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TOME I : Hoverbus de l'enfer

CHAPITRE VIII




Métal fluide


Tel que relaté dans les épisodes précédents, les sportif-ve-s furent les premiers à réussir à quitter le hoverbus après l'attaque initiale de la créature – en fait, les premiers qui quittèrent sans se faire tailler en pièces (cf. le groupe de Dankill). D'autres suivirent leur exemple, de sorte qu'il ne resta éventuellement plus que Langer, Joepe, et leurs amis, qui ne partirent finalement que le lendemain. Les derniers à s'en aller le jour de l'accident formaient un groupe de dix personnes appartenant à un groupe plus large, que les autres élèves qualifiaient affectueusement de «fucké-e-s».

Les fucké-e-s étaient une bande hétéroclite, avec un noyau central de personnes marginales, taciturnes, erratiques, colériques, mésadaptées du système scolaire, dont les rapports avec l'autorité s'avéraient tendus. Il faut préciser, toutefois, que des personnes satellites plus ou moins bien intégrées aux fucké-e-s échappaient à cette description générale. Durant la crise, c'est Faque qui devint officieusement le chef de tout ce beau monde en posant un geste avant les autres. Après que Eddel soit sorti du placard (la soute à bagages du hoverbus, je veux dire) et l'ait traumatisé en lui sautant dessus, simulation d'attaque panique et ô combien obscure référence à un film d'horreur antique, Faque les mena à l'extérieur. Les fucké-e-s finissaient de rassembler leurs effets personnels afin d'enfin aller le retrouver en-dehors des restes du vaisseau.

Faque les attendait avec impatience, et, tout en surveillant de l'extérieur l'entrée de ce qui restait du hoverbus, il jetait des regards intermittents vers le sud. La créature reviendrait probablement bientôt mais, de là, il la verrait venir de loin. Que faisaient les autres ? Pourquoi ne se grouillaient-ils-elles pas ? Ne comprenaient-ils-elles pas que c'était une question de survie ? Leur lenteur exaspérait Faque mais, en réalité, son inquiétude de voir la créature réapparaître lui faisait grandement surestimer le temps qui passait.

Fepari, arborant un air égal avec fond de méchanceté, sortit le premier de la dépouille du vaisseau. Cet individu légèrement gras, mais très fort, portait son bagage avec aisance. Il s'avançait vers Faque en semblant partager ses sentiments négatifs envers la lenteur de leurs ami-e-s. Quelques instants plus tard, il fut suivi de Vikow, la petite de onze ans, pressée vers l'avant par le gros Girodos. Lui-même se faisait bousculer par Égétée, avec qui il échangait un flot incessant d'insultes. Aux dernières nouvelles, elle menait toujours l'échange par plusieurs points et son ardeur s'en voyait renouvelée.

Caracce, la meilleure amie d'Égétée, les accompagnait sans mot dire. Il s'agissait d'une fille moyenne peu habile à l'école qui se retrouvait, quelques années auparavant, à échouer ses cours avec Égétée. Bientôt les seules de leur âge dans des classes surpeuplées de jeunes presque-adolescent-e-s dont les préoccupations ne s'émancipaient pas encore tout à fait de l'enfance, elles devinrent amies par la force des choses. Les fondements réels de cette amitié demeuraient méconnus, peut-être même ésotériques. Lorsqu'elles finirent par se tenir ensemble de façon plus officielle, Égétée l'introduisit rapidement dans son groupe habituel d'ami-e-s, les fucké-e-s. Depuis ce temps, Caracce fréquentait les jeunes marginaux et autres apprenti-e-s de la délinquance, sans toutefois partager leur intérêt à défier l'autorité.

Puis, ce fut au tour de Nolard de sortir du vaisseau, flanqué de son escouade de débiles profonds. Tout comme Fepari, son visage était inexpressif, mais avec une touche d'égarement imprimée en permanence sur son large front. Pour des raisons difficiles à expliquer, Nolard se retrouvait très souvent en compagnie d'individus à la cognition mince qu'il finissait par fidéliser sans vraiment le vouloir. Cela lui avait valu un surnom qui s'agençait bien avec son nom réel. En effet, Faque, fatigué de devoir endurer ses trop zélés compagnons dans le groupe, l'avait traité de «Lord of the Nonos», d'où «Lord Nono», puis finalement «Lord No».

