
| TOME I : Hoverbus de l'enfer CHAPITRE V |
| Une Première sortie réussie |
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Pendant l'attaque initiale de la créature, le groupe de Dankill, difficilement suivi par Amoron, s'échappait du vaisseau tout juste après l'atterrissage forcé. La créature s'aperçut rapidement que ces quelques élèves étaient sortis par une des fenêtres du vaisseau. Elle se dirigea promptement vers l'extérieur de la carcasse métallique puis, réalisant que plusieurs de ses jouets lui échappaient et que d'autres suivaient déjà leur exemple, elle se lança à leur poursuite par la voie des airs après avoir déployé ses larges ailes. Pendant ce temps, dans le hoverbus... Jeldarre était la puissante et toute-optimiste quart-arrière de l'équipe de football de l'école secondaire. Il s'agissait d'une fille grande et forte avec beaucoup de volonté. Souriante en permanence, de bas en haut du visage, souriante de sa large bouche, du nez et des yeux, une longue chevelure de bronze couronnait l'ensemble, lui faisant ressembler à une quelconque redoutable guerrière scandinave des temps anciens. Studieuse et travaillante, et relativement populaire parce que sociable avec tout le monde, elle alliait la réussite sportive à de relatifs succès scolaires. Elle fut la première à reprendre ses esprits de tous-tes les passager-ère-s du vaisseau en face de l'attaque du monstre violent, probablement parce que habituée à réaliser, exécuter, contrecarrer et improviser des stratégies pendant les parties de football. Jeldarre prévoyait initialement partir avec le meilleur élément de son équipe, Jomor, et déjouer la vigilance de la créature en rampant sous les bancs jusqu'à la sortie. Jomor s'était d'ailleurs déjà engagé dans cette voie. Il ne restait plus que ses pieds qui dépassaient et se tortillaient, mais il sembla à Jeldarre que son ami n'avançait pas vraiment malgré son vigoureux déhanchement. Elle fronça les sourcils, et déduit qu'il devait avoir rencontré des obstacles physiques sur son chemin. Il s'agissait de gens qui le piétinaient sans vraiment s'en rendre compte à cause de leur panique. En le prenant par les bottes, Jeldarre le tira vers elle, car, se disait-elle, les choses étaient maintenant différentes et il ne serait pas nécessaire de se compliquer la vie en rampant dans la boue, la neige à moitié fondue et le sang pour échapper à la créature. Lorsqu'il comprit ce qu'elle faisait, Jomor l'aida, ce qui revint à s'aider lui-même, finalement, et il se retrouva bientôt au point de départ, sur son siège, mais sensiblement moins propre qu'avant. Légèrement dérouté, son manteau bleu foncé à l'effigie de l'école secondaire et de l'équipe de football désormais recouvert d'une abondante saleté, ainsi que ses pantalons noirs d'ailleurs, il lança quelques coups d'oeil autour de lui et s'aperçut bien que la créature ne se trouvait plus là. Jeldarre fit des signes à Jomor avec ses mains. Il connaissait bien ce langage, tiré directement du code qu'il et elle utilisaient sur le terrain de football. Les deux élèves se mirent debout, saisirent leurs sacs, et partirent vers l'avant rapidement en vérifiant constamment si leur progression pourrait être mise en danger par le retour du démon ou de tout autre imprévu. Il et elle procédèrent ainsi jusqu'à (ce qui restait de) la partie antérieure du vaisseau en avançant silencieusement, discrètement, dans l'agitation ambiante bruyante et désorganisée, Jeldarre couvrant la gauche, et Jomor, la droite. Jomor faisait confiance à Jeldarre, car il savait qu'elle prenait habituellement de bonnes décisions, du moins pendant les parties de football. Il était néanmoins anxieux, car il ignorait que la créature les laisserait tranquille pendant un moment, toute occupée qu'elle devait être à massacrer avec méthode et diligence le premier groupe de fuyard-e-s. Il se demandait bien comment elle avait pu disparaître si instantanément, ce «calice de monstre de l'enfer». Jomor, de ses yeux rectangulaires longs et précis, balayait l'environnement du regard avec nervosité. Malgré ses appréhensions, lui et Jeldarre arrivèrent au bout du vaisseau sans encombre. Il comprit qu'il et elle quitteraient maintenant la dépouille métallique. Il appela alors ses amis à les joindre, utilisant une de ses mains pour amplifier sa voix. - Jomor : Let's go gang, esprit d'équipe !!! Il frappa dans ses mains à deux reprises. Cet aphorisme servait en quelque sorte de cri de ralliement, bien connu de toute personne qui pratiquait un sport d'équipe à l'école secondaire de Bayleaf Mountain. Instantanément, dans une sorte de phénomène de mobilisation spontanée, les élèves ayant entendu et saisi la portée du slogan, ce qui excluait bien évidemment les personnes non sportives mais surtout tout individu trop paniqué pour pouvoir faire quoi que ce soit d'utile (et il y en avait vraiment des masses, à ce moment-là), se lancèrent vers l'avant. Jeldarre, Jomor et plusieurs autres élèves membres de divers clubs sportifs de l'école prirent leurs affaires en trombe, et le troupeau arriva à la limite entre le vaisseau et l'extérieur. Les personnes présentes perçurent que le hoverbus reposait sur une colline qui en surplombait d'autres, et vers le sud s'étendait une large clairière. Avant de s'immobiliser, le hoverbus avait creusé un large sillon dans la neige, visible de loin. Jeldarre et Jomor, arrivé-e-s dehors, hésitèrent. Le trajet court, réfléchit Jeldarre, se ferait complètement à découvert; voilà qui présentait un risque élevé. Néanmoins, sous le leadership instantané de Jeldarre et Jomor, les meilleur-e-s de l'équipe de football, les élèves sprintèrent avec énergie vers l'ouest, vers la forêt, afin de se cacher du retour éventuel de la créature meurtrière. |
