
| TOME I : Hoverbus de l'enfer CHAPITRE X |
| La Contrainte d'exister |
|
The Dog Spirit, désormais ex-esprit guide de Combineman, s’était effectivement enfuie. Ce n’était pas un geste prémédité, sa nature extrêmement impulsive l’empêchant de planifier de telles actions de façon à les enfiler mentalement sur une ligne temporelle logique. Au départ, elle sommeillait dans le badge que portait le chaman à côté de son épaule droite. Quand il passa à peu de distance d’une large pièce mécanique cubique tombée du hoverbus, The Dog Spirit s’éveilla. Elle avait en effet senti une importante source de puissance à proximité, et c’était d’un intérêt si évident que ses perceptions extra-sensorielles firent passer son sommeil rancunier en second plan. Quand un esprit entre en relation avec un chaman et se matérialise dans un univers physique, il doit toujours rester avec le chaman, s’en éloigner le moins possible. Cette relation sert d’interface entre le monde des vivants et le monde des esprits. Sans cela, l’esprit, qui n’existe habituellement pas à proprement parler dans le monde des vivants, s’estompe jusqu’à son anéantissement. Si le chaman voit ses pouvoirs amplifiés par la présence d’un esprit, la symbiose entre le chaman et l’esprit est telle qu’elle permet à l’esprit d’exister temporairement dans son univers physique, ce qui donne au final un bon deal pour tout le monde. Outre la symbiose et la disparition, il existe une troisième voie pour un esprit contraint à, ou souhaitant, rester seul. Si l’esprit trouve une source d’énergie (énergie devant être ici pris dans un sens très, très large) assez grande, il peut s’en servir pour conserver, même, amplifier ses propres pouvoirs, et prolonger son existence dans un univers matériel. Ce n’est pas chose facile; peu d’esprits en arrivent là. The Dog Spirit, après tout ce temps passé à servir le chaman contre sa volonté et ses intérêts immédiats, se saisit de cette opportunité inespérée de le quitter. Elle sortit du badge de la façon la plus subtile possible, et flotta rapidement en direction de la source de puissance perçue. Son maître, visiblement préoccupé par un problème quelconque qui accaparait toute sa capacité à s’inquiéter, ne se rendit compte de rien, et les âmes qui auraient peut-être pu voir quelque chose oublièrent rapidement cet événement anodin, noyé dans l’inertie de l’ennui. Libre, The Dog Spirit célébrait avec la plus grande joie l’échange de la contrainte de servir contre la contrainte d’exister. Cela impliquait de survivre et, heureusement, la puissante source d’énergie détectée dans les environs l’aiderait dans ce dessein. Elle arriva donc devant un grand cube métallique, une pièce du hoverbus tombée dans la neige des collines pour des raisons maintenant connues, dont The Dog Spirit ne se souciait toutefois pas malgré leur caractère funeste. L’esprit, examinant l’aura qui émanait de l’engin, se dit que, «aucun doute là-dessus», il s’agissait avec certitude de la source d’énergie tant attendue, «…et puis quoi encore, il n’y a quand même pas deux génératrices qui traînent dans les collines enneigées». The Dog Spirit s’y engouffra avec hâte et apprécia non seulement la force dont cette génératrice nucléaire l’investissait, mais aussi la force dont elle pourrait éventuellement l’investir. The Dog Spirit s’installa rapidement dans la machine et entreprit d’absorber au fur et à mesure l’énergie produite par la génératrice. Pour répondre à la demande inifinie, mesure plutôt adéquate des ambitions de l’esprit, la génératrice augmenta la cadence. The Dog Spirit, dont la nature impulsive la rendait légèrement trop optimiste, au point de l’insouciance, surestima largement la somme totale de ce qu’elle pourrait tirer de la génératrice. Celle-ci travaillait à plein régime, et The Dog Spirit ne connaissant pas les subtilités de l’énergie nucléaire, elle ne réalisa pas que le «carburant» radioactif s’épuiserait rapidement à ce rythme. Inconsciente par rapport au concept de «limite physique», elle