Les trois individus peu alertes qui venaient avec ledit Lord No étaient Barben, McRhod et Fraget. Barben, le gars dont personne n'avait jamais contemplé le visage à cause de sa longue et omniprésente chevelure noire, craignait plus que tout de se retrouver seul car, le cas échéant, il ne serait pas quoi faire pour se débrouiller. Il se laissait porter par le groupe des fucké-e-s très naturellement comme l'océan anime les invertébrés marins, faisant acte de présence en parlant de temps à autres pour renchérir sur ce qui avait déjà été dit et valider les autres. Pour ce qui est de McRhod, sa présence avec les fucké-e-s s'expliquait plutôt mal si quelqu'un ne tenait compte que de l'apparence (aucun style particulier), des intérêts (les occupations manuelles) ou de la personnalité. Très grand, plutôt viril, avec une trop grosse tête qui ne renfermait qu'un cerveau bien pauvre en connexions nerveuses, McRhod ne possédait ni le profil d'un recalé de l'école, ni celui d'un marginal. Il ne se frottait pas tellement à l'autorité non plus. Il avait même été inscrit dans des cours enrichis (Fepari aussi, mais ce dernier avait rapidement échoué, faute d'efforts) ! En fait, personne dans le groupe ne savait exactement comment McRhod en était venu à se tenir avec elles et eux (Barben ne se souvenait pas que McRhod était un de ses amis d'enfance, et McRhod ne parlait presque jamais, trop occupé à sourire largement et à enseigner la prononciation correcte de son nom aux autres, prononciation que je ne maîtrise pas vraiment moi-même), mais c'est le genre de choses qui arrivent dans toutes les écoles secondaires, relents relationnels de l'enfance qui finissent nécessairement par s'éteindre grâce aux efforts du temps pour affaiblir tout ce que personne ne prend la peine d'entretenir. Ils n'en étaient pas encore là.

Faque aimait bien Barben, et ne se souciait pas tellement de McRhod bien que celui-ci fut parfois la victime innocente de quolibets lancés par les dominants du groupe – mais qui donc ne l'était pas ? Au contraire, Fraget avait un statut très spécial parmi les fucké-e-s, car Faque ne supportait pas sa présence. Et il n'était pas le seul, car Fraget inspirait le mépris aux autres. Outre être impertinent (un art dont il connaissait toutes les subtilités), Fraget passait le plus clair de son temps à donner son avis à tout le monde et à piquer des crises de colère à la moindre provocation – du moins, s'il sentait que les circonstances l'avantageaient. Malheureusement pour les autres, il ne possédait que peu de jugement, ce qui en faisait un individu dangereux et extrêmement imprévisible. La plupart des gens le craignaient et souhaitaient l'avoir loin d'elles et eux. Cependant, les fucké-e-s le voyaient largement comme une sorte de fanfaron sans une seule once de loyauté ou de courage. Des semi-gros bras comme Faque et Fepari n'étaient guère impressionnés.

Mais alors, si Fraget était aussi détesté, pourquoi les fucké-e-s toléraient-ils et elles sa présence ? Eh bien, par un jeu de truchement très complexe et obscur d'alliances entre groupes, il semblerait qu'une lointaine cousine de Fraget ait déjà été une des «protégées» de Bimas (peut-être vous souvenez-vous de lui, dans les premiers épisodes, le gros mafieux qui se prenait pour un homme d'affaires...). Nolard avait eu des contacts amicaux avec le groupe de Bimas pendant un certain temps (il avait poignardé un élève bavard pour le compte de Bimas et ne s'était jamais fait prendre) et, finalement, même si personne ne comprenait vraiment pas à quoi cela pouvait bien rimer et quel était le rapport, tout le monde parmi les fucké-e-s se sentait obligé d'endurer Fraget. Mais Faque – c'est cela – sentait, avec un immense soulagement anticipé, que l'accident du hoverbus et la mort de Bimas et de ses ami-e-s changerait la situation. Et oui, effectivement, sa destinée et celles de Fraget prendraient un tout autre chemin que ce qu'elles auraient pu être...



La Déception I


Faque, Fepari à ses côtés, toisait le groupe d'ami-e-s qui s'approchait lentement d'eux avec contrariété. Il leur adressa la parole avec véhémence, question de les saisir un peu.

- Faque : Tabarnak ! Y'était temps ! Attendiez-vous que le monstre revienne avant de sortir, ou quoi ?

Surpris-e-s, ils et elles le regardèrent sans trop savoir quoi répondre, si réponse il devait y avoir. Mais un d'entre eux et elles prit ce silence pour de la défiance dont il pourrait – croyait-il – tirer profit.

- Fraget : Bien là là, Faque, on fait notre possible. Puis cela n'a pas été si long que cela. Fais pas chier !

Fraget avait mal évalué la situation; par conséquent (et comme d'habitude), il essuya un retour de feu.

- Nolard : Ah, ta gueule, là. Faque a raison; on a été trop slow.
- Fraget : Ouen bien moi je pense que...
- Faque : Sacrament, vous ne pigez pas que c'est peut-être juste une question de minutes avant que le monstre revienne ?
- Fraget : Bien là, ce n'est pas une raison pour commencer à nous engueuler, et puis...
- Fepari : Là, Fraget, tu la fermes.
- Girodos : Ouais, ou je t'écrase.

Même Girodos, d'un naturel calme et plutôt insouciant, pouvait en venir à ne plus être capable de Fraget.

- Égétée : Oui, et puis fais attention, parce que à la grosseur qu'il a...

Faque jugea le dossier clôt étant donné que Fraget s'était tût. Il leur tourna le dos et se dirigea énergiquement vers le sud, accompagné de Fepari, son ami au pas pesant.

