses cauchemars dans lesquels, invariablement, elle revivait une scène traumatique d'agression perpétrée contre elle par un pédophile. Le marécage, dont le bois en décomposition et les eaux fangeuses dégageaient une atmosphère de mort et d'incertitude, donnait l'impression qu'une chose immonde pourrait à tout moment surgir du néant pour les attaquer. Faque se rendit soudainement compte que, à force de surveiller les alentours et de marcher en suivant la voie la moins dangereuse, il ne savait plus du tout où la troupe pouvait bien être, et, par extension, où il la menait. Les voyageur-euse-s peu aguerris s'étaient donc vraisemblablement perdus. Il regarda rapidement ses compagnons, et il lui apparut évident que leur moral volait bas. Les visages de ses ami-e-s traduisaient visiblement ce sentiment général d'être perdu et de continuer à marcher, à défaut de pouvoir faire autre chose, et dans l'espoir d'arriver quelque part. Même le sourire naïf habituel de McRhod était moins large et hébété que d'habitude. Mais un d'entre eux et elles se battait toujours. Faque remarqua que Fepari jetait nerveusement des regards à gauche et à droite, et ce n'était pas pour chasser les insectes de ses cheveux bruns un peu longs, bien que ce fut un bénéfice secondaire non négligeable de la chose. Tout ce que celui-ci voyait, depuis l'entrée du groupe dans les marais, se constituait d'un nombreux ensemble de configurations de boue, de petites étendues d'eau sans fond, d'herbe haute et de bois mort. Comment s'orienter dans un pareil endroit, se demanda-t-il... oui, c'était une chose fort difficile, bien au-delà des possibilités d'une bande de déviant-e-s en formation. Faque sentit que le temps de prendre une pause était venu. Il marcha jusqu'à ce que les fucké-e-s atteignent un élargissement de terre ferme avec quelques roches sur lesquelles ils et elles pourraient s'asseoir. - Faque : Ouen, euh, on va s'arrêter ici, ok ? Les autres acquiescèrent. Ils et elles regardèrent autour, puis prirent place par terre ou sur une des roches. Girodos avait été vivement ébranlé par les cris très forts de la créature volante, rencontrée quelques temps avant d'entrer dans les marais. Il ne s'en remettait vraiment pas. Toujours en intense état de stress, il restait excessivement alerte aux bruits ambiants. Alors que ses ami-e-s ne les entendaient plus – il s'agissait d'une sorte de bruit de fond et la fatigue, le découragement affaiblissaient leurs perceptions – Girodos prêtait attention au moindre son d'insecte autour de lui, ou de petit animal amphibien qui plongeait à peu de distance ou criait timidement, ou encore de la végétation en décomposition qui poussait quelques lamentations d'agonie. Bien que Girodos n'ait pas eu l'occasion de faire une transaction illicite – «des affaires» – avec Bimas avant la mort dudit gros mafieux, il conservait malgré tout une réserve de ses fameuses herbes en cas de grande nécessité. Ces herbes, des psychotropes illégaux, créaient chez la personne qui les fumait un état général d'euphorie, ainsi que, dans certains cas, des effets secondaires dépendant des circonstances et de la personnalité du ou de la consommateur-trice. Il jugea que le moment de les utiliser était opportun; peut-être que ces bonnes vieilles herbes le calmeraient un peu. Il les sortit, regarda les autres membres de son groupe en souriant, et commença à les apprêter.
- Girodos : Puis... est-ce que cela vous tente ? Frustré (comme d'habitude; en fait, légèrement plus que d'habitude), Fraget quitta théâtralement – et inconsidérément – le lieu de repos. Habitué-e-s, les autres ne lui accordaient plus vraiment de crédibilité lorsqu'il faisait ce genre de crises. La discussion reprit alors que Fraget disparaissait dans le brouillard...
