Star Scrap







TOME I : Hoverbus de l'enfer

CHAPITRE III




Le Disjoncteur


Quelques minutes avant l'écrasement du hoverbus, dehors, pas très loin de là, se trouvait un individu habillé de façon peu commune. En guise de «protection», il portait une sorte de costume deux pièces simple aux allures de sous-vêtement thermal gris. Ledit costume rappelait les collants de nylon ou d'un quelque autre textile synthétique moulant généralement portés par les superhéros-ïnes, mais dans une version nettement moins esthétique (i.e. genre combines). Une personne fort observatrice remarquerait qu'il portait un petit badge en forme d'animal de compagnie atypique (quelque part entre un chien et un cochon) près de son épaule droite. À la séparation entre la pièce supérieure et la pièce inférieure de son costume gris se trouvait une ceinture noire, long et large ruban de tissu noué à la façon des ceintures fléchées que portaient les anciens Canadiens. Par-dessus la pièce inférieure du costume, un caleçon noir bien ajusté mettait en valeur ce qu'on devinait être sa virilité limitée. Il portait aussi une sorte de long foulard noir autour de sa tête. Cet accessoire masquait son visage et protégeait par le fait même son anonymat, donc son identité et sa dignité civiles. Une superbe cape grise complétait l'ensemble et, curieusement, elle ressemblait beaucoup, de par sa texture, à une serviette de bain.

Debout sur le sol enneigé, ses pieds n'étant protégés que par une paire de bas noirs d'apparence insuffisante compte tenu du froid ambiant, il songeait à la situation, entouré de quelques entités brumeuses envers lesquelles il tenait des responsabilités. Croyant détecter un petit mouvement à l'extrême-gauche de son champ visuel, il se retourna. Il plaça ensuite sa main devant sa tête, au-dessus de ses yeux, afin d'améliorer sa perception. Il dut s'y prendre à deux reprises, et remonter sa main encore un peu avant d'y arriver. En effet, ses gants noirs obstruèrent complètement sa vue lors de sa première tentative, ce qui ne l'aida guère. Fronçant les sourcils, puis la peau du front au grand complet, il finit par s'apercevoir que, effectivement, un petit point dans le ciel, qui était en fait un objet volant, approchait à grande vitesse. Le vaisseau ressemblait à une sorte d'autobus aérien avec de courtes ailes. L'individu se rappela en avoir déjà vu au moins un, qui ressemblait d'ailleurs étrangement à celui-ci, dans un passé pas si lointain. Il avait rencontré le conducteur du vaisseau, qui lui avait expliqué que ce qu'il pilotait se nommait précisément un hoverbus. Il réalisa donc que des visiteur-euse-s – un nombre intéressant, selon ses estimations faites à partir de la taille dudit hoverbus – étaient entrés dans la zone et qu'il serait opportun de s'activer, lui et son équipe, pour les avertir du danger qu'ils et elles couraient et peut-être aussi en profiter pour se donner en spectacle (ne faut-il pas, dans la vie, joindre l'utile et l'agréable autant que faire se peut ?).

Il fit alors signe à ses émules de s'avancer et de se regrouper autour de lui. L'individu allait s'adresser à eux-elles quand, soudain, il aperçut un second objet volant, d'une provenance toute autre, qui semblait aussi s'intéresser au hoverbus en approche. Le second objet volant, qui se trouvait à une altitude plus élevée que le hoverbus, se dirigeait en effet lentement vers celui-ci, adoptant une trajectoire d'interception en descente. L'individu en gris estima que le second objet volant rejoindrait bientôt le hoverbus. Plus précisément, il arriverait à proximité du hoverbus peu après que celui-ci ait dépassé l'individu en gris et sa petite bande.

- Individu en gris : Ah non, non, NON !!!

Négligeant la protection de son anonymat, il jeta avec indignation le foulard qui lui servait de couvre-chef par terre avant de se lancer dans une intense crise de colère ponctuée de gestes multiples qui ressemblaient à une sorte de danse pour le moins étrange.

- Individu en gris : Siboire ! Pour une fois qu'on allait pouvoir faire quelque chose contre elle, il faut ENCORE qu'elle nous devance. Je pensais qu'on avait réussi à l'anticiper, mais NON ! Là, là, j'en ai mon voyage de toute cette maudite crosse. Je peux difficilement croire que c'est juste une malchance. Est-ce qu'elle pourrait cesser d'embêter les honnêtes gens ?! ALLEZ, VIENS TE BATTRE !!!