- Girodos : Bon, enfin... Tout le monde est là ? Cela en a l'air.

Il partit à son tour. Quelques mètres plus loin, Faque les invita à se hâter, car il sentait leur hésitation.

- Faque : Envoye ! En route.

Il ne s'agissait certes pas de la première fois que Fraget se faisait invectiver par les personnes qu'il croyait défendre ou protéger d'un individu plus agressif ou désagréable. Même que Fraget pouvait se faire marginaliser par les membres de son propre groupe d'«ami-e-s», ou par les individus hors du groupe, sans que personne ne se porte à sa défense. Un jour, alors qu'il suivait le cours d'initiation à la citoyenneté de l'école secondaire, Fraget avait décidé, sans raison particulière, de faire preuve de délinquance pour montrer aux autres que, lui aussi, il était capable de jouer les durs. Il brava l'enseignant en défiant les règles de l'école selon lesquelles il n'avait pas le droit de manger en classe. Lorsque l'enseignant le lui fit remarquer dans le but de le ramener à l'ordre avec diplomatie, il continua à manger devant lui, redoublant d'arrogance. Devant tant d'impertinence, les élèves protestèrent de façon dramatique contre le comportement de Fraget dans le simple et unique but de le faire inculper. Ses «amis» encouragèrent alors l'enseignant à lui donner une retenue, lui signifiant qu'il ne devait surtout pas se laisser faire. L'enseignant hésita. La réaction des amis de Fraget déclencha chez ce dernier un fort sentiment de trahison, alors il se leva et commença à leur crier des noms. Jouant à la victime, feignant l'incompréhension et ne répondant surtout pas aux attaques, ils réussirent à décider l'enseignant. Celui-ci, avec une lueur de sadisme dans le regard (cela faisait très longtemps qu'il rêvait de se faire Fraget en l'envoyant en retenue pour un crisse de boutte), rédigea alors une retenue à Fraget, ce qui provoqua des applaudissements. Lorsque celui-ci protesta, confrontant l'enseignant sur le fait que la retenue dépendait plus de l'attitude de la classe que de la gravité réelle de son comportement, il obtint une huée de la classe (ainsi qu'une seconde retenue).

Faque en tête, les fucké-e-s descendaient lentement la colline, sans ordre ni discipline. Peu avisés, ils et elles ne se rendaient pas vraiment compte que le fait de marcher au centre de la clairière, complètement à découvert, en ferait des cibles faciles pour la créature volante. Les élèves demeuraient silencieux. Plusieurs ne savaient pas trop quoi dire. Faque, toujours résiduellement fâché contre la lenteur de ses ami-e-s et leur manque de rigueur en pareille situation, investissait toute son attention sur une tâche de surveillance. Il jouait un rôle d'éclaireur, regardait au loin, balayait la scène du regard. Il se disait que le fait d'être à découvert lui permettait d'avoir un champ visuel très large et, donc, de voir les dangers arriver d'avance. Il pourrait ainsi alerter ses ami-e-s et prévenir les mauvaises surprises.

Fepari marchait dans l'ombre de Faque. Il ne disait rien, lui non plus. Cependant, des pensées morbides accaparaient son esprit. Il avait toujours détesté les choses dégoûtantes. Elles provoquaient chez lui une puissante réaction aversive paralysante; une sorte de peur. Pour cette raison, Fepari n'appréciait guère les films d'horreur et les jeux vidéo violents. Fepari se souvenait que, environ un quart d'heure plus tôt, il découvrait un ex-membre du groupe des fucké-e-s, JOL, qui n'était mort que depuis quelques instants. L'image de son visage carbonisé avec quelques bouts de muscles et d'os visibles à travers le reste, son expression figée dans un rictus de douleur béate, la bouche ouverte, et les yeux complètement renversés et brûlés, lui revenait incessament en tête. Il revivait en boucle le moment où il tentait de le «réveiller» et, en le ramenant vers lui, voyait de près ce qui restait de son visage, et les traces horrifiantes de sa souffrance.

La marche se continua, sans histoire, jusqu'à ce que les fucké-e-s aperçurent une sorte de structure métallique, masse informe et bizarre qui traînait dans un élargissement de la clairière. Elle se trouvait un peu plus bas, sur un petit plateau entre deux descentes de la grande colline, toujours vers le sud.

- Nolard : Heille, que c'est cela ?
- Barben : Quoi ?
- Nolard : Regarde en bas, là ! Si tu enlevais les cheveux de devant ta face, esti de pouilleux, tu verrais de quoi !
- Barben : Ah.

Contrairement à ce que Nolard croyait, le peu de vigilance de Barben ne s'expliquait pas par son champ visuel effectivement restreint, mais bien par son absence d'esprit en général. Consacrer un minimum d'attention à quelque chose n'était pas évident pour lui.

- Faque : C'est le bas du vaisseau. Venez, on va aller voir.
- Girodos : Il y en a peut-être qui sont encore en vie.
- Fepari : Euh... vous êtes sûrs que vous voulez aller là ?