| Le Glorieux sprint |
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Jomor prit rapidement la tête du peloton grâce à son physique athlétique (et une légère mais significative longueur d'avance). Sa compétitivité le poussa à voir la présente migration vers la forêt comme une sorte de course. Plutôt grand, agile et décemment musclé, ses jambes fortes laissaient derrière lui la plupart de l'élite sportive de l'école. Et c'était bien normal : qui pourrait bien rattraper le meilleur joueur de football de l'école à la course ? Arrivé à mi-chemin, il savourait déjà son éventuelle victoire, et ce sentiment lui rappelait toutes ces parties gagnées avec l'équipe de football dont il était certainement le plus talentueux. Sous le leadership de Jeldarre, l'équipe performait particulièrement bien et, en revoyant mentalement ses prouesses personnelles, qui démontraient hors de tout doute sa nette supériorité sur n'importe qui d'autre, Jomor ne s'aperçut pas que quelqu'un réduisait rapidement l'écart. C'est ainsi que, malgré ses capacités physiques, Jomor fut bientôt rattrapé (et dépassé) par Jessem. Il s'agissait d'un joueur d'une autre équipe sportive de l'école secondaire, plus précisément, le capitaine de l'équipe de hockey. De grande taille, avec des yeux larges et des cheveux foncés courts qui pointaient en permanence vers le haut, Jessem portait en lui l'allure des champions. Il comptait deux ans de plus que ses camarades, car son habileté pour les choses scolaires s'avérait limitée mais, en fait, il s'agissait surtout d'un problème de motivation. À cet âge, avoir dix-huit plutôt que seize ans se transformait en avantages très nets sur les plans physique, sportif... et social. Les autres le considéraient comme une sorte de héros local. Ironiquement, cela l'encourageait encore plus à investir la sphère sociale, et à délaisser «les choses de l'école». Les sorties, les filles et les amis de l'équipe de hockey, tout cela l'intéressait autrement plus que les sciences ! Il appréciait bien trop sa petite gloire d'une confortable médiocrité pour vouloir se lancer dans un véritable défi : réussir à l'école, aller au collège et se confronter à des personnes susceptibles de le pousser à se dépasser. Jessem en tête, le groupe atteignit bientôt la lisière de la forêt, et la troupe s'y enfonça immédiatement, enjambant avec hâte la végétation et la neige entremêlées pour se frayer un chemin. Même si le sprint qui venait de se terminer était plus une question de survie que d'honneur, même si aucune compétition officielle ne se tenait, même si personne n'accordait d'attention à ce qui venait de se passer (et que dire de l'absence de spectateur-trice-s ou d'évaluateur-trice-s d'une quelconque importance), les deux principaux intéressés prirent acte du fait suivant : Jessem venait de remporter une victoire morale sur Jomor, et ce, sur son propre territoire. Quelle insulte ! Jomor ne savait pas exactement ce qui le contrariait le plus dans tout cela, mais une chose est sûre : il n'était pas content... Personne n'en parlerait, tous comprendraient; et voilà, un incident important troublait maintenant l'équilibre du pouvoir et la cohésion naturelle de la meute sportive. La solidarité entre sportif-ve-s de différents clubs d'une même école, tempérée par la recherche de succès et d'admiration de chaque équipe auprès de la communauté, ne pouvait se maintenir que par le respect et la non interférence dans les champs d'activité des autres et, bien sûr, par le mépris des groupes d'élèves non sportifs, jugés inférieurs. À cause des actes de Jessem, le statut de Jomor (et de toute l'équipe de football !) venait d'être remis en cause, mais Jessem ne l'avait pas fait avec préméditation; son instinct de petit gagnant, réponse conditionnée par l'habitude de la compétition, prit simplement le contrôle à ce moment-là. Il s'agissait d'une gaffe, d'un manquement au respect des règles et de la hiérarchie. Ce dont les deux jeunes coqs ne se rendaient pas compte, c'est qu'ils ne se différenciaient pas tellement l'un de l'autre pour ce qui est de la personnalité et des intérêts (dans l'ordre : les sports, les filles, et les engins rapides). S'ils avaient été coéquipiers plutôt que rivaux, quels bons amis ils seraient devenus ! Sauf que l'organisation sociale, l'orgueil et la virilité en avaient voulu autrement. Toujours à la suite de Jessem, les élèves s'arrêtèrent suffisamment loin pour être difficilement visibles de la clairière, mais suffisamment proche pour bien discerner ce qui se passerait là-bas. Jeldarre réalisa, en bonne quart-arrière tacticienne, que cette position leur donnait un avantage stratégique indéniable interdisant tout effet de surprise. «On va avoir le temps de voir ce qui se passe», pensa-t-elle. Si elle revenait, la créature ne les atteindrait pas aisément : ils et elles ne pouvaient être vus d'en-haut, la densité de la végétation ralentirait certainement la créature et les élèves pourraient se disperser et se cacher sans problème. Lorsque les élèves cessèrent d'arriver, Jessem fit le décompte. En tout et partout, seize personnes se trouvaient là. Jessem reconnut quelques collègues de l'équipe de hockey, à qui il envoya la main. Bedej, son gardien de buts, et Yakeil, son ailier, vinrent bientôt le retrouver. Ken, son assistant capitaine, resta un peu à l'écart; il souhaitait parler le moins possible, comme d'habitude. Brila, la seule fille de l'équipe de hockey, salua Jessem discrètement avant d'aller rejoindre «ses amies volleyballeuses», comme elle se plaisait à les appeler.