- Égétée : Calice de gros Girodos. Il y a juste toi pour penser à te geler dans un temps et une place de même. Girodos se leva et fit alors mine de baisser son pantalon bleu-mauve très ample. Pendant un court instant, Égétée eut un moment de peur irrationnelle qu'il le fasse pour vrai (Girodos, de par sa personnalité, ne ferait pas un tel geste devant tout le monde), et elle esquissa une expression de dégoût. Caracce l'imita. Vikow, assise avec les deux autres filles, ne comprenait pas exactement ce que Girodos était supposé faire, et ce qui devait être repoussant, mais elle perçut un moment de tension. - Nolard : Ah, vos gueules, là; vous ferez cela un autre jour. Moi aussi, je suis partant pour les herbes. Mais attendez, je vais aller pisser, avant... Il se leva et se mit en route lentement, adoptant la démarche un peu lourde du gars dont la vessie risque d'éclater s'il n'y prend pas garde.
- Girodos : Tu es mieux de te dépêcher, sinon il ne restera rien ! Sur ces édifiantes paroles, Nolard s'éloigna du groupe pour uriner en toute quiétude. Il marcha un peu, cherchant du regard un endroit propice. Il entendait toujours ses ami-e-s discuter, au loin, lorsqu'il trouva l'endroit idéal. À cette distance, leurs voix se distinguaient à peine du bruit ambiant. Nolard pourrait, en se concentrant, se servir de cet indice pour s'orienter. Or, les bruits naturels du marais et des insectes et animaux qui l'habitaient, insufflèrent à Nolard un profond sentiment de paix intérieure. Il se sentit extrêmement bien, soudainement, malgré cet environnement objectivement morbide et puant. Nolard jeta un bref regard autour de lui puis, assuré d'être seul, il abaissa un peu son pantalon afin d'uriner convenablement. Voilà longtemps qu'il se retenait – quel soulagement ! Il ferma les yeux, sourit, et jeta légèrement sa tête vers l'arrière. Nolard, à cet instant précis, vivait un intense moment de bonheur. Il le laissa flotter quelques instants avant d'avoir une idée. Voilà longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi présent d'esprit et en paix. Il se dit qu'il pourrait peut-être essayer de se contenter sexuellement et que, grâce à son état psychologique totalement détendu et en parfaite maîtrise de ses facultés, il réussirait à empêcher les bizarreries violentes de contrecarrer encore une fois l'assouvissement de ses pulsions sexuelles. Et puis, tant qu'à avoir les pantalons baissés et le membre viril qui se baladait... Nolard se prit alors en main, au sens propre du terme, et s'adonna à une douce séance de masturbation. Malgré la retenue de ses gestes, cela ne durerait pas longtemps, et il le savait. Nolard était rendu hypersensible à la stimulation à cause de son abstinence sexuelle prolongée, causée par des pensées intrusives capables d'anéantir instantanément toute érection, même les plus formidables. Pendant un moment, tout se déroula incroyablement bien. Nolard profitait intensément du moment présent. Il se branlait joyeusement, les yeux fermés, la tête encore versée vers l'arrière, en respirant profondément. Soudain, Nolard sentit une présence. Il s'agissait d'un sentiment purement subjectif, car aucun bruit particulier n'indiquait que quelqu'un se trouvait là. Il rouvrit les yeux, tourna la tête vers la droite, et vit alors, à une vingtaine de mètres de lui, en direction opposée d'où il venait, une grande silhouette humanoïde sortir lentement du brouillard et s'avancer vers lui. - Nolard : Fraget ? Est-ce que c'est toi ? Man, je suis en train de, euh, de pisser (oui, c'est cela -- excellente réplique !). Reste loin, je n'ai pas fini, puis si tu me vois de même, tu vas avoir des complexes. Haha... Hé, arrêtes-toi... sinon je vais vraiment penser que tu es gai. Attends un peu, ce ne sera pas long. L'humanoïde continuait de se rapprocher lentement. Nolard ne le voyait pas très bien à cette distance, mais