Entièrement absorbé par ses émotions, et négligeant le fait que le vaisseau venait tout juste de dépasser son groupe, il atteignit le seuil critique de colère qu'il pouvait contenir. Instinctivement, il leva son poing gauche vers le ciel, qui était recouvert d'un gant noir serti d'une petite pierre. Le second objet volant ne se trouvait plus très loin du hoverbus quand le poing de l'individu en gris fut atteint par une sorte de filet de lumière bleue-mauve venu du ciel. Cet éclair fut bientôt attiré par un élément métallique du vaisseau, et frappa celui-ci violemment, par-derrière.

- Individu en gris : Oups...

Il porta ses mains à la partie inférieure de son visage en signe de regret. Il s'était emporté sans pour autant souhaiter que cela se produise. Au pire, si l'éclair avait pu frapper l'autre objet volant, cela aurait bien fait son affaire. L'individu en gris, surnommé «Disjoncteur» par les habitant-e-s de la région à cause de sa fâcheuse habitude de libérer des éclairs électriques lorsqu'il se fâchait (c'est-à-dire assez souvent), venait une fois de plus de griller les fusibles de son affectivité excessive et ce, avec des conséquences bien tangibles sur la destinée des adolescent-e-s assis dans le hoverbus.



Un Homme et son Esprit


«C'est de ma faute», dit à voix haute l'homme vêtu de gris. Plus ou moins d'accord, mais tristes, ses fantomatiques acolytes émirent une plainte perdue dans le vent froid venu des montagnes, au nord. L'homme en gris, celui que la population locale dénommait le «Disjoncteur», éprouvait une culpabilité sans fin. Incapable de maîtriser sa colère, la malédiction entrait en action et, comme d'habitude, il se faisait foudroyer par un éclair surgi tout droit du néant céleste pour réprimer ses débordements d'énergie négative. L'éclair, attiré par le hoverbus qui passait, le percuta et causa son naufrage, ce qui entraîna la mort de nombre de ses occupant-e-s. Lorsque cela se produisit, le superhéros de fortune (c'était en fait un chaman) prit de désespoir son visage dans ses gants noirs, car il sentait les nombreuses âmes évacuer ce qui restait de leurs enveloppes corporelles pour aller vers un autre monde afin de subir un sort plus ou moins malheureux. À la limite, il trouvait cela dommage de ne pas pouvoir les récolter directement pour lui-même; leur force lui donnerait peut-être la puissance nécessaire pour les venger. Mais, impossible; «Il faudra la trouver ailleurs», se dit-il.

Le contact entre son visage et ses gants le réconforta un peu. En effet, il s'agissait de gants magiques. En apparence anodins, ces gants d'automne conféraient à son porteur la force de frappe et la sensation d'un oreiller. L'homme en gris n'étant pas particulièrement fort, lesdits gants de la douleur amélioraient donc sa puissance, et cela pourrait toujours servir – on ne sait jamais quand une bataille d'oreillers peut prendre l'individu négligent au dépourvu... Mais leurs incroyables pouvoirs ne s'arrêtaient pas là car, en plus de réduire sa dextérité manuelle de façon tout à fait gratuite, comme si l'homme portait en permanence des mitaines conçues pour la motoneige, les gants de la douleur n'offraient aucune protection contre le froid et le vent. Dans un tel endroit, c'était un désavantage considérable que d'être vulnérable au froid, mais l'homme en gris résistait bien aux forces de la nature, avec lesquelles il vivait à peu près en harmonie. La foudre, objet de la malédiction pesant sur lui, faisait bien sûr exception.

Les ruminations d'anxiété du malheureux chaman furent interrompues par une petite voix haut perchée. Cette voix, caractérisée par un accent (dit mexicain, même si le Mexique n'existe pas vraiment dans l'Univers de Star Scrap) des plus palpables, provenait du badge que l'homme en gris portait près de son épaule droite. L'insigne en question était à l'effigie d'une sorte de cochon – ou était-ce un petit chien obèse ? Ce n'était pas évident à déterminer. Un esprit s'extirpa alors du badge. Il prit sa forme «normale», c'est-à-dire un petit chien spectral avec des yeux énormes et des oreilles triangulaires excessives. Il s'agissait d'une sorte de croisement entre un fennec (renard du désert) et un rat.