- Yakeil : Belle course, Jessem. On l'acclame ! En fait, il s'agissait d'abord et avant tout de l'idée de Jeldarre, mais puisque Jessem était leur capitaine, et puisqu'il était le arrivé le premier dans la forêt, ses loyaux équipiers ne faisaient plus ce genre de distinctions.
- Jessem : Je pense qu'on va être plus en sécurité ici. Il s'adressait à Ken, son assistant capitaine. Deux ans plus tôt, Ken s'était rendu à l'école particulièrement bien habillé pour le jour de la photo de groupe. Une cheerleader au vocabulaire inhabituel lui avait dit à quel point elle le trouvait chic (pas dans le sens de «gentil», bien qu'elle le pensât aussi). Un membres de la bande des fucké-e-s, qui essayait de se vendre sans succès auprès de ladite cheerleader, tentant ainsi vainement de briser des normes d'une rigidité sans limite qui guident les dominant-e-s du monde scolaire, fit immédiatement un lien dont il prit alors conscience, pendant un court moment de lucidité. Dans l'esprit d'humilier un sportif et un rival potentiel, il l'appela «Chic Ken». Ce surnom fit sensation immédiatement, et resta. Peu de temps après, toute l'école le dénommait Chicken, même les individus les plus en manque de statut social, et le nom perdit sa valeur négative. C'était «juste Chicken», dans le fond. Pour commémorer cela, et parce que c'est plus drôle ainsi, Ken sera désormais connu sous le nom de Chicken dans cet épisode et les épisodes à venir de Star Scrap et ce, jusqu'à ce que ledit Chicken meure. Après, il va encore s'appeler Chicken, mais il ne sera plus là, alors on s'en fiche.
- Chicken : North Valley ? Mais le ciel n'est pas pareil... Chicken regarda Bedej dubitativement, sans trop savoir quoi dire ou faire. Il arrivait souvent à Bedej d'utiliser l'expression «let's go», mais le contexte variait tellement d'une fois à l'autre que la signification exacte de ces mots devenait très difficile à cerner. Chicken, par ailleurs, n'était pas vraiment clairvoyant en matière de nuances sémantiques. Il garda le silence.
- Bedej : On est mal fichus. C'est comme se faire blanchir. En plus des personnes de son équipe, et des membres de l'équipe de football dont il devinait la présence à cause de leurs manteaux caractéristiques, Jessem estima que quelques filles de l'équipe de volleyball traînaient ici et là, et que les autres filles devaient être des cheerleaders. Jessem regarda les dernières arrivées, qui s'en trouvaient fort essoufflées. Il reconnut Mydem, une petite aux cheveux blonds qui, semble-t-il, suscitait le désir de bien des jeunes hommes, ainsi que le sien, au grand désespoir des sportives qui le convoitaient aussi, lui et son désir, tout en étant conscientes de sa réputation de tombeur en série (les cheerleaders ne faisaient pas de cas de cette situation, par contre). Jessem connaissait aussi les deux autres cheerleaders présentes, Roxci et Auderà. Il s'intéressait à elles, comme tout bon jeune mâle fringant qui ne rate pas une occasion de marquer des points (après tout, Jessem est un sportif), mais Mydem l'excitait davantage que les autres. Jessem, qui les regardait fixement, commença à penser. Sur la base de ses observations du moment, Jessem posa comme hypothèse que les cheerleaders, en tant que groupe, devaient être moins athlétiques que les filles des équipes sportives. Et, poursuivit-il sa réflexion, les cheerleaders différaient des autres filles non seulement par leur apparence, mais aussi par leur personnalité. Les intuitions de Jessem s'avéraient partiellement vraies, mais ne racontaient pas toute l'histoire. Devenir cheerleader, c'était adopter un mode de vie par un processus bien plus complexe qu'il n'y paraissait et lourd en implications pour l'identité, le statut social et même l'avenir des filles de Bayleaf Mountain. |
| La Décision de Jessem |
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Les trois cheerleaders discutaient de diverses choses plus ou moins vides et inutiles. Auderà, la chef des cheerleaders, était assise de manière nonchalante à côté de Mydem, sur un vieux tronc d'arbre abattu recouvert d'une épaisse couche de neige. Elles reprenaient leur souffle tranquillement, en attente de la suite des choses. Roxci lui faisait face silencieusement, debout, avec son habituelle expression de mélancolie hautaine. Créature sauvage qui trouvait dans ses activités de cheerleader une forme d'expression artistique, elle ressentait en contrepartie peu le besoin de parler, ce qui laissait aux autres de longues et multiples opportunités de verbaliser leurs préoccupations quotidiennes. Et Roxci les écoutait. Auderà, à