Faque ne comprit absolument pas pourquoi Fepari disait soudainement des choses aussi stupides, lui qui habituellement ne reculait devant rien. Après tout, il ne s'agissait que d'aller vérifier rapidement si des survivant-e-s traînaient là, et n'était-il pas tout naturel de porter assistance aux autres -- pas pour des raisons d'éthique morale, mais, en fait, ne fallait-il pas y aller s'il y avait d'assez bonnes probabilités que certain-e-s de leurs ami-e-s s'y trouvent ? Il lui répondit naturellement.

- Faque : Bien, euh, oui... il faut. Pourquoi ?
- Fraget : On ne va quand même pas les laisser là ! Bimas et d'autres étaient assis en-dessous...
- Fepari : Ah, ta gueule, toi.
- Girodos : Bimas est mort; on a vu sa tête se faire couper et rouler dans le haut du transport.

L'intonation utilisée était presque aussi joyeuse que insouciante; le contenant et le contenu paraissaient très déconnectés, d'autant plus que Bimas et Girodos s'aimaient bien l'un l'autre. À la suite des propos de Girodos, Fepari dut réprimer une forte réaction de dégoût. Il ne souhaitait surtout pas montrer à quel point il éprouvait une peur à tout casser de faire face à des restes humains déchiquetés. D'autres, toutefois, partageaient ses craintes.

- Caracce : Bien là, c'est très dégueulasse. On ne va pas là.
- Vikow : Je ne veux pas aller là, moi non plus !
- Girodos : Pas besoin d'avoir peur; je suis là.

Il dit cela avec une assurance excessive, en pointant son torse de ses deux pouces. Vikow le regarda avec une naïve incompréhension, car elle n'avait pas encore appris, étant une fillette, que les femmes se doivent d'être dépendantes, faibles et passives (du moins, selon les croyances discutables d'une certaine partie de la société, d'ailleurs partagées par Girodos).

- Égétée : Raison de plus pour ne pas y aller !

Girodos sembla légèrement contrarié de devoir encore essuyer une attaque sans provocation ni raison particulière, mais il ne réagit pas de façon significative. Malgré leurs hésitations, les élèves avaient continué à marcher entre-temps, pendant leur échange verbal, de sorte que les fucké-e-s se trouvaient maintenant à peu de distance de la dépouille métallique du pont inférieur du hoverbus. Faque, toujours légèrement devant les autres membres du groupe, entendit alors une sorte de cri déchirant s'élever devant lui...



La Déception II


Les fucké-e-s se regardèrent, considérablement surpris par ce cri en provenance d'un émetteur invisible, donc inconnu et, par le fait même, inquiétant. Parmi les membres du groupe, le premier à réagir fut encore Faque. Il leur fit un signe muet de se coucher derrière les vestiges du pont inférieur du vaisseau, qui reposait dans la neige, quelques mètres devant eux et elles. Les élèves peu appliqués en matière d'apprentissages scolaires s'approchèrent rapidement et s'accroupirent ou se couchèrent près de la paroi. Il s'agissait du dessous du vaisseau, qui devait avoir viré sur le côté sous la force de l'impact avec le sol.

Fraget, curieux à propos de l'origine du cri, restait debout, le plus à découvert possible, en tentant de regarder au-delà de la structure. Faque chuchota son nom afin d'attirer son attention, puis lui signifia avec insistance, presque avec agressivité, de se coucher. Mais Fraget persistait.

- Fraget : Es-tu sûr qu'il y a quelque chose là ? Je n'ai pas bien entendu. C'est peut-être juste un grincement, ou le vent.

Nolard, excédé, prit le relais de Faque en matière de répression de la bêtise.

- Nolard : Tabarnak, Fraget, ta gueule !
- Fraget : Heille ! J'ai bien le droit de...

Nolard se leva comme un ressort, effecta un court sprint, et sauta furieusement sur Fraget pour l'empêcher de faire du bruit. Fraget ne comprenait pas la gravité de la situation; il crut que Nolard voulait se battre, et il tenta de se dégager de son emprise. Mais Nolard, très motivé à le museler, et ne crachant pas sur une occasion légitime de battre Fraget (et de se frotter sur un autre gars, car, effectivement, Nolard était secrètement gai – c'était tellement secret qu'il ne le savait pas vraiment lui-même), le maîtrisa sans problème. Nolard, couché sur Fraget et l'utilisant comme stimulation, leva alors les yeux vers Faque.

Faque lui envoya un remerciement de la main, plus pour la forme et l'aspect théâtral qu'autre chose, même si voir Fraget se faire punir lui octroyait invariablement un contentement certain. Puis, avec Fepari, il se dirigea lentement et silencieusement vers l'extrémité droite de ce qui restait du transport scolaire.

- Barben : Heille... partez pas...
- McRhod : Chut ! Faque veut pas qu'on parle.
- Barben : Ah.
- Nolard : Calice, fermez-la !!

Toujours couché sur Fraget, il leur montra son poing.