il se rendit compte qu'il était bien trop grand pour être Fraget. Il devait bien faire plus de deux mètres cinquante de haut. Le temps qu'il réalise cela, Nolard vit alors que l'humanoïde tenait une sorte d'outil dans ce qui devait être sa main droite, ce qui attira immédiatement son regard. Nolard ne s'intéressait même plus à l'individu qui s'approchait; il ne voyait que l'objet que celui-ci tenait. En fait, il s'agissait d'une arme façonnée d'une seule pièce, toute en métal massif, avec une poignée faite sur mesure. Longue d'environ un mètre, son extrémité se divisait en deux courtes pointes d'environ sept centimètres, un peu à la manière de fers de lance (mais légèrement recourbés). La partie du manche qui pointait vers le bas, d'abord épaisse, devenait très fine, formant une sorte de lame extrêmement bien affûtée sur toute la longueur du manche jusqu'à la garde, près de la poignée. Par une association inconsciente, Nolard reconnut là un objet apparenté à un pied-de-biche (crowbar), objet de ses puissantes phobies sexuelles. Instantanément toute inspiration charnelle s'évanouit, et il paralysa de peur. «La punition !!!», pensa-t-il. La seule chose qu'il avait en esprit, qui se multipliait de façon à occuper tout ce qui pouvait exister chez lui en matière de ressources mentales, cyclait à la vitesse de la lumière, et l'ensemble des parties de sa psyché résonnait (à défaut de raisonner) maintenant à l'unisson, dans tous les codes et opérations cognitives possibles, annonçant «la punition». Ce fut magistral ! À un point tel que Nolard entra involontairement dans une transe épileptique et perdit momentanément toute notion de ce qui se passait autour de lui, de sorte qu'il ne sentit rien lorsque l'inéluctable «punition» s'abattit sur lui... |
| Le Retour de Nolard I |
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Les délinquant-e-s, moins deux membres, se reposaient toujours au petit oasis de terre ferme où Faque les avait menés. Fraget et Nolard manquaient à l'appel; le premier quitta le groupe plusieurs minutes auparavant à la suite d'une de ses crises – encore – tandis que le second, sa très castrante majesté Lord No (Nolard, version Seigneur des nonos) privait ses sujets (?) de sa noble présence pour aller expulser ses abondants fluides corporels hors de portée des regards indignes et roturiers. McRhod s'inquiétait de l'absence de ses deux amis, particulièrement de celle de Fraget. Son large front se plissait malgré la présence toujours aussi assidue de son sourire excessif. Il savait toutefois, par expérience, que Fraget ne devait pas se trouver bien loin. Tout le monde connaissait le script depuis longtemps : Fraget fait une crise, part du groupe de façon théâtrale, puis revient progressivement. Rendu à proximité, il les espionne avec haine puis, s'il ne sent plus de tension, tente un retour (dans l'indifférence presque totale, avec des remarques du genre : «Bon, Fraget s'est défrustré»). McRhod, toléré dans le groupe des fucké-e-s parce que satellite de son seigneur Lord No en sa grande qualité de total nowhere peu intelligent, n'occupait pas pour autant une place vraiment satisfaisante au plan relationnel. En fait, les autres l'ignoraient la majeure partie du temps. Outre Nolard, McRhod n'entretenait des liens qu'avec Fraget, avec qui il avait développé un lien d'amitié authentique. McRhod pressentait le marais comme un endroit dangereux et connaissait les tendances impulsives de son ami, qui lui causeraient des problèmes un jour ou l'autre. Ce jour était peut-être arrivé. Il se leva.
- McRhod : Je vais aller voir où est Fraget. Tandis que McRhod disparaissait dans la brume, suivant le chemin antérieurement emprunté par Fraget, Girodos terminait tout juste de préparer ses herbes psychotropes (et illégales; tant qu'à insister, soulignons-le encore et encore) pour la consommation.