travers sa conversation avec ses collègues cheerleaders à propos de quelque chose qu'elle avait lu sur les dernières tendances de la mode, se rendit compte que quelqu'un la regardait. Se déplaçant légèrement vers la droite, elle vit alors Jessem, qui fixait les trois filles de façon plus ou moins active. Il semblait penser à quelque chose de profond en même temps qu'il les examinait, un événement rare pour un sportif au point où Auderà se demanda spontanément si quelque chose n'allait pas chez Jessem. Était-il désespéré ? Elles osait croire que non ! À ce moment-là, Roxci ne voyait pas Jessem car elle lui tournait le dos. Elle aperçut sa collègue regarder derrière elle avec interrogation, et retourna son élégant physique de mannequin dans cette direction. Elle vit Jessem et devint un peu confuse devant son regard vide et immobile. Voyant qu'il s'attardait à les fixer, la chef des cheerleaders, Auderà, s'avança vers lui. Les deux autres la rejoignirent et se disposèrent automatiquement dans une formation connue, en ordre décroissant de grandeur (soit, de gauche à droite : Roxci, Auderà, Mydem). Jessem reprit soudainement ses esprits. Il prit une expression occupée quand les cheerleaders arrivèrent à sa hauteur. Jessem regarda alors légèrement en-haut du centre de gravité d'Auderà, un endroit de son physique toujours en évidence malgré ses nombreuses couches de vêtements d'hiver qui atténuaient habituellement presque toutes les formes, même les plus spectaculaires. - Auderà : Jessem ! Qu'est-ce qu'on va faire ? On ne peut pas rester ici ! Le monstre pourrait revenir, et il fait froid. J'ai peur ! Auderà, malgré son habillement hivernal, bougeait d'une façon féminine et naïvement séduisante. Par des moyens hors de la compréhension des simples mortel-le-s, elle réussissait à avoir froid avec grâce. Elle ne le faisait pas volontairement, mais cela trahissait son attirance «secrète» pour le capitaine de l'équipe de hockey, ainsi que la puissante influence des stéréotypes dominants sur les jeunes filles hypersexualisées en plein processus de construction identitaire (ceci était un MESSAGE). - Jessem : Euh, oui, il y a un danger de perdre, je veux dire, de se perdre. Mais nous, l'équipe de hockey, on est là pour gagner; on va vous sortir de là. Tout est sous contrôle. Il nous faut juste un plan de match. En milieu de phrase, il se frappa le torse avec son poing. En essayant de faire preuve de leadership, Jessem avait dit tout cela de façon spontanée, sans vraiment réfléchir ou savoir ce qui devait effectivement être fait. Mais, il réalisa soudainement qu'il venait d'avoir une bonne idée. Il frappa ses mains l'une dans l'autre, et lança le cri de ralliement. - Jessem : OK, gang, esprit d'équipe ! Les autres sportif-ve-s interrompirent leurs conversations et se rapprochèrent de Jessem. Conditionnées depuis longtemps à répondre à l'appel, les trois cheerleaders exécutèrent une sorte de très classique mini chorégraphie improvisée devant tout le monde, sans intention particulière, juste pour s'amuser un peu. Les trois gars de l'équipe de football présents, soit Jomor, Tidzim le petit receveur de passes, et le gros Benboule, de la défense, déjà contrariés par l'effronterie des joueurs de l'équipe de hockey, Jessem en tête, n'apprécièrent absolument pas que les cheerleaders posent un geste qu'ils interprétèrent comme si elles se rangeaient du côté de leurs rivaux. Après tout, les cheerleaders étaient les alliées naturelles des joueurs de football, leurs destins étant inextricablement liés depuis des temps immémoriaux (bien, disons, depuis l'invention du «cheerleading»). Et Jeldarre, la quart-arrière de l'équipe, n'accordit pas vraiment d'importance à ce poignant revirement d'allégeance des cheerleaders. En fait, elle s'en rendit plus ou moins compte. Jomor sentit vraiment son autorité encore une fois bafouée de façon irrespectueuse, sans considération pour les règles informelles de la hiérarchie. Il eut l'impression, sentiment partagé par ses deux acolytes, que la défection des cheerleaders venait sanctionner leur déchéance, un coup très dur à l'honneur et à la tradition de l'équipe.
- Jessem : Euh, ok, salut tout le monde... la situation est définitivement mauvaise. Le monstre est parti pour on ne sait pas combien de temps, et on est sortis du vaisseau, mais il y a du danger et puis on n'est pas en sécurité. Chicken, de sa main droite, dessina dans l'air une série de cercles concentriques autour d'un point central qu'on devinait être le hoverbus écrasé, comme pour modéliser le comportement anticipé de la créature.