- Esprit : Non mais quel incompétent ! Regarde ce que tu as ENCORE fait !
- Homme en gris : Écoute bien, là, The Dog Spirit. Tu es mon guide; tu es supposée m'encourager.
- The Dog Spirit : Mais, je t'encourage, Combineman ! C'est toi qui disais que c'était de ta faute ! Je ne faisais qu'être d'accord avec toi, pauvre cave !

The Dog Spirit, une petite créature surnaturelle et immatérielle, servait de conseillère à l'homme en gris, dont le nom venait d'être révélé : Combineman ! Oui, c'est bien cela : Combineman, le héros chaman en combines ! De temps à autres, ennuyée par son destin et le manque d'espace dans sa niche-badge, The Dog Spirit se manifestait pour «appuyer» le chaman. Son accent (dit mexicain, rappelons-le) et sa petite voix aigue (imaginez le jappement ! – pitoyable) venaient de son appartenance à une race de chiens assez particulière, qui évoquait des idées d'erreurs de manipulations génétiques. Quelle étrange emblème anti-archétypique de chien pour un esprit ! Un équivalent starscrappien de Labrador aurait pu lui être préféré, mais avouez que cela aurait été moins drôle que le présent équivalent starscrappien du Chihuahua (ouais, je sais que c'est classique... mais moi, au moins, j'en ai déjà eu un).

- The Dog Spirit : Et puis, qui m'a foutu avec des ploucs pareils !?

Combineman se souvint alors comment The Dog Spirit en était venue à le servir. Lui et elle provenaient d'autres univers. Au départ, The Dog Spirit s'amusait avec des forces occultes dépassant de loin son entendement, passant nonchalamment d'un univers à un autre au gré de ses explorations mystiques. Au cours d'une expérience particulièrement bâclée, The Dog Spirit invoqua un démon, une sorte d'immense panthère noire toute droit sortie des enfers (façon de parler). The Dog Spirit tenta de la posséder, mais en vain. Elle (The Dog Spirit est de sexe féminin) décida donc, afin d'échapper à la colère de ce démon, car les démons sont toujours fâchés quand on les invoque, de se transformer elle-même en objet magique. Cela la sauva momentanément, mais elle s'emprisonna sans être en mesure d'en ressortir. Un jour, un jeune chaman du nom de Combineman trouva le badge en question et décida de le porter, car il le trouvait très laid. Cela libéra The Dog Spirit qui, ne réussissant évidemment pas à posséder Combineman, devint son guide involontairement, par contrainte.

- Combineman : Tu dois obéir aux lois chamaniques, The Dog Spirit, et le chaman, c'est moi. Alors, tu la boucles.

En guise de protestation face à sa liberté d'expression brimée par l'autorité, The Dog Spirit se réenferma dans le badge pour bouder.

Combineman, de nouveau absorbé par ses propres pensées, ressentit après quelques instants l'envie de se battre pour expier sa misère morale et, accessoirement, venger ses victimes. Il se souvint très distinctement que, après l'éclair meurtrier, l'objet volant, une sorte de créature démoniaque (elle aussi), descendit vers le hoverbus, question de tailler en pièces les survivant-e-s. Combineman connaissait bien cette maudite créature. Lui et elle originaient du même univers. Il s'était lancé à sa poursuite et, depuis ce temps, tentait sans succès de l'anéantir. En effet, non seulement sa puissance était grande, mais, en plus, elle refusait de s'engager dans une bataille décisive contre Combineman, trop heureuse de sa liberté de démolir sans opposition (ou presque) ce qui lui plaisait pour risquer de la perdre. Elle voyageait constamment, ce qui l'aidait grandement à échapper au chaman, et pouvait toujours s'envoler si jamais elle était surprise (ou mal prise). Elle profitait de cet avantage de mobilité pour semer Combineman et détruire des choses sur son passage afin de satisfaire ses instincts de méchante destruction. Ce mode de vie de fuite et de violence convenait parfaitement à la créature peu anxieuse. Combineman en était réduit à essayer de réparer les torts que la créature causait partout où elle passait en espérant qu'elle déciderait un jour de le confronter. Cette situation ralentissait la progression du chaman de façon très marquée et réduisait ses chances de l'exterminer, la créature réalisant de plus en plus à quel point elle pouvait agir impunément.