- Girodos : Voyons, qu'est-ce qu'il fait, Nolard ? Il est supposé juste être parti pisser. Girodos regarda autour de lui. Il cherchait un quelconque indice d'intérêt de la part des autres à participer au rituel de la consommation. Cependant, comme il le pensait, seuls Barben, Nolard-parti-pisser et lui étaient intéressés à utiliser les herbes à ce moment-ci. Girodos fit un signe complice à Barben, et ils commencèrent à utiliser les herbes avec entrain, savourant d'avance la bonne humeur artificielle qui les envahirait sous peu. Faque et, dans une moindre mesure, Fepari, ne se sentaient pas trop à l'aise. Ils savaient que la durée de la pause dépendait d'eux, mais ne voulaient pas y mettre un terme, du moins, pas tout de suite. L'absence de Nolard, Fraget et McRhod leur donnait une excuse pour la prolonger, sans compter qu'il faudrait bien donner un peu de temps à Girodos et Barben pour utiliser leurs herbes comme ils savaient si bien le faire. Et puis, se disait Faque, il n'était pas encore temps. Il restait beaucoup de minutes pour que le repos soit entier et, passé cela, encore quelques minutes à étirer. Sans le dire explicitement, le groupe comptait sur les aptitudes de Faque et de Fepari pour les diriger. Après tout, ce sont eux qui avaient posé les premiers gestes – les plus déterminants – et cela les avait sauvés, de façon évidente, d'une mort probable. C'était suffisamment signifiant pour que les fucké-e-s leurs en soient reconnaissants et continuent de croire en eux. Maintenant, les autres individus de la bande s'attendaient à ce qu'ils prennent encore l'initiative et espéraient que les décisions suivantes les feraient tout autant survivre que les précédentes. Le temps de partir, le temps des décisions, viendrait inéluctablement : il faudrait un autre plan ou, à la rigueur, une impression de plan, qui prendrait la forme d'une assertion autoritaire, d'un ordre du genre «on s'en va là», là restant à être défini. Faque regarda Fepari dans l'espoir qu'il tenait toujours le coup, qu'il saurait quoi faire, qu'il prendrait momentanément la relève en matière de leadership. Or – il s'en doutait, mais tout de même, personne ne peut être tenu coupable d'espérer en quelque chose – il ne trouva que le reflet de ses propres angoisses. Ils sentirent, de façon réciproque, de l'inquiétude et un profond sentiment d'impuissance : qu'allons-nous faire... ? Faque et Fepari, en jeunes hommes virils et, qui plus est, délinquant-e-s habitués à la dure, ne laissèrent pas transparaître leur faiblesse. Les autres, inquiets et désespérés face à la situation, ne réalisaient cependant pas à quel point leurs chefs informels pouvaient être déboussolés. Certain-e-s se permettaient même un peu d'insouciance, comme Girodos et Barben qui terminaient de consommer leurs parts respectives d'herbes psychotropes. Déjà, quelques signes d'euphorie déconnectée apparaissaient. Cela les isolait des autres membres du groupe et les éloignait de la réalité, mais créait en même temps une sorte de joyeuse complicité entre les deux jeunes plus sur la base d'une émotion commune, vécue en parallèle, passagère et simultanée, que sur quoi que ce soit d'objectif ou de durable. Les élèves, qui ne parlaient plus, entendirent des bruits. Ils et elles se tournèrent vers sa provenance. Le bruit venait d'au-delà de leur champ de vision, soit derrière la végétation, dans la brume. Caracce évalua les sons comme étant des pas qui se rapprochaient. La démarche devait être lourde, lente et maladroite, comme si quelqu'un avançait en accrochant systématiquement le bois mort et les plantes des alentours au lieu de les éviter.
- Girodos : C'est sûrement Nolard qui revient... Girodos commença alors à chanter à tue-tête une chanson connue. Il remplaça le nom de l'individu dont cette chanson racontait l'histoire par celui de Nolard (quitte à improviser quelques rimes, au besoin), ce qui, dans l'ensemble, donnait un résultat assez peu flatteur. Ses ami-e-s le regardèrent, ébahis, tandis que Barben, sur la même longueur d'ondes que Girodos, commença à rire.