- Jessem : Je pense que ce qu'on a besoin pour se sortir de la mauvaise passe, c'est d'un plan de match, et j'en ai un. Jessem pointa la direction de son doigt pour éclairer les individus en mal de sens de l'orientation. Les élèves pensèrent à la proposition quelques instants, sans parler. Les sportif-ve-s, habitués à exécuter les commandes de leur supérieur, ne savaient pas trop quelle opinion se faire sur cette question. Par défaut, ils et elles étaient en accord avec le capitaine de l'équipe de hockey. Mais certains n'étaient plus des adeptes du «par défaut», le lien de confiance et l'équilibre honorifique ayant été brisés...
- Jomor : Attends une minute ! Dans quoi tu veux nous entraîner, là ? On va faire quoi là-bas ? Mydem, par cette remarque qui se voulait rassembleuse, avouait maladroitement à tout le monde qu'elle ne pourrait jamais faire partie des gagnants, condamnée à devoir se contenter d'être en leur compagnie et de faire semblant d'en être une sans jamais duper qui que ce soit. - Jessem : C'est nous, les gagnants. Allez, les filles, venez-vous-en. On s'en va par là. Il tourna le dos aux autres et se mit en route, immédiatement suivi par les joueurs de l'équipe de hockey, et par les cheerleaders. Brila, la seule fille de l'équipe de hockey, regarda avec inquiétude autour d'elle. Elle aurait dû suivre les gars par esprit d'équipe, mais elle hésitait et se demandait ce que ses amies allaient faire. Une d'entre elles, la capitaine de l'équipe de volleyball, prit la parole. - Sabrevois : On n'est pas tes cheerleaders, nous. On ne va pas te suivre juste si tu nous dis de le faire. Les joueurs de l'équipe de hockey s'arrêtèrent, surpris que quelqu'un les défie. Celle qui les bravait, les mains sur les hanches, une sportive sans histoire ou aptitude hors du commun, semblait très contrariée. Plutôt bonne dans tout ce qu'elle faisait en général, l'équipe de volleyball l'appréciait beaucoup et en fit sa capitaine bien que les statistiques de l'équipe laissaient quelque peu à désirer depuis son arrivée; une mauvaise saison néanmoins ponctuée de quelques coups admirables, et de beaucoup d'amusement. Sabrevois était une jeune fille studieuse et performante, impatiente, de taille moyenne, dont les yeux en forme de croissant couronnaient des traits subtils, le visage bordé d'une chevelure brune légèrement frisée qui lui descendait jusqu'aux épaules. Avec un esprit aiguisé et concret, capable de jouer avec les symboles abstraits, il s'agissait ultimement plus d'une technicienne que d'une scientifique. Elle et Chicken se ressemblaient, bien que Sabrevois fut moins laconique que lui (cela n'était guère un exploit). Sa remarque dérogatoire sur la servilité et la soumission des cheerleaders, en tant que groupe, visait principalement Mydem, qu'elle détestait. Celle-ci lui répondit par un regard méprisant. Les deux jeunes filles rivalisaient pour l'attention de Jessem (Sabrevois et Mydem ignoraient leur concurrence avec Auderà – elle ne s'affichait pas ouvertement comme une prétendante de Jessem), mais Sabrevois se rendrait bientôt compte qu'elle pourrait avoir mieux qu'un jeune glorieux dont l'apogée finirait tôt ou tard de s'éterniser. Or, les deux autres cheerleaders présentes (Auderà et Roxci) étaient des amies d'enfance de Sabrevois. Elles la regardèrent avec incompréhension, vivant les propos de Sabrevois comme une attaque sournoise et injustifiée. Chicken fit l'effort de parler (!) et se porta ainsi à la défense de Auderà, sa demi-cousine. - Chicken : Elles nous suivent parce que c'est ce qu'il y a de mieux à faire. L'argument de Chicken ne valait pas grand-chose, mais l'échange de remarques mit en lumière le fait que, malgré que les filles sportives et les cheerleaders fassent partie du même clan, elles ne s'appréciaient pas beaucoup. À Bayleaf Mountain, les filles sportives se confrontent à un choix difficile lorsqu'elles arrivent en quatrième année de l'école secondaire et franchissent la barre des seize ans. Celles qui réaffirment leur choix des sports en tant que tels choisissent l'effort, la discipline. Elles sont généralement habiles, peu stéréotypées, et certaines d'entre elles sont même parmi les plus performantes et les plus intelligentes de l'école secondaire. Celles qui tentent leur chance en tant que cheerleaders, ce sont souvent celles dont le physique développé un peu trop en avance cherche de l'attention, toutes encouragées que sont les jeunes filles aux corps exceptionnels à devenir des objets aisément substituables. Elles pourraient faire mieux, mais les forces sociales grisant leur narcissisme d'adolescentes en mal d'amour-propre les poussent vers la gratification immédiate des occupations sans avenir... Les filles qui réussissent véritablement à devenir cheerleaders – au-delà des simples aspirantes – atteignent un statut social inégalé par les autres filles de l'école, sauvagement convoité et méprisé. Aucune merci pour les cheerleaders ! Pourtant, comme les sportives, les cheerleaders devaient aussi se discipliner, développer des habiletés, faire preuve d'un athlétisme et d'un esprit d'équipe indéniables. Seulement, les sportives considéraient que les apprenties cheerleaders les trahissaient, choisissaient la facilité, et leur livraient une concurrence déloyale. Mais elles se trompaient; devenir cheerleader impliquait d'adopter un mode de vie effréné, malsain, et tout le monde les blâmait et les