invoqua même six chiens-démons pour l’accompagner dans son escapade. Elle sentit une soudaine baisse de tension. Cet événement la rappela à l’ordre et elle comprit qu’il valait peut-être mieux, malgré les tentations, s’en tenir à un mode de vie économe. Par manque d’énergie, les chiens-démons ne purent en fait être plus que des chiots-démons, infiniment plus faibles et vulnérables, mais aussi infiniment plus adorables avec leurs grands yeux (quand même rouges) et leurs airs innocents qui dissimulaient l’instinct mauvais et maléfique de ces créature de l’enfer. Les six chiots-démons se matérialisèrent sous la génératrice et creusèrent un terrier pour se garder au chaud. Les créatures infernales, n’est-ce pas, n’apprécient guère la neige et le froid, c’est pourquoi la survie leur commanda des adaptations rapides. The Dog Spirit angoissa pendant un certain temps tout en consommant lentement la puissance restante procurée par la génératrice. Elle se sentait piégée par ses besoins en énergie : non seulement les réserves de carburant nucléaire ne la feraient pas vivre bien longtemps, elle et ses six chiots-démons, mais en plus il faudrait partir à ce moment-là pour trouver rapidement une autre source d’énergie. Elle sentait aussi Combineman s’éloigner, ce qui l’empêchait de profiter de sa proximité physique avec lui pour se réénergiser. Ses fidèles compagnons, les chiens-démons en devenir, ne pourraient pas se déplacer bien vite, et comment trouver une source d’énergie fiable, si possible durable, dans un coin pareil ? Ce devait être une des premières qui valait la peine (sans suffire) depuis des lustres. Plus tard, alors que The Dog Spirit ne savait toujours pas comment «s’extriquer» de cette difficile situation, elle sentit une présence à proximité de la génératrice. Elle ne voyait pas directement ce qui se passait, mais s’en informa par l’intermédiaire de ses chiots-démons, à qui elle ordonna télépathiquement de sortir de leur terrier de neige. Il s’agissait manifestement de trois jeunes humains qui discutaient, intrigués par la pièce mécanique. Ils ne restèrent pas longtemps; ils semblaient avoir un but autre que d’inspecter un grand cube de métal, et laissèrent les chiots-démons tranquilles lorsque ceux-ci exprimèrent de l’agressivité à leur endroit. En fait, c’était tout sauf convaincant, mais les trois jeunes ne tentèrent pas leur chance avec des animaux réputés sauvages, même s’il ne s’agissait après tout que de chiots. Dès le départ des trois humains, ils retournèrent dans leur terrier. Le passage de ces individus suggéra une piste de solution à The Dog Spirit. Elle se dit qu’elle pourrait posséder un humain et se servir de lui comme hôte temporaire, ce qui lui procurerait quotidiennement assez de force pour voyager à la recherche d’une autre source de puissance qu’elle pourrait drainer. Un problème avec les possessions, réfléchit The Dog Spirit, c’est qu’il n’est pas possible d’en faire plus d’une à la fois sans avoir d’ennuis, et que lorsque plusieurs individus sont présents simultanément, ils peuvent l’empêcher de se réaliser. Il faudrait donc qu’un autre humain, seul, se tienne près de la génératrice sans interférence pour que cela fonctionne bien. Oui, ce serait la meilleure chose qui puisse arriver... |
| Une Occasion |
|
Bien que l’optimisme de The Dog Spirit dépassait souvent toute commune mesure, celle-ci ne prenait pas ses désirs pour des réalités. Si elle espérait maintenant qu’un des trois jeunes humains revienne seul pour qu’elle puisse le posséder, elle ne s’attendait absolument pas à ce que cela se produise, surtout aussi rapidement. Bientôt, l’esprit détecta que l’un d’entre eux, pour des raisons inconnues, rebroussait chemin et se dirigeait maintenant vers la génératrice. La surprise de The Dog Spirit laissa alors place à un immense contentement. Lorsque The Dog Spirit sentit sa présence, elle dépêcha ses chiots-démons à l’extérieur en guise d’éclaireurs. L’individu en question, un adolescent humain d’environ seize ans de taille et de grosseur moyennes, avait des cheveux blonds et des yeux verts. Il portait un long et vieux manteau d’un vert moyen, et des pantalons particulièrement moches. Ses parents, défavorisés, valorisaient la conservation des objets matériels jusqu’à leur ultime usure, ce qui impliquait notamment de porter des pantalons longtemps après le passage des modes. Le visage du jeune, naturellement jovial, semblait pour l’heure troublé. Le nez fin de l’humain accentuait cette expression. The Dog Spirit déduisit de son allure concentrée, de ses yeux fermés et de ses mains jointes, qu’il priait. Suivant un rituel classique, il répétait une série de paragraphes à voix basse. Il ne prit ainsi pas conscience que les chiots-démons l’épiaient innocemment. - The Dog Spirit : Ah non, pas ENCORE un autre chaman, j’espère… ! Ou pire encore, un prêtre, un exorciste ou un inquisiteur ! L’esprit, échaudé par sa pénible expérience de servitude auprès de Combineman, redoutait de se faire prendre à nouveau. Ces réflexions l’amenèrent à se demander qui, si jamais les choses tournaient mal, elle devrait servir, et comment cela se déroulerait. Le cas échéant, ce serait excessivement complexe de démêler tout cela : qui obtiendrait les droits sur elle ? Il n’existait ni normes, ni procédures de résolution de différends, ni système judiciaire en matière d’esprits, surtout pour des occurrences aussi rares qu’une possession ratée double. Sans compter que son sort pourrait être bien pire que de perdre sa liberté : un religieux en exercice ferait tôt de la bannir de ce monde sans autre forme de procès… Bref, se dit-elle, il faudrait faire mieux que la dernière fois pour éviter toutes ces énervantes complications. Et puis, les choses auguraient bien : The Dog Spirit, après une inspection minutieuse, ne détecta pas d’aura ou de pouvoirs spéciaux chez le jeune. Peut-être ne priait-il que pour prier, sans obligation de le faire; un curieux comportement, certes, plutôt rare en ces temps troublés, mais tout de même… S’appuyant en cela sur l’intérêt religieux de l’individu, elle s’adressa à lui de façon solennelle, avec l’écho obtenu grâce à la caisse de résonnance «naturelle» que formait la génératrice. Cela donna un résultat bizarre pour les premières répliques dites avec une voix non ajustée (l’esprit paufina sa stratégie quelques phrases plus tard, quand elle se rendit compte de cette lacune pouvait la perdre), surtout considérant le timbre sonore et l’accent dit mexicain de The Dog Spirit. - The Dog Spirit : Hé ! Toi, le jeune qui me parle, je suis ta conscience. L’adolescent regarda autour de lui, puis au ciel. Il ne réalisait pas tout à fait ce qui venait de se passer. L’esprit comprit qu’elle venait de faire une gaffe et parla à nouveau pour la récupérer avant que l’humain ne commence à réfléchir. - The Dog Spirit : Euh, en fait, non, mieux que cela; je suis ton dieu ! Il fallait maintenant trouver autre chose pour enchaîner. Celle trouvée par l'esprit montra son amateurisme en matière d'improvisation. The Dog Spirit : Et toi, euh… qui es-tu ? Le jeune, énervé de ce résultat auparavant jamais égalé de ses prières, se présenta sans plus tarder à «son dieu». Sans trop se demander pourquoi le dieu en question, malgré sa puissance, ne connaissait pas son nom (et puis, peut-être était-ce un test ou encore une formule de politesse que de lui demander de se présenter – me mettons pas en doute l’autorité divine; du coup, elle pourrait décider de se barrer), il lui dit qu’il s’appelait Érbel, et commença à lui parler, à confesser ce qui lui causait beaucoup de misère morale depuis un quart d’heure. The Dog Spirit ne l'écoutait pas. Voyant sa persistance, elle décida de l’arrêter avant qu’il ne lui raconte sa vie au grand complet, non mais, ce n’est pas un bureau de psychologue, ici. Ce n’était pas nécessaire, elle n’avait pas le temps de tout écouter cela, et puis elle aurait accès aux grandes lignes en le possédant. Elle l’interrompit sans ménagement.