Les autres fucké-e-s restaient immobiles, postés contre la structure de métal. Vikow, la fillette encore à quelques années de l'adolescence, tremblait intensément de peur. La présente situation lui rappelait ses mauvais rêves d'enfant et les affreux monstres qui les peuplaient (essentiellement des zombies pervers). Vikow faisait des cauchemars violents, récurrents et chroniques depuis qu'un homme grand, masqué, habillé d'un long manteau vert sombre, l'avait agressée sexuellement alors qu'elle était très jeune. Elle n'en avait jamais parlé à qui que ce soit parce que rendue méfiante par l'expérience et puis, objectivement, sa famille était bien trop peu fiable pour lui donner l'aide la plus élémentaire.

Vikow chercha du regard qui elle pourrait bien aller trouver pour obtenir du réconfort pendant ce moment d'insécurité. Pendant cette interrogation, elle vit Girodos qui, lui aussi, tremblait. Elle rampa vers Égétée; cette dernière lui accorda un peu de sa très rare compassion dès qu'elle nota dans quel état de détresse Vikow se trouvait. Cela l'empêcha de remarquer que Girodos semblait vraiment terrifié. Il s'agissait d'une bonne nouvelle pour lui car, dussent-ils et elles survivre, Égétée lui aurait certainement rappelé cette humiliante situation jusqu'à la fin des temps, et peut-être même après... Girodos tentait toujours de cacher son visage dans son couvre-chef mauve, qui ressemblait à la fois à un béret et à une casquette. Bien qu'il réussissait assez bien à dissimuler son expression de terreur totale, il pouvait plus difficilement s'empêcher de frémir. Le fait est que Girodos détestait les bruits forts, surtout les cris intenses. Ceux-ci le faisaient instantanément paniquer. Justement, un second cri, semblable au précédent mais teinté d'un soupçon de rage, se fit entendre. C'en était trop : Girodos commença à pleurer silencieusement dans son béret.

Les collègues de Girodos suivaient avec intérêt le déplacement de Faque et de Fepari vers la droite du vaisseau. Ceux-ci, à cause du nouveau cri, s'étaient momentanément arrêtés. Ils se regardèrent, et décidèrent de continuer. Faque arriva le premier à l'extrémité du pan de métal. Lentement, il jeta un regard discret par-delà le dessous du vaisseau. Il vit alors la créature ayant attaqué le hoverbus plus tôt. Elle se maintenait en place dans les airs, à environ trente mètres en avant de lui, dans un angle d'environ trente degrés. Le monstre battait bruyamment des ailes, de façon à couvrir le bruit ambiant. À cet angle et distance, il ne pouvait pas voir les élèves cachés derrière l'épave. Le monstre examinait le pont inférieur du transport scolaire avec une vive frustration. Il semblait chercher quelque chose – probablement des survivant-e-s à déchiqueter, évalua Faque. Ce dernier, par des signes et des chuchotements discrets, demanda à ses ami-e-s de se coller au maximum contre la paroi du vaisseau, et de se tenir immobiles. Pendant ce temps, Fepari profita de l'occasion pour regarder à son tour de l'autre côté de l'épave du vaisseau. Il vit sensiblement la même scène que Faque, et décida de rester en vigie.

Après plusieurs d'instants d'observation, Fepari aperçut le monstre s'approcher tranquillement, descendre vers eux et elles, puis remonter avec vigueur en se dirigeant vers le nord. Alors qu'il survolait les élèves, il poussa un cri d'une puissance à en rompre le verre, accompagné d'un vent fort, bruyant, et d'odeurs passablement désagréables qui rappelaient la mort. Cela paralysa momentanément tous les élèves, sauf Fepari. La créature regardait droit devant, la tête haute; elle ne remarqua pas que quelques humains étaient là, blottis contre le dessous de la structure, et toujours bien vivants. Girodos, pour sa part, sentit la froideur de la mort passer dans tout son corps au moment où la créature le survola, et il lui sembla bien que son coeur cessa de battre quelques instants. Le stress total qu'il venait de vivre fut suivi d'une très intense sudation; Girodos, maintenant tout mouillé, tremblait encore de peur, mais aussi de froid.

Les élèves prirent quelques minutes à se remettre de cet événement épeurant. Ils et elles attendirent que la créature soit bien loin avant de bouger. Les fucké-e-s se levèrent, sauf Nolard, qui immobilisait toujours Fraget. Nolard contenait les faibles tentatives de Fraget pour se dépêtrer; en tout et partout, Nolard profitait largement de la situation pour l'humilier (et exprimer son homosexualité dormante à ses dépens).

- Vikow : Elle est partie.
- Fraget : Nolard, crisse de nul ! Lâche-moi ! LÂCHE-MOI !
- Nolard : Ta gueule ! Le monstre pourrait revenir...

Quelques instants plus tard, les fucké-e-s avaient à peu près repris ce qui leur restait d'esprit. Faque examina superficiellement ses ami-e-s et vit qu'ils et elles s'en remettaient, du moins pour la plupart. Fepari, déterminé, était toujours prêt à l'action, tandis que McRhod reprenait son sourire stupide et insouciant. Les trois filles, ainsi que Barben, n'exprimaient rien de particulier. Girodos, toujours fortement ébranlé, gardait un visage soucieux. Faque aperçut alors Nolard et Fraget. Il jugea qu'une intervention de sa part serait appropriée.