En plus des apparitions et invocations ponctuelles de The Dog Spirit, Combineman n'était pas seul dans cette noble chasse. En tant que chaman, il se trouvait dans une sorte de communion spirituelle avec de nombreuses âmes. En d'autres termes, il les dominait. Il disposait ainsi ni plus ni moins d'une petite troupe d'esprits inférieurs apparentés à des fantômes qu'il commandait à sa guise. Cela lui plaisait bien, l'inspirait, même; féru d'histoire et de théâtre de son univers d'origine, Combineman utilisait ses âmes pour notamment effectuer des reconstitutions historiques de batailles importantes et amuser les personnes qu'il aidait, victimes des sévices du démon volant, en interprétant différentes oeuvres littéraires. Plus souvent qu'autrement, cela terrorisait ferme tout l'auditoire captif de ce spectacle aussi original qu'effrayant, et les autochtones quittaient alors l'endroit promptement, le jugeant hanté. Néanmoins, Combineman, en individu optimiste aussi plein de bonne volonté que de gaucherie, se disait qu'un jour, peut-être, il réussirait.

Toujours mû par un sentiment de justice vengeresse, Combineman conçut rapidement dans sa tête un piège pour exterminer la damnée créature pendant qu'une chance se présentait à lui, c'est-à-dire durant qu'elle prenait son temps pour massacrer les occupant-e-s du vaisseau. Aveuglé par son plaisir sadique, le monstre volant perdait toute notion du temps ou conscience de la situation générale. Cela laissait la marge de manoeuvre nécessaire à Combineman pour confectionner son piège et, à son retour, elle serait prise une fois pour toutes ! Oui, l'idée était bonne.

Combineman se raisonna, cependant : éthiquement, il ne pouvait pas laisser le monstre tuer tous les occupant-e-s du vaisseau seulement parce qu'il voulait le capturer. Secourir le vaisseau en détresse devint la mission prioritaire; il savait très bien que sa seule arrivée ferait, comme d'habitude, fuir le démon, l'empêchant ainsi encore une fois de mettre la main dessus. Combineman sentit qu'il devait d'abord réparer ses propres torts le plus possible en faisant cesser la boucherie. Après tout, sa colère (provoquée par l'arrivée du démon, mais bon, elle était quand même excessive, sa crise) avait (in)directement causé l'écrasement du hoverbus, et c'est cela qui donnait une chance incroyable à la créature d'attaquer ses occupant-e-s sans défense ! Tant pis, non, en fait, tant mieux si la créature décidait de s'enfuir lorsqu'il arriverait au site de l'écrasement du transport scolaire. Il sauverait bien les meubles d'une façon ou d'une autre.

Combineman, maintenant sûr de ce qu'il devait faire, mobilisa rapidement son immatérielle équipe d'âmes dans une logique de secourisme et se dirigea vers le nord afin de rejoindre le vaisseau immobilisé et, par extension, la créature qui l'attaquait. Ce faisant, son emportement le rendit momentanément distrait, et sa ceinture profita de l'inattention de Combineman pour lui jouer un tour. Douée d'une conscience propre, et d'un sens de l'humour assez spécial, elle décida de se dénouer de sa taille et de s'attacher à ses jambes dans le but de le faire trébucher. Lancé de son pas déterminé, Combineman n'eut connaissance d'absolument rien et s'étala de tout son long dans la neige. Grand était alors son ennui, et l'ensemble de son être ressentit une lassitude morale hautement compréhensible. C'est dans ces moments-là, néanmoins, que Combineman appréciait tout particulièrement être accompagné d'âmes plutôt que de vivant-e-s, car les âmes laissèrent leur sens de l'humour et autres émotions diverses à la Porte des Ténèbres il y a de cela bien longtemps...



Et l'Inconcevable se produisit


Combineman, accompagné de son escouade d’âmes fantomatiques, se hâtait vers le hoverbus tout juste écrasé. Le démon volant devait déjà avoir commencé son attaque, pensa Combineman. Il s’échappait de la carcasse une corde de fumée; le chaman évalua qu’il restait une distance non négligeable à parcourir avant d’atteindre le site. Combineman arriva bientôt à un enchevêtrement horrifiant de métal, de matériaux composites et de corps broyés. Il ne comprit pas exactement de quoi il s’agissait, mais il lui sembla qu’il s’agissait d’une partie du hoverbus et de ses occupant-e-s. Elle s’était vraisemblablement abîmée après s’être détachée de la partie principale de la carrosserie du transport scolaire. Une triste aura s’en dégageait.