- The Dog Spirit : Et dis-moi, Érbel, veux-tu servir ton maître et ton dieu (moi) ? Comme c’est là, j’aurais besoin de ton aide vite fait. Plus secoué par la requête de son interlocutrice que par le fait que son «dieu» ne se souciait pas particulièrement de son bien-être et ne daignait même pas écouter ses doléances, un grand nombre de concepts et d’anecdotes religieuses associées aux saint-e-s, probablement aussi mythiques que mystiques, lui revinrent alors en tête. Lui aussi venait d’être appelé ! Dieu lui apparaissait pour lui demander d’être son extension corporelle ! In-cro-yable; voilà du matériel qui impressionnerait à coup sûr tout le district de Middlechurch. - The Dog Spirit : Bon, eh bien, pour commencer, tu vas aller de l’autre côté, et… Elle lui expliqua comment bricoler une partie mécanique externe de la génératrice. Tandis qu’Érbel tentait d’ouvrir le panneau principal pour «servir son dieu» (croyait-il), sa psyché occupée se vulnérabilisa, et The Dog Spirit en profita pour le posséder. Elle recula un peu, prit son élan, et se jeta directement dans sa tête. Sous le choc, Érbel tomba à la renverse dans la neige et une intense confusion mentale l’envahit. Son corps s’agita dans tous les sens, de la façon la plus erratique qui soit. Quelques secondes plus tard, The Dog Spirit prit le contrôle de sa personne. La psyché réceptive d’Érbel, déjà affaiblie par ses convictions religieuses et le stratagème de The Dog Spirit, n’opposa pratiquement aucune résistance à la possession. The Dog Spirit parcourut la psyché d’Érbel en général et ne trouva là pas grand-chose d’utile. En l’absence d’informations claires sur une source d’énergie potentielle, The Dog Spirit (physiquement Érbel) s’interrogea sur ce qu’elle devait faire. En tous les cas, il ne fallait pas rester là; Érbel savait en effet que les deux autres humains, soit son frère Langer et son ami Dapak, reviendraient. Cela compliquerait considérablement la situation. Pas question d’aller au nord ou encore vers l’ouest pour le moment à cause des troubles associés à la créature volante et à Combineman. Érbel partit donc immédiatement vers le sud avec les chiots-démons, prenant bien garde d’éviter les deux autres humains en les contournant par le versant est d’une colline qui descendait. |
| Deux nouvelles sources |
|
Érbel, «piloté» par The Dog Spirit et suivi par les six chiots-démons, continua sa lente descente vers le sud-est, tâchant de ne pas trop s'enfoncer dans la neige. Chemin faisant, The Dog Spirit songea à la nécessité de trouver rapidement quelque chose – qu'il s'agisse d'une machine ou d'une créature quelconque – présentant un important potentiel énergétique. Le corps d'Érbel lui permettrait de survivre et de se mouvoir quelques temps encore, mais sans plus. Or, entre un état de survie et ses ambitions de toute-puissance, The Dog Spirit constatait un décalage sincèrement frustrant, et il fallait bien faire vivre la demi-douzaine de chiots-démons. Déléguant entièrement aux fonctions motrices d'Érbel le soin de la mener là ou elle le souhaitait, c'est avec confiance et assurance que The Dog Spirit se concentra entièrement sur la détection de ne serait-ce que de l'étincelle du signal d'une ou de plusieurs sources d'énergie significatives. Elle dut investir la quasi-totalité de son attention dans cette tâche pendant un bon moment. Les nombreuses tentatives de The Dog Spirit pour éliminer le «bruit», c'est-à-dire, les distractions et les fluctuations erratiques dans l'énergie ambiante, finirent par être récompensées. En effet, elle décela un signal relativement lointain, même si, estima-t-elle, cette distance pourrait être parcourue à pied moyennant des efforts raisonnablement importants. Puisque les efforts en question seraient effectués par son hôte (évidemment), The Dog Spirit dédida qu'elle n'allait pas se gêner, tout de même, déjà qu'elle faisait tout le travail de possession... L'esprit en cavale, curieuse, désirait en apprendre davantage sur la source d'énergie, question de savoir à quoi elle devrait faire face et d'éviter les mauvaises surprises. En utilisant ses pouvoirs on ne peut plus spirituels, oui, elle découvrit que la puissance émanait d'un bâtiment imposant, situé à l'ouest. The Dog Spirit déduisit que l'énergie devait soit provenir d'un engin situé dans le bâtiment, soit être associée à ses occupant-e-s, dont elle ignorait le type et le nombre. Quoi qu'il en soit, elle le saurait bientôt, car elle irait vérifier par elle-même ou, plutôt, n'est-ce pas, par Érbel. Captivée par sa propre démarche d'enquête, The Dog Spirit ne se rendit compte que tardivement qu'Érbel, arrivé depuis un certain temps déjà