détestait pour les mêmes raisons qui faisaient qu'elles devaient s'astreindre à toutes sortes de choses et, par conséquent, à négliger l'univers scolaire. Ce monde cruel en détruisit plusieurs. Combien de cheerleaders insouciantes devenues étoiles brillèrent quelques instants de popularité avant de griller, leur potentiel investi à la mauvaise place les entraînant vers toutes sortes d'histoires sordides et malheureuses ? - Yakeil : Puis si vous ne venez pas avec nous, qu'est-ce que vous allez faire toutes seules entre filles ? Contrariée, la quart-arrière de l'équipe de football lança une critique à Jessem. - Jeldarre : C'est pas qu'on ne veut pas être avec vous autres. Mais Jessem, tu as tout décidé tout seul. Je trouve que tu manques d'esprit d'équipe. Il faut travailler ensemble si on veut gagner. Cette dernière intervention provoqua un immense plaisir aux gars de l'équipe de football, qui en sourirent de mauvaise foi, de voir que le tout-puissant capitaine de l'équipe de hockey se faisait mettre des bâtons dans les roues par des filles ! Il devenait ironique que «les filles» sportives apportent un soutien inespéré aux gars de l'équipe de football dans leur pitoyable petite fronde contre Jessem car, à part Jeldarre (une «des leurs» malgré son appartenance au sexe féminin), les joueurs de football considéraient le plus souvent «les filles» comme des personnes de second ordre (des admiratrices, dans le meilleur des cas). Et on ne parle même pas des cheerleaders, princesses de l'école secondaire, qui «leur appartenaient» par défaut (pensaient-ils) malgré leur statut «enviable» dans la hiérarchie scolaire. Les nuances sont peut-être nombreuses ici, mais elles importent. Jessem comprit que sa proposition, indéniablement la meilleure décision que le groupe puisse prendre, ne passait pas aussi bien qu'il le voulait. Contrairement à son habitude, il ne pouvait tout simplement pas exiger l'obéissance des récalcitrant-e-s. D'autres équipes, d'autres leaders, d'autres personnes habituées à mener questionnaient son autorité. La situation actuelle représentait une des rares fois où des personnes à peu près du même niveau que lui le contredisaient et lui fixaient des limites. Voilà une situation bien frustrante pour le héros-joueur de hockey du village que personne n'osait jusqu'alors questionner. Jessem ne comprit pas que les gens ne contestaient pas vraiment sa décision, mais plus la manière dont il imposait ses vues aux autres. Désamorcer la crise n'aurait demandé qu'un peu de bonne foi, de considération pour les opinions divergentes et de sens démocratique. En lieu de cela, Jessem le prit personnel et se fâcha. Alors que les critiques et le mécontentement augmentaient, il tenta encore plus de s'imposer. - Jessem : On a assez perdu de temps ici. Le monstre pourrait revenir n'importe quand. J'ai décidé qu'on partait vers le sud parce que c'est le mieux qu'on peut faire. Vous n'avez rien d'autre à dire. Vous me suivez, ou vous ne faites plus partie de mon équipe. Je ne veux pas mourir ici. Allez, on y va. Jessem leur tourna le dos à nouveau, rompant la communication, et marcha dans la forêt, à quelque distance de la clairière, vers les pentes descendantes du sud. Les autres membres de l'équipe de hockey le suivirent. Les cheerleaders l'accompagnèrent sans hésitation. Brila rejoint le groupe de son capitaine, la pression d'être exclue de «son équipe» étant trop forte. Les sportif-ve-s restants se concertèrent brièvement, puis décidèrent de se mettre en route à la suite de Jessem «parce que aller au sud, c'est effectivement le mieux qu'on puisse faire», non pas «parce que c'est lui qui commande». Jessem venait de réussir son coup de force et interpréta par erreur le ralliement des autres comme une approbation. Il ne saisit pas que sa supposée victoire se faisait au prix de tensions entre allié-e-s et que le ressentiment à son égard augmentait... |
| Au Bord de la cuvette |
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La troupe de sportif-ve-s marchait dans le sous-bois, près de la démarcation entre une forêt dense difficile d’accès et une large clairière qui les exposerait beaucoup trop aux dangers du monde extérieur en général, au vent froid et au retour de la créature volante en particulier. Le groupe suivait rigoureusement la trajectoire empruntée quelques heures auparavant. Jessem, le fier capitaine de l’équipe de hockey, menait les autres élèves vers le sud selon son «plan de match» qui, en dépit de ses attitudes despotiques, réussissait à rallier à peu près tout le monde. Sabrevois, et trois autres filles, fermaient la marche. Amrixe et Machara, ses hardies équipières de moindre intelligence, se rendirent compte les premières que la descente des collines s’accompagnait d’un certain réchauffement de la température. Peut-être n’était-ce finalement qu’une illusion due à l’effort de marcher sur un terrain accidenté. Ce fut la solitaire représentante du club d’arts martiaux, amie des autres sportives, qui verbalisa simplement leur impression. - La Védrise : Est-ce que c’est juste moi, ou s’il fait moins froid ? La Védrise, fille de taille moyenne, mais physiquement forte et adroite, continuait de regarder droit devant en leur parlant, comme si elle monologuait. Résolue à se sortir de cette fâcheuse situation, elle inspirait ses collègues avec son regard déterminé et impitoyable marquant un visage tacheté aux traits grossiers.