Combineman ne se laissa pas troubler par cette scène éminemment dramatique. Le chaman ne s’arrêta pas, car ses pouvoirs ne détectèrent aucun-e survivant e à qui il pourrait prêter assistance, et il lui fallait confronter le monstre volant avant que celui-ci ne massacre toutes les personnes encore vivantes (Combineman sentait qu’il en restait encore, mais pour combien de temps…). Continuant sa route, il gravit une colline tout en pensant à ce qui se passerait lorsqu’il arriverait à l’épave du hoverbus. Il tentait de se rassurer, mais ses dispositions peu optimistes reprirent le dessus. Le pire scénario était que le monstre volant réussisse à s’échapper après avoir massacré tout le monde. Un pareil cas de figure ferait de Combineman un monumental perdant, par ailleurs déshonoré; si le monstre tuait tout le monde ainsi que lui-même, au moins mourrait-il en héros. Les gens se rappelleraient que Combineman périt en secourant les pauvres victimes d’une agression sauvage perpétrée par un terrible démon. Les faits objectifs n'étaient peut-être pas aussi clairement en sa faveur, mais ce scénario le positionnerait quand même positivement.

L’esprit fort occupé par ses propres pensées, le chaman ne remarqua pas que, loin à sa droite, se trouvait un autre bout important du hoverbus. Il s’agissait d’une pièce mécanique lourde, en métal, vaguement cubique, d’un volume imposant. Il ne s’aperçut pas non plus qu’une panoplie de petites pièces, semées un peu partout peu avant l’atterrissage forcé du vaisseau, agonisaient dans la neige en libérant un peu de chaleur et de vapeur. Elles indiquaient la direction générale vers laquelle le vaisseau terminait brutalement son voyage, plusieurs minutes plus tôt.

La très brumeuse équipe de Combineman arriva éventuellement à distance de vue du transport après avoir gravi une autre colline. Ce qui restait du vaisseau échoué se trouvait dans un état pitoyable. Fortement endommagée en vol, ainsi que lors du sinistre, et enfin par les oeuvres du démon volant, il ne restait de la structure plus qu’une masse éventrée de débris gisant sur le plateau enneigé. Des bruits lointains suggéraient la présence d’une certaine agitation. Un épisode de panique collective gagnait les rescapé-e-s, et tout indiquait que le démon volant s’amusait incroyablement bien à briser pas mal tout ce qui en restait.

Il fallait que Combineman parcourre encore une distance importante avant d’en arriver à l’ex-hoverbus lui-même. En accord avec son plan, Combineman voulut lancer un coup de semonce préventif pour intimider la terrible créature. Qu’elle parte ou décide de se battre, qu’importe; pourvu qu’elle cesse de tuer les survivant-e-s ! Du même coup, le chaman se préparerait physiquement et mentalement au combat. Il sollicita la puissance des âmes qui l’entouraient, puis invoqua The Dog Spirit. Cette dernière n’apparut pas, pour le plus grand déplaisir de Combineman.

- Combineman : Ce n’est pas le temps de niaiser !!

Il l’invoqua à nouveau; toujours rien.

- Combineman : J’espère pour elle qu’elle ne dort pas.

Le chaman frappa alors violemment le petit badge dans lequel habitait The Dog Spirit avec la paume de sa main gauche. Se faire invoquer de la sorte représentait peut-être pour elle la pire frustration concevable (à part servir Combineman en général), mais il n’existait pas de protocole universel pour invoquer des esprits de ce genre, et puis ni Combineman, ni The Dog Spirit n’avaient trouvé une meilleure méthode, ou même une autre méthode. Il faut dire que Combineman ne s’en souciait pas tellement. Quoiqu’il en soit, tous-tes conviendront que se faire éjecter de son habitation subitement par une entité extérieure qui la vide de son contenu en exerçant une vive pression sur celle-ci peut être une expérience des plus désagréables.

- Combineman : Non… c’est impossible… !

Il consulta ses ami-e-s les âmes afin de savoir où The Dog Spirit pouvait bien se cacher. Nul-le ne sentit sa présence, et une des âmes (oui, il en existe de sexe féminin, enfin, bref, disons que l’âme conserve des relents d’identité de genre) annonça à Combineman qu’il lui semblait que The Dog Spirit était partie un peu plus tôt.