- Barben : Weu-heu-heuheuheu... Le chant de Girodos, de forte intensité vocale, couvrait tous les sons environnants. Même s'ils et elles n'entendaient plus les prétendus bruits de pas, les jeunes attendaient le retour de Nolard et estimaient, justement, qu'il devrait apparaître bientôt devant eux et elles. C'est alors qu'une créature humanoïde, silhouette décharnée d'une grandeur impressionnante – entre deux et trois mètres, jugea Caracce – émergea des brumes. - Barben : Heille... ce n'est pas Nolard, cela. Les élèves se demandèrent qu'est-ce que «cela» pouvait bien être... |
| Le Retour de Nolard II |
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Les fucké-e-s ne le réalisaient pas encore tout à fait, mais il s'agissait bel et bien d'une étrange créature des marais qui se trouvait devant eux et elles en lieu et place de leur ami Nolard. En la voyant, Fepari posa comme hypothèse que la créature boueuse, recouverte d'une sorte de tapis de moisissures aux origines les plus insondables, dissimulait un être plus civilisé. Après tout, elle ne s'était peut-être qu'adaptée à la perfection à son environnement «naturel», les marais, qu'elle personnifiait, de par son apparence repoussante, de façon tout à fait crédible. En tous les cas, il espérait vivement qu'une quelconque trace d'intelligence se manifesterait bientôt, car son apparence le répugnait, lui qui détestait tellement les trucs gluants et nauséabonds. Il esquissa une expression de dégoût intense, accompagnée d'une grimace. Les élèves se levèrent. Faque et Fepari s'avancèrent un peu vers la créature des marais. Ils devaient se trouver à environ cinq mètres d'elle. Fepari se sentait agité, sous l'effet du stress. La créature lui inspirait une forte répulsion; il avait toujours eu en horreur les choses – vivantes ou non – puantes ou morbides. Mal à l'aise, il ne pouvait s'empêcher de montrer des signes d'antipathie malgré lui, ce qui ne ferait certainement pas une excellente première impression sur la créature des marais. Néanmoins, à quoi d'autre peut-on s'attendre lorsqu'on est une sorte de grand truc fangeux sur deux pattes ?
- Fepari : Tabarnak, qu'est-ce que c'est que cela... ? Fepari détourna la tête, encore plus dégoûté que la minute d'avant. La créature des marais ne montrait aucun signe de compréhension ou d'incompréhension en lien avec leurs paroles. En toute vérité, elle ne les écoutait pas vraiment; elle essayait tout simplement de bien saisir pourquoi tous ces individus pouvaient bien se trouver là (sur son territoire, n'est-ce pas) à faire du bruit et à la regarder, en ce petit îlot de terre ferme entouré d'une dense végétation poussant dans des couches informes de vase. - Fepari : Euhm... on cherche de l'aide. Notre hoverbus s'est écrasé, et puis un monstre volant a essayé de nous tuer... Fepari et Faque commençaient à sérieusement avoir l'impression de perdre leur temps. Ils en avaient assez de jouer les gentils touristes égarés avec ce ramassis d'ordures organiques. Faque tenta à son tour d'établir la communication, avec une touche d'agressivité. - Faque : Qui est-ce que tu es ? Est-ce que tu comprends ce qu'on te dit ? La créature boueuse se retourna vers lui et le fixa longuement. La tension monta d'un cran, surtout que Faque ne pouvait absolument pas localiser le «regard» de la créature des marais, enfoui quelque part sous son revêtement de plantes mortes et de terre humide. Il ressentit un malaise certain. À ce moment-là, Caracce décida qu'elle interviendrait pour essayer à son tour de discuter avec la créature. Elle fit quelques pas vers elle et se retrouva à environ un mètre de la grande chose boueuse dotée – par un hasard darwiniste des plus improbables, sûrement – de vie. - Caracce : On cherche un ami... peut-être l'as-tu vu ? Il est parti dans la direction d'où tu arrives. La créature regarda Caracce pendant quelques secondes. Pour toute réponse – ou peut-être n'était-ce qu'une simple coïncidence ? – une chose sphérique se détacha de la créature et roula jusqu'aux pieds de Caracce. Les élèves suivirent sa lente trajectoire du regard, et la virent bientôt s'immobiliser. Lorsque, la première, Caracce réalisa qu'il s'agissait de la tête ensanglantée de Nolard, le visage figé dans la confusion (une expression des plus erratiques, en fait), elle poussa un cri. Prise de court, elle n'eut toutefois pas le réflexe de se reculer. Caracce resta là, figée, son regard verrouillé sur celui, vide, de Nolard. Faque, Fepari, Girodos et Barben s'avancèrent méchamment vers la créature et, sauf si celle-ci réussissait à se disculper du meurtre de Nolard d'ici cinq secondes, ils lui feraient passer un mauvais quart d'heure. Ils arrivèrent bientôt près de Caracce, tandis que Égétée entraînait Vikow plus loin, légèrement en retrait de la scène. Les quatre jeunes hommes, flanqués d'une Caracce sous l'emprise de l'épouvante, invectivèrent la créature.