en bas des collines, s'était immobilisé. Les chiots-démons impatients regardaient Érbel avec anticipation, incertains quant à la cause de l'inaction prolongée de The Dog Spirit. L'un d'entre eux émit même l'équivalent «chiot-démon» d'un petit cri d'insatisfaction – il faudrait ici parler d'une plainte déchirante pour être exact – accompagné d'une attendrissante petite larme d'acide (ils peuvent bien avoir les yeux rouges, les chiots-démons, avec de pareilles larmes !) qui dissolut néanmoins toute vie organique sur une aire circulaire de dix centimètres carrés lorsqu'elle toucha le sol. La personne d'Érbel, subjuguée par l'esprit rebelle, attendait des ordres qui ne venaient pas. The Dog Spirit, revenant parmi eux, évalua brièvement la situation. Faisant le point sur les événements, elle se dit que les choses auguraient bien : en plus d'éviter les deux humains amis d'Érbel, elle réussit à semer Combineman, qui devait être en train de la traquer. Et là, il fallait aller vers l'ouest pour rejoindre l'édifice où se trouvait la source d'énergie tant convoitée. En regardant autour d'elle à travers les yeux de son hôte collaboratif mais passablement innocent, The Dog Spirit tenta de planifier un itinéraire vers ladite source d'énergie. Devant Érbel, au sud, se trouvait un marais qui s'étendait dans la bonne direction pour atteindre la source d'énergie, vers l'ouest, et duquel se dégageait une chaleur humide et nauséabonde. À l'est, les arbres d'une majestueuse forêt s'élevaient bien haut, ce qui empêchait Érbel de voir où elle se terminait. The Dog Spirit ordonna à Érbel de s'engager dans les marais. Il s'exécuta non sans communiquer une réticence notable que The Dog Spirit ignora, son immatérialité et son égocentrisme la rendant assez peu sensible aux doléances d'un hôte temporaire incapable de lui résister et de si peu d'intérêt (énergétique). Chemin faisant, alors qu'Érbel suivait les ordres de sa maîtresse à l'effet de prendre la route la plus directe (mais pas forcément la plus pratiquable, faut-il le préciser) à travers les marais, ladite maîtresse retombait dans ses fantasmes de pouvoir. Elle réalisa soudainement que, au fur et à mesure qu'Érbel la rapprochait de la destination, une interférence croissante masquait la source d'énergie. Il devenait alors difficile de s'orienter adéquatement en prenant la source d'énergie comme balise, surtout que, dans les marais, les points de repère manquent cruellement, avec cette brume et tout... The Dog Spirit utilisa une fois de plus ses pouvoirs et découvrit que l'interférence provenait en fait d'une seconde source d'énergie, plus faible que la première mais tout de même considérable, qui se promenait dans les marais. Quelle aubaine !! Fascinée, The Dog Spirit se concentra sur celle-ci. Elle apprit que cette seconde source d'énergie était en lien avec un individu quelconque détenant «la puissance des mort-e-s», whatever that means. L'esprit ne put en savoir davantage, ce qui l'intrigua au plus haut point. Elle ordonna à Érbel de filer cette source en priorité. L'autre source attendrait. Cette affaire de «puissance des morts» rappela de bons souvenirs à The Dog Spirit. Un jour, alors que Combineman et elle effectuaient une quête dans un donjon souterrain, il et elle rencontrèrent une imposante cohorte de morts-vivants. Il s'agissait plus précisément de squelettes. Combineman, peu confiant de l'emporter contre les gardiens du donjon en combat loyal à l'aide de sa seule puissance chamanique, élabora un plan astucieux. Il convoqua The Dog Spirit avec hâte. Dès son apparition, elle créa plus ou moins volontairement une incroyable panique chez les squelettes qui, rappelons-le, craignent les chien-ne-s. Cette anecdote renforça la confiance, déjà démesurée, de The Dog Spirit en ses capacités. La «puissance des morts» ? Amenez-la !! The Dog Spirit en avait vu d'autres. Peut-être pourrait-elle, à elle seule cette fois-ci, rééditer l'exploit des squelettes ? Ce serait trop fort. L'esprit se demanda alors pourquoi personne n'avait, depuis le temps que différentes puissances utilisaient des squelettes, trouvé une mesure pour contrer la tactique des chien-ne-s. Elle réalisa que, étrangement, cette tactique avait été peu usitée par les humains dans l'histoire. The Dog Spirit réfléchit quelques instants au potentiel inexploité de la tactique des chien-ne-s et à ses semblables matériel-le-s, primitif-ve-s, qui pourraient connaître la gloire contre les armées de morts-vivants. Ce serait épique ! Un bruit d'herbes foulées, au loin, qui se rapprochait rapidement, attira simultanément l'attention de l'esprit et de son hôte. Quelqu'un – ou, plus réalistement, quelque chose – arrivait à vive allure. Érbel pouvait aisément suivre la progression de ce qui s'en venait vers lui – une sorte de gros animal un peu lourd et maladroit, à en juger par la façon dont il écrasait et écartait le foin. La trajectoire de ce supposé l'animal se précisa; il sembla à Érbel qu'il passerait à quelques mètres devant eux, sans les voir. Cependant, au dernier instant, il bifurqua de leur côté, et... |