- Faque : Euh, Nolard, qu'est-ce que tu attends au juste ? C'est correct... tu peux le lâcher.

Il feignit la surprise.

- Nolard : Ah oui, c'est vrai. Tu as bien raison.

Nolard roula paresseusement sur le côté. Fepari trouva la situation plutôt drôle. Barben rit avec son ami, même s'il ne comprenait pas exactement de ce qui pouvait bien être aussi amusant.

- Fraget : Ouff... Calice de Nolard ! Je pouvais presque plus respirer !
- Nolard : Arrête de faker, puis ta gueule, là.
- Barben : Euheuheu...
- Caracce : Le monstre est parti pour de vrai, cela a l'air.
- Faque : Ouais, mais on ne sait pas combien de temps cela va durer.
- Fepari : Il pourrait bien revenir n'importe quand. Faque, il ne faut pas rester ici.
- Faque : Ouais, ouais, on s'en va. On n'aura pas besoin de fouiller le bas du vaisseau. Le monstre l'a fait pour nous autres.
- Girodos : Il n'y a plus rien de vivant là-dedans...

Fepari mena les élèves au-delà du bas du hoverbus, puis vers le sud, d'un pas ferme et rapide. Il évita de regarder derrière lui, de peur de voir la boucherie laissée par l'écrasement du vaisseau. Ses collègues le suivirent avec une nonchalance plus ou moins apparente. McRhod fit quelques pas avec les autres avant de se rendre compte que Faque manquait à l'appel. Il regarda alors derrière lui. McRhod aperçut Faque. Ce dernier s'attardait près de ce qui restait du pont inférieur du hoverbus. Il voulait être certain à cent pourcent que personne ne pouvait avoir survécu. En apercevant un amas méconnaissable de restes humains mêlés à la structure de métal et aux équipements du vaisseau fabriqués en plastique, véritable bouillie d'une morbidité dépassant celle de toutes les expériences de chirurgie cybernétique ratées, il comprit rapidement la futilité de s'attarder là à rechercher quelque élément de vie que ce soit.

Faque se tourna alors vers le sud, et vit McRhod qui l'attendait. Il souriait naïvement, comme à son habitude, laissant paraître une large collection de dents parfaites.

- Faque : McRhod ? Faut y aller... c'est pas correct de rester ici. Viens, on va aller rejoindre les autres.
- McRhod : Ouais. En passant, c'est «McRhod».

Et ils rattrapèrent bientôt leurs camarades de classe éprouvés par cette seconde rencontre avec le démon volant.



Vers le sud


Les fucké-e-s marchèrent longuement vers le sud. Faque partageait maintenant le commandement informel de la troupe avec Fepari. Les deux jeunes hommes forts et taciturnes menaient leurs ami-e-s vers une destination qui s'improvisait autant qu'elle se découvrait, au fur et à mesure de leurs progrès. Bien que ces élèves n'étaient pas particulièrement en forme, la marche ne les fatiguait pas. Le voyage n'avait consisté, jusque ici, qu'à descendre une très longue pente enneigée et légèrement accidentée.

Soudainement pris du besoin de s'orienter, et peut-être aussi de se rassurer sur le fait que l'Univers ne se dérobait pas immédiatement sous ses pieds alors qu'il avançait, Fepari s'arrêta, et regarda derrière lui pendant quelques instants. Il porta sa main droite à son front, et plissa légèrement les yeux. De sa mine sinistre, Fepari constata - et se surprit - que ses ami-e-s et lui avaient parcouru une distance appréciable sans véritablement s'en rendre compte. Il refit le chemin avec ses yeux, en sens inverse. Cela mena son regard en haut de la colline, quelque part dans la montagne. Il vit un peu de fumée s'élever au loin, ce qui l'amena à conclure que la partie supérieure du hoverbus se trouvait dans ce secteur. Il ne pouvait en être exactement sûr; il s'agissait d'une estimation, car ses yeux ne voyaient pas avec acuïté à une telle distance.

La marche se continua encore pendant un certain temps, jusqu'à ce qu'ils et elles en arrivent finalement au bas de la colline. Pendant tout le trajet, Nolard tenta en vain de chasser d'étranges fantasmes qui s'introduisaient dans son esprit et le tourmentaient jusqu'à occuper tout l'espace – assez restreint, précisons-le – habituellement réservé à des pensées plus rationnelles et utiles. Il devenait littéralement obsédé par ces bizarreries mentales. Bien qu'elles variaient d'une fois à l'autre, ses idéations impliquaient toujours une situation sexuelle insolite, puis une quantité appréciable de violence subie à l'aide d'un pied-de-biche (i.e. un crowbar). Cette situation tuait chez lui toute motivation sexuelle et le faisait se sentir plutôt anormal, du moins, encore plus anormal que d'habitude, même par rapport à son groupe de référence composé de délinquant-e-s. Il s'inquiétait depuis qu'il avait eu d'intenses réactions de peur en présence de pieds-de-biche grandeur nature utilisés par ses amis dans des circonstances pour le moins hasardeuses. Nolard se souvenait qu'il ne put approcher un seul des pieds-de-biche sans entrer dans un état de stress accompagné de bon nombre de sensations physiologiques des plus désagréables. L'esprit occupé par de tels scénarios, Nolard ne se rendit pas tout de suite compte que le paysage autour de lui se transformait.