- Faque : Criss de freak, c'est toi qui a fait cela à Nolard ? La créature ne réagit pas.
- Girodos : Let's go, les gars, on se la fait. Fepari réussit à surmonter momentanément son dégoût.
- Fepari : J'haïs les affaires dégueulasses. Je n'ai pas envie de me salir les mains, mais pour toi, je vais faire une exception. Les quatre revanchards se placèrent en position de combat, et se lanceraient dans la bagarre d'ici un instant, peut-être deux. Devant tant de colère et de show-off viril, la créature des marais se sentit menacée. Elle recula lentement en faisant quelques pas, puis sortit son arme. Il s'agissait d'un manche de métal d'environ un mètre de long, avec deux pics au bout, et une lame sur le côté. Faque vit cette arme le premier. Il recula et encouragea fortement ses amis à l'imiter en étendant ses bras de chaque côté. Ils s'exécutèrent promptement. Caracce, dangereusement captivée et encore sous l'envoûtement de l'épouvante, regardait avec émotion la tête ensanglantée de Nolard. Elle ne se rendit même pas compte que la créature s'avançait vers elle, de côté, en brandissant son arme de façon agressive.
- Fepari : Euh, Caracce... ? La créature des marais prit un léger élan, puis perça le flanc de Caracce à l'aide de son arme. Si Caracce ne mourut pas tout de suite, elle s'effondra néanmoins sur-le-champ. La créature enfonça ensuite sa lance le plus profondément qu'elle le put, ce qui endommagea irréversiblement, entre autres, les poumons de Caracce. La créature des marais souleva alors son arme. Caracce, embrochée et encore vivante, suivit évidemment le mouvement. Le geste violent de la créature élargit la blessure infligée à la jeune élève : sa chair se déchira comme un bout de plastique bon marché et les os de sa cage thoracique se brisèrent alors que le sang et les organes broyés coulaient en abondance. La créature projeta la dépouille de Caracce par terre afin de s'en débarrasser. Fepari suivit la trajectoire de Caracce des yeux et, lorsque celle-ci tomba par terre, droit devant lui, il croisa son regard. Elle avait été si surprise par l'attaque de la créature des marais qu'elle exprimait beaucoup plus d'incompréhension que de douleur. Elle ne devait même pas encore réaliser qu'elle vivait ses derniers moments. La créature des marais retira alors son arme du corps de Caracce, ce qui provoqua un violent jet de sang en direction du visage de Fepari. Celui-ci tenta de l'éviter, sans succès; il fut bientôt atteint par le liquide rouge, chaud et épais (heureusement pour lui, Caracce était en bonne santé avant cet incident malencontreux, alors le contact avec son sang ne l'infecterait pas). La créature acheva la jeune élève en lui tranchant la tête à l'aide de sa lame. Cette deuxième blessure fit gicler le sang à nouveau, de façon encore plus impressionnante que la première fois. À ce moment-là, Fepari en était pratiquement recouvert et ses pieds baignaient dans le sang et le jus d'organes de Caracce; cela lui occassionna un si grand dégoût qu'il en versa une lame de désespoir. Il serra les dents pour ne pas craquer. - Égétée : Fuck ! La manoeuvre complexe et impressionnante de la créature des marais diminua sérieusement la motivation des fucké-e-s à se battre. Réalisant qu'ils et elles ne pouvaient absolument rien faire contre la puissance de la créature vaseuse, les jeunes fuyèrent rapidement. Ils et elles suivirent le sentier emprunté auparavant par Fraget, puis par McRhod. Les délinquant-e-s ne regardèrent pas derrière eux et elles et, pour cette raison, ne se rendirent pas compte qu'un d'entre eux manquait à l'appel. En effet, Fepari, couvert du sang de Caracce, la tête de Nolard près de son pied gauche, la tête de Caracce près de son pied droit, horrifié par la situation, ne réussit pas à s'enfuir. Paniqué, il tenta de se sauver; il s'enfargea bientôt dans la tête de Nolard et dérapa dans le sang. Il se retrouva par terre, sur le dos, couché dans ce qui restait de Caracce, sa tête contre la sienne, et leurs regards se croisèrent. Fepari aperçut la mort dans les yeux de Caracce et sut ce qui l'attendait. La créature du marais s'avança alors vers lui, la lame de son arme tendue bien haut... |