- Machara : Non, je trouve aussi qu’on est mieux. Le vent soufflait effectivement de moins en moins fort, mais il leur semblait malgré tout que le temps s’adoucissait. L’air venait maintenant du sud, non plus du nord; il portait davantage d'humidité et s'alourdissait depuis peut-être un quart d’heure. Dans les minutes qui suivirent, cette tendance continua, de sorte que Sabrevois et les autres ne doutèrent plus de leurs sensations. Un peu plus tard, le groupe arriva à un escarpement qui dominait les environs. Jessem et ses acolytes de l’équipe de hockey s’arrêtèrent pour admirer le paysage. Bientôt rejoints par les autres, tous-tes profitèrent du spectacle qui s’offrait à elles et eux. Il ne restait plus qu’une seule colline à descendre, la plus grande de toutes celles franchies jusqu’à maintenant. D’abord abrupte, elle s’amenuisait progressivement, longuement, jusqu’à se confondre avec le terrain suivant, plutôt plat et verdoyant. La forêt, qui s’étendait au loin vers l’ouest, se terminait de façon très marquée au sud, sauf pour une pointe qui s’avançait et bordait le terrain plat par l’ouest. L’ensemble formait une sorte de cuvette verte; au-delà de celle-ci, au loin, l’hiver permanent reprenait ses droits sur un plateau sensiblement plus élevé en altitude, enneigé, pourvu d’une végétation dispersée. D'autres choses se trouvaient là aussi, sauf que les élèves ne voyaient pas très bien à cette distance. Seul le relief apparaissait clairement.
- Yakeil : Il fait moins froid ici, mais ce doit être encore plus chaud en bas. Bedej l'invita d'un signe hâtif. Jessem ne pouvait pas imaginer un dénouement plus heureux. Évidemment, il le savait dès le départ, lui, qu’il fallait aller vers le sud. Il laissa les autres sportif-ve-s en arriver à leurs propres conclusions, qui allaient assurément de soi. Voilà qui réduirait les séditieux-ses au silence une fois pour toutes ! Son triomphe serait total une fois que les élèves seraient rendus en bas. Ils et elles pourraient s’arrêter à la limite de la forêt, s’asseoir dans le champ, se reposer, faire un feu, s’organiser un campement temporaire en attendant les secours. Ce serait presque idyllique. Jessem se sentait puissant et viril. Plus personne ne contesterait son leadership.
- Jessem : Vous voyez ? Vous avez choisi la bonne équipe. Je vous l’avais bien dit, moi, que mon équipe serait gagnante. Et là, tout le monde est gagnant ! L’équipe de hockey réaffirmait ainsi sa confiance en son chef, désormais inébranlable. Les trois cheerleaders firent de même. Elles exécutèrent une petite chorégraphie d’encouragement, avec plein de mouvements avec les bras. L’ambiance ne s’y prêtait pourtant pas vraiment; des tensions sensibles empêchaient les élèves de savourer ce moment d’espoir, petite lumière diffuse dans une envahissante obscurité. Les membres de l’équipe de football, Jomor le premier, restaient silencieux. Ils croyaient que Jessem avait eu beaucoup de chance sur ce coup. Cela n’avait rien à voir avec lui, et puis de quel droit tentait-il d’étendre son pouvoir sur tous-tes les sportif-ve-s ? Pour qui se prenait-il pour essayer d’écraser les autres (et leurs chefs légitimement choisis par une hiérarchie arbitraire) ? De leur côté, les filles de l’équipe de volleyball étaient toujours sceptiques, avec raison, face aux techniques de gestion de crise de Jessem. Dans l’ensemble, les élèves se disaient que, oui, il est certain que la situation s’avérait des plus prometteuses mais que, au-delà des possibilités, encore fallait-il que des gains véritables se concrétisent. Après une courte pause, Jessem décida qu’il devenait pressant de retourner dans la forêt et de continuer la descente vers la cuvette verte au clément climat. L’escarpement permettait de voir loin. Or, cela allait dans les deux sens; la créature volante ne se trouvait pas dans les parages pour le moment, mais qui sait... elle les repérerait peut-être si le groupe s’attardait un peu trop. Il valait mieux retourner à couvert. La troupe se remit en route vers le sud, cachée dans le sous-bois. Moins découragés qu’auparavant, les individus des différentes équipes restaient néanmoins divisés et méfiants. Lorsque les sportif-ve-s arrivèrent dans ce qui devait être une plaine verdoyante et agréable respirant la vie, une amère déception les envahit. En effet, les élèves faisaient plutôt face à un immense marécage humide, puant et infect, saturé d’insectes et de créatures insoupçonnées. Ils et elles ne pouvaient même pas regarder au loin pour espérer qu’une destination plus rassurante se trouvait à leur portée tellement la brume épaisse cachait les environs. Tout n’était que désolation. L’échec de l’expédition raviva ardemment les envies de confrontations des joueurs de football. Le meilleur d’entre tous-tes prit la parole avec défiance. - Jomor : Une maudite chance qu’on a gagné ! Qu’est-ce que ce serait si on avait perdu ? Les autres profitèrent de l’occasion pour en rajouter une ou deux couches.