Ainsi, le climat froid, venteux, et le sol enneigé de la colline firent progressivement place à un air lourd, humide et significativement plus chaud. Le tapis de neige blanche perdit en épaisseur, révélant un sol gelé et cahoteux, bientôt boueux. Le terrain devint éventuellement marécageux. Rendus là, les élèves s'arrêtèrent. Caracce leva la tête et vit les marais qui s'étendaient vers le sud et très loin vers l'ouest, mais aussi un peu vers l'est. Étant donné que les terres humides se noyaient dans un épais voile de brume, elle ne pouvait pas discerner ce se trouvait au-delà. La disposition du paysage faisait en sorte que tout ce qui entourait les jeunes convergeait vers les marais, comme une sorte d'entonnoir. Cet effet de l'écologie ambiante était si fort que Caracce ne pouvait considérer aucune alternative, pour la suite, autre que de se diriger vers les marais avec ses camarades. En absolu, il s'agissait d'une option hautement répugnante qui lui fit éprouver une pointe de désespoir, mais c'était tout de même mieux que de rebrousser chemin en remontant péniblement les collines froides et enneigées du nord à la recherche d'un espoir inexistant ou, pire encore, de s'aventurer dans la forêt sombre, inhospitalière, difficile d'accès, et sûrement remplie de périls inconnus, à l'ouest.

Sans pour autant se concerter, les autres élèves évaluèrent la situation de façon à peu près similaire. Néanmoins confrontés à cette évidente cassure géographique, ils et elles se regardèrent. Une décision officielle, symbolique, se devait d'être prise avant de continuer. Devant l'indécision générale, Girodos brisa la glace.

- Girodos : Bon, qu'est-ce qu'on fait ?

Le digne commandant-en-chef de l'équipée des perdant-e-s du système, auquel Girodos venait d'ouvrir la porte, parla alors.

- Faque : Je pense qu'on n'a pas bien-bien le choix... hen ?
- Nolard : Fait chier !
- Fepari : Ouais.
- Barben : Ouais, ouais ouais ouais... dans la swamp.

Comme à son habitude, Fraget essaya de profiter de la situation.

- Fraget : Bien là ! On peut aller ailleurs.
- Faque : Où tu veux aller d'autre ?
- Égétée : Faque a raison. Puis le monstre va peut-être revenir nous trouver, si on niaise trop longtemps ici.

En guise de réponse, Fraget invoqua son ami de toujours : le doute.

- Fraget : Qu'est-ce qui te dit que le monstre ne vit pas dans la swamp ? C'est ici, cela !
- Nolard : Ah, ta gueule... pourquoi un animal volant de cette grosseur-là vivrait dans une swamp ?
- Fraget : Bien !!! Il y a des oiseaux et des mouches dans les marais !
- Égétée : Crisse que t'es off... Une chance que tu n'es pas gros, parce que tu serais encore pire que Girodos.
- Girodos : Bien là... quand même pas tant que cela !

Il appuya sa remarque par un geste d'incompréhension avec ses mains et le haut de son corps.

- Égétée : Non mais c'est vrai... toi, tu es gros en plus d'être poche. Anyway, ce que je voulais dire, c'est que, que le monstre vive là ou non, il ne pourra pas nous voir avec le foin et puis la brume.

Égétée, celle au sens de la répartie à tout casser, épargnait généralement Fraget de ses remarques injurieuses, ou profitait de l'intensité des attaques des autres contre lui pour lui faire des commentaires relativement moins méchants. Cette situation improbable, qui passait toutefois inaperçue dans cette collection d'esprits à l'image des marais, c'est-à-dire brumeux, s'explique par le fait que Égétée était une amie d'enfance d'une lointaine cousine de Fraget. En ce sens, Égétée respectait celui-ci en tant que «membre de la famille de sa cousine, une de mes amies». Paradoxalement, elle maintenait son attitude même si elle savait que Fraget avait causé du tort à ladite cousine durant ses accès de colère inappropriés (et fréquents) en la battant de temps à autres et en tentant même, au cours des trois dernières années, de la violer deux ou trois fois. Heureusement pour la cousine, elle réussissait toujours à se défendre à l'aide d'un quelconque objet contondant à l'aide duquel elle assommait Fraget. Mais Égétée, malgré sa force et son image de destructrice des nuls, redoutait une situation dans laquelle Fraget entrerait dans une de ses crises et la prendait pour cible...

- Caracce : Et puis cela a l'air très grand...