| La Fuite vers l'avant (première partie) |
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Les jeunes délinquant-e-s, d'abord surpris, puis successivement dégoûtés, apeurés, et enfin paniqués, se trouvaient déjà loin du lieu de repos lorsque l'immonde créature des marais occit Fepari en lui tranchant la tête avec sa lame. Les premières à s'être enfuies, les deux filles encore vivantes du groupe, ne couraient pas très vite. Égétée, un peu lourde, et la petite Vikow, s'essoufflèrent bientôt. Leur avance sur les autres jeunes fondit rapidement. Faque, probablement le plus en forme de toute la bande, les rattrapa, puis les dépassa en flèche sans trop se soucier d'elles. Girodos, propulsé par la peur malgré son évident excès de poids, se montra presque aussi rapide que Faque. Il arriva à la hauteur d'Égétée et de Vikow, haletant et en sueurs. Capable d'effectuer un sprint, il ne disposait toutefois pas de l'endurance nécessaire pour suivre Faque plus que quelques instants. Il ralentit jusqu'à ce que sa vitesse soit semblable à celle des deux filles, et il continua ensuite sa course à leurs côtés. Et puis, il ne pouvait quand même pas abandonner ainsi Vikow à son sort ! Loin de ces préoccupations envers les autres fucké-e-s, Faque continuait à courir sans attendre qui que ce soit. Depuis l’écrasement du hoverbus, Faque faisait plusieurs prises de conscience successives. La dernière de ces prises de conscience vint avec la mort de Nolard. L’attaque de la créature des marais venait en effet de créer un déséquilibre important dans la dynamique du groupe. Grâce à cet événement funeste, Faque se rendit compte que la plupart de ses ami-e-s étaient des incapables sans avenir, et qu’il n’était plus obligé, à cause d’alliances régies par des amitiés indirectes (via Nolard), d’endurer les éléments les plus médiocres de la bande (surtout Fraget, mais Faque n’appréciait pas particulièrement McRhod, et l’existence de Barben n’apportait pas grand-chose dans sa vie). De la même manière, si Faque se considérait lui-même comme un individu à problèmes, il ne gravitait pas autour du crime semi-organisé comme le faisait Girodos. Il détestait fondamentalement l’école et tout ce qu’elle représentait, et il éprouvait un plaisir évident à jouer les trouble-fêtes. Néanmoins, il croyait que, après avoir «fait son temps» (les cinq années de l’école secondaire), il pourrait améliorer son sort sans s’engager dans un mode de vie déviant ou criminalisé. Après tout, il trouverait bien un métier semi-qualifié payant quelque part… Il lui suffisait seulement d’assurer ses arrières sans trop échouer, tout en se moyennant un peu de bon temps dans l’intervalle. En éliminant les personnes que sa nouvelle prise de conscience les faisait mépriser, il ne restait plus qu’un seul fucké : Fepari. Faque le savait en bonne condition physique, et se dit que si quelqu’un devait survivre – il serait content de faire à nouveau équipe avec lui – ce serait bien Fepari. Oui, il fallait miser sur Fepari, c’était l’homme de la situation, il avait du leadership; lui et Faque se sortiraient ensemble de toute cette histoire, puis de l’école secondaire, et feraient tous deux quelque chose de leurs vies. Malgré leurs lacunes scolaires considérables, ils deviendraient des gagnants et riraient ensemble du bon vieux temps et des gens qui travaillent beaucoup trop fort pour presque rien de plus, finalement. Faque s'encouragea avec cette projection dans le futur, ignorant un léger détail : Fepari était déjà mort puisque la créature des marais possédait maintenant sa tête. Faque courut longtemps, pensant encore et encore à ces choses, les envisageant sous tous leurs angles. Au fur et à mesure qu’il s’éloignait de la créature des marais, ainsi que de toute la bande de minables qui lui servait d’ami-e-s, le stress de Faque diminuait et il devenait de plus en plus confiant dans son analyse de la situation. C’est alors que, au beau milieu d’un tournant, Faque fit une rencontre insoupçonnée... |
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Vous voilà à la croisée des chemins
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