| La Fuite vers l'avant (seconde partie) |
|
C'est en affichant une surprise d'un gigantisme prodigieux qu'un autre élève du hoverbus déboucha de l'herbe haute, à environ un mètre devant Érbel. Ce dernier, remarquablement calme car il entendit l'autre venir de loin, le reconnut rapidement. Il s'agissait de Faque, un des fuckés. Faque prit un certain temps à se resaisir avant de reconnaître Érbel. Il se dit que cela valait bien la peine de larguer un paquet de débiles (sauf exception) pour tomber sur une autre personne de si peu de qualité (selon lui). - Faque : Érbel ? Qu’est-ce que tu fais là ?! Es-tu tout seul ? Érbel se tenait debout, au milieu du chemin, inexpressif. Effectivement seul, il semblait perdu. Il lui répondit plus ou moins. - Érbel : Faque… il faut que tu nous aides. Faque se demanda pourquoi Érbel parlait à la première personne du pluriel. Il verbalisa alors son questionnement. - Faque : Qui cela, «nous» ? Il l’examina sommairement. Faque ne connaissait pas ne seraient-ce que les plus élémentaires notions de secourisme, mais il ne décela aucune trace évidente de blessure ou de traumatisme. Il se rendit toutefois compte que six jeunes chiens accompagnaient Érbel. Il se dit que peut-être que Érbel, en disant «nous», voulait dire «les chiens et moi». Étrange… !
- Faque : Des chiens ?! Qu’est-ce que c’est que cela ? À l’école, il était arrivé – à quelques occasions – à Faque de tourmenter Érbel, car c’était une proie extrêmement facile : religieux, pauvre, passif en dépit d’une force physique sous-estimée, sans grand sens de l’esthétisme, et manquant cruellement d’habiletés sociales et de sens de la répartie. Cependant, Faque n’insistait pas outre mesure. Non seulement Érbel n’était pas particulièrement amusant à blaster (d’autant plus qu’il se coulait souvent lui-même sans s’en rendre compte), mais en plus son frère Langer était fort respecté, et puis n’était-ce pas là le travail des «pions» (p.ex. Fraget) que de se jeter tête baissée, à répétition, dans de bêtes affrontements verbaux sans gain réel possible ? Faque valait mieux que cela; il le savait, et se contentait d’une salve d’insultes optimale bien placée de temps à autres, question de montrer à ses collègues que, en tant que dominant, il n’avait rien à prouver et se contentait d'asseoir son autorité tout en faisant rire la cour d'école.
- Faque : Écoute, là, je n’ai jamais rien eu contre toi ou ton frère, mais c’est pas le temps de niaiser. Il y a une espèce de monstre après nous autres, elle a déjà tué deux de mes amis, et… Érbel parlait lentement, sans émotion, mais mieux que d’habitude. Faque le trouvait plutôt débile. Peut-être Érbel délirait-il ? Était-il devenu dingue à force d’errer dans les marais avec les insectes ? Ou était-ce une maladie ? Faque l’ignorait, mais il détestait de telles manifestations de folie faites par des individus déviants, malades mentaux, schizophrènes ou autres. D’ordinaire, il aurait réprimé ce genre de comportements, sauf que la situation présente pouvait difficilement être qualifiée d’ordinaire, et Faque ne se trouvait pas dans une position favorable pour imposer ses règles. - Faque : T’aider à quoi ? Il faut sortir de la swamp au plus crisse. Je ne sais pas par où c’est. Je fais juste suivre le chemin; on va bien finir par aboutir quelque part à un moment donné. Érbel répondit à Faque, cette fois-ci avec un air plus naturel, spontané. C’est comme si Érbel avait compris qu’il n’obtiendrait rien de Faque tant et aussi longtemps qu’il conserverait des allures ésotériques dans le parler et l’agir. Il devint plus terre à terre, plus près de ce qu'il était à l'école. - Érbel : Je sais comment sortir; viens avec nous, mais tu dois nous aider après. C’est le genre de proposition, se disait Faque, qui sent la crosse, surtout lorsque faite par un type qui a l’air un peu fêlé par bouts.
- Faque : Quoi ?! OK, bien, on part tout de suite, et puis tu vas m’expliquer cela en y allant. Ils marchèrent pendant un bon bout de temps. Érbel tint promesse; lui et ses petits chiens menèrent Faque hors des marais sans aucun problème. Chemin faisant, Érbel expliqua simplement à Faque qu’il cherchait quelqu’un, et qu'il avait besoin d'un peu d'aide pour le trouver. |
![]() |
La suite... |
|