- Benboule : Ouais, Jessem, qu’est-ce qu’on va foutre dans ce trou ? Jeldarre, la quart-arrière, ne parla pas. Elle considérait mal placés les propos désobligeants de ses collègues parce que, même si Jessem ne faisait pas les choses correctement, au moins s’était-il risqué alors que personne d'autre ne tentait quoi que ce soit, sauf de le contester. La Védrise, Sabrevois, et les autres filles de l’équipe de volleyball décidèrent aussi de rester à l’écart. Promptes à dénoncer les injustices, elles ne considéraient pas de leur ressort de se donner en spectacle pour des questions de réputation, de prestige ou de pouvoir. Elles laissaient cela aux gars et, dans une moindre mesure, aux cheerleaders. Or, ces dernières sentirent le vent tourner et ne prirent pas le risque de se retourner contre leurs «alliés» habituels, c’est-à-dire les joueurs de l’équipe de football. Désormais complètement isolés, le capitaine de l’équipe de hockey et ses sbires tentèrent de se défendre mais le firent avec maladresse, la situation étant plutôt désespérée.
- Jessem : Eh bien, euh… au moins la créature ne nous trouvera pas ici. Brila était la première fille à intervenir dans cette discussion aux allures de match d’insultes. Devant cette prise de position de la joueuse de hockey, la quart-arrière de l'équipe de football sentit qu’elle devait lui donner la réplique, mais sans véritablement savoir pourquoi. Elle ne savait pas trop quoi lui dire, mais trouva rapidement quelque chose à répondre lorsque un des camarades de Jessem en rajouta.
- Yakeil : Ouais ! Vous autres, qu’est-ce que vous avez fait de bon pour aider l’équipe ? Rien ! Sabrevois regarda les choses aller et eut soudainement l’impression que Brila et Jeldarre venaient de briser une sorte de solidarité transversale qui existait entre les filles sportives (néanmoins, tant pis pour les cheerleaders, non mais, quand même, on ne va pas charrier !?). En tant que capitaine de l’équipe de volleyball, elle comprit que son silence et sa neutralité pourraient faire en sorte que les décisions se prendraient sans elle. Pendant qu’elle réfléchissait à tout cela, les accusations s’aggravèrent.
- Jomor : Jeldarre, c’est même pire que cela. Ils veulent dire qu’on va contre eux autres. Une antique rivalité entre les habitant-e-s des deux villes, que tous-tes croyaient oubliée et enterrée à jamais, venait de refaire surface. Ce phénomène se produisait à chaque génération, dans des contextes variés. Tous-tes les élèves du hoverbus 317 provenaient de Red River ou des environs. Or, parmi les sportifs, Jessem et ses ami-e-s appartenaient à l’équipe de hockey, rattachée administrativement à la ville de Red River. En revanche, les joueur-euse-s de l’équipe de football et des autres équipes (p.ex. volleyball) et clubs (p.ex. arts martiaux), faisaient partie du réseau scolaire, celui-ci dépendant de l’école secondaire située à Bayleaf Mountain. À cause de la rivalité entre les deux villes (Bayleaf Mountain avait sa propre équipe de hockey), les joueur-euse-s de hockey percevaient les joueur-euse-s du réseau scolaire comme des traître-se-s opportunistes vendus à Bayleaf Mountain. Inversement, les joueur-euse-s insérés dans le réseau scolaire ne comprenaient pas vraiment l’animosité des autres à leur égard, et les considéraient comme des individus chauvins, fermés d’esprit, voire complètement obtus. Les filles voulurent alors récupérer la situation, qui dégénérait à vitesse grand V.
- Jeldarre : Qu’est-ce que cette histoire de villages vient faire là-dedans ? Il y eut un moment de silence. Les un-e-s et les autres appartenant aux différentes équipes étaient sur le point de réaliser que, de façon transcendante, ils et elles faisaient tous-tes partie du même clan. Cependant… - Mydem : Qu’est-ce que tu as contre les cheerleaders ?! L’engueulade reprit de plus belle. Auderà et les autres cheerleaders lancèrent divers quolibets à Brila. Celle-ci, ainsi que les autres joueurs de hockey, répliquèrent avec force. Les joueurs de l’équipe de football se portèrent à la défense des cheerleaders, tandis que Jeldarre et Sabrevois ne disaient rien, démoralisées. Amrixe, une des joueuses de volleyball restée à l’écart avec Machara et Sabrevois, poussa alors un cri de surprise qui paralysa momentanément tout le monde. Les élèves se retournèrent vers elle. Ils et elles entendirent du bruit venant de l’herbe haute et virent bientôt quatre humanoïdes boueux sortir des marais et s’approcher d’elles et eux… |
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La suite... |
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