Les fucké-e-s commençaient à se fatiguer de ce pauvre simulacre de débat. Fraget n'avait rien à proposer et continuait à essayer de défendre une position passablement désespérée. Faque, excédé, lui tourna le dos et s'enfonça dans l'épaisse végétation du marécage. Il disparut bientôt derrière un pan d'herbe haute qui marquait le début de ce nouveau territoire. Les autres l'imitèrent bientôt, sauf McRhod. Arrêté à la limite de la végétation, il regardait Fraget avec un sourire moins béat que d'habitude, un signe enjoignant Fraget de le suivre pour retrouver leurs ami-e-s. Fraget demeurant le seul à essayer de se convaincre sans vraiment réussir, il courut à leur suite.

- Fraget : Hé ! Attendez-moi !

Un bref instant plus tard, il les rejoint. Fraget, frustré de la manière dont les autres venaient de le traiter, commença à protester contre les attitudes du groupe en général, celles de Faque et de Nolard en particulier. Il ne s'agissait pas tant d'une critique vaguement intelligible que d'une crise tous azimuts, bruyante et sans fin. Il ne s'agissait pas de la première fois qu'un incident du genre se produisait. Dans le registre du profondément pitoyable, Fraget, contrarié par un enseignant d'éducation physique, avait un jour explosé de colère contre lui. Il l'insultait du mieux qu'il pouvait; dans le meilleur des cas, la scène pourrait être qualifiée d'«inhabituelle», car Fraget perdait rapidement ses moyens dans pareil contexte. Au grand bonheur du groupe-classe, l'enseignant avait sorti Fraget du gymnase sans qu'il ne touche au sol. Ces manifestations de désespoir agressif survenaient de temps à autres, et démoralisaient tout le monde en présence. Fraget ne se rendait pas compte à quel point il attisait le ressentiment des autres en agissant de la sorte; il se centrait plutôt sur ses propres malheurs, considérait que quelqu'un venait de dépasser les bornes, qu'il en avait subi assez, et que quelque chose devait se passer. Heureusement, cette fois-ci personne d'extérieur au groupe ne serait témoin de la crise, et l'image de déviance violente des fucké-e-s se maintiendrait sans nécessité de faire un quelconque acte de vengeance (typiquement, du vandalisme) contre «le système» pour compenser ou faire passer l'humiliation.

- Faque : Là, là, tabarnak, Fraget, TA GUEULE.
- Fraget : Bien oui !! C'est cela ! Tout le monde a le droit de parler, mais pas moi !
- Nolard : Bien oui, c'est cela. Ta gueule, là.
- Fraget : HEILLE !

- Girodos : Cela va faire; calme-toi, là. C'est assez, puis c'est vraiment pas le temps pour cela...

Fraget continuait à faire du bruit; beaucoup de bruit. Et il gesticulait en engueulant un adversaire collectif. Faque ne voyait pas la fin de la crise; pour lui, cet accès de colère aussi intense que incohérent représentait la manifestation d'un état de maladie mentale persistante de Fraget, et confirmait ses hypothèses à son égard. Incapable de supporter un pareil comportement, il les réprimait habituellement avec vigueur, mais lorsque Fraget explosait de la sorte, Faque ne savait absolument pas quoi faire pour le contenir. Il ressentait une sorte de halo de folie l'envahir après avoir embrasé Fraget, et figeait de confusion.

Fepari prit le relais. Il s'avança vers Fraget prestement, avec agressivité. Fraget, toujours fâché, ne réalisait pas exactement ce qui se passait, mais il s'arrêta momentanément. Alors, Fepari lui donna un bref coup de poing à la gorge. Fraget tomba à genoux, cherchant son souffle.

- Fepari : Bon !
- Faque : Merci.
- Fepari : On dirait que j'ai trouvé le bouton mute.
- Barben : Hahaha !

Faque s'approcha de Fraget.

- Faque : Là, là, tu écoutes; on est dans une crisse de grosse swamp. On ne sait pas où on s'en va, ni ce qui zone ici. Fait que ton esti de niaisage, là...
- Barben : Ouais, c'est fini le niaisage, là...
- Girodos : Fais attention, man. On est tous là-dedans ensemble. Tu es avec nous, et c'est correct, mais quand tu fais des affaires de même, tu fais vraiment chier, puis c'est fucking dangereux d'ameuter tout ce qui vit dans cette place-là. Non ?

Ils et elles continuèrent leur route. Plusieurs riaient encore de la blague de Fepari. McRhod s'arrêta brièvement pour demander à Fraget s'il allait bien. Fraget ne fut pas en mesure de lui répondre sur le coup, et il le repoussa vivement. Immédiatement après, réalisant post-impulsivement que McRhod était ce qui se rapprochait le plus d'un restant d'allié, il accepta sa main tendue pour l'aider à se relever. Et c'est sur cette fausse note, malheureusement discordante d'un futur ressentiment, que débuta le voyage des fucké-e-s dans le marécage...








La suite...

...au CHAPITRE XIII







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