«Voilà un esti de contretemps», constata Combineman. En effet, l’apport de The Dog Spirit à la puissance du chaman était considérable. D’habitude, si les chamans tirent la majeure partie de leur force de leur esprit guide, leur rapport audit esprit guide n’en est pas un de dépendance et de contrainte, contrairement à celui entretenu par Combineman. Il faut savoir que Combineman devint chaman quelques années auparavant par la force des choses. Le jeune homme n’avait eu que peu d’opportunités dans sa vie, et saisit celle-là lorsqu’il le put. En général, les chamans respectent et, plus que tout, aiment la nature, et c’est par leur communion avec celle-ci, leurs efforts pour la comprendre et leurs bonnes actions à son égard qu’ils acquièrent sa confiance et, par extension, que celle-ci leur prête ses pouvoirs. Après un long cheminement personnel et «professionnel», le chaman devient capable d'un lien égalitaire avec un esprit avec lequel il s’entend bien, cet esprit symbolisant une partie de la nature. L’esprit et le chaman s'apprivoisent l'un l'autre, se choisissent après une période d'essai, et il s'agit d'un engagement commun, d'une sorte de symbiose.

Combineman n'aimait pas forcément la nature et ne s’intéressait pas tellement à toutes ces croyances ésotériques essentialistes, spiritualistes, voires new-age (il va sans dire qu’il percevait négativement l’équivalent starscrappien de ce courant, quoiqu’il n’en avait peut-être pas une idée bien fiable). Il était néanmoins fasciné par les forces de la nature… à la manière d’un scientifique. Il s’intéressait à elles, mais ne les sentait pas en lui, ni lui en elles, ni ne savait les comprendres à travers son affectivité. Il aurait voulu pouvoir apprendre ces choses-là en les lisant et en les étudiant, sauf que cette voie ne conduit en aucun cas à une quelconque forme s’apparentant de près ou de très, très loin au chamanisme. Combineman demeura donc un chaman médiocre pendant quelques années, nonobstant ses efforts et ses actions qui le menèrent à recueillir et protéger quelques âmes. Ses pouvoirs s’amplifièrent énormément et les choses commencèrent à vraiment bien marcher pour lui quand il a résisté à la possession par un esprit (i.e. The Dog Spirit – notez qu’il existe plusieurs «Dog Spirit»; celle-ci refusait simplement de dire son véritable nom à Combineman, et il se résolut à l’appeler ainsi). Il faut savoir que The Dog Spirit ne posa pas une action particulièrement avisée en tentant de posséder un chaman, ceux-ci se spécialisant dans les relations entre le monde des vivants et celui des esprits. À cause de cette erreur, Combineman réussit à la dominer pour la contraindre à devenir son guide. Nul besoin de préciser que les choses ne se passent ainsi qu’excessivement rarement considérant que les chamans obtiennent des pouvoirs à l’aide d’une méthode généralement plus rigoureuse et vertueuse. Peu importe, se disait-il, car le résultat était le même : comme les autres véritables chamans, il disposait désormais lui aussi d’un esprit guide.

Cette relation forcée, dont Combineman profitait allègrement et qu’il légitimait en se disant que des tentatives de possessions gratuites telles que perpétrées par The Dog Spirit devaient être punies, et qu’il fournissait justement un encadrement solide à un esprit délinquant, résulta en un lien tumultueux, avec ses hauts et ses bas, s’approchant en quelques très rares occasions d’une relation chaman-esprit authentique. Si Combineman devint suffisamment puissant pour faire le bien autour de lui grâce à ses pouvoirs, il n’en demeure que The Dog Spirit s'en fichait; elle demeurait plutôt vilaine, et, à la moindre occasion, elle tenterait de lui fausser compagnie. Même si Combineman ne croyait pas qu’elle oserait, pour des questions relatives à sa survie, il semble que c’est manifestement ce qui venait de se produire : The Dog Spirit s’était éclipsée.

Le chaman, désormais beaucoup moins viril, évalua que les probabilités qu’il triomphe du démon ne soufflaient guère plus en sa faveur. Il ressentit alors une grande montée d’angoisse, car il se trouvait coïncé entre son sentiment de culpabilité d’avoir précipité la chute du hoverbus et son incapacité, à cause de la désertion de son esprit guide, à les aider. Curieusement, l’éventualité de mourir en héros ne lui paraissait plus aussi glorieuse que quelques instants plus tôt.

- Combineman : Eh bien, puisque c’est ainsi…

Il décida alors de partir vers l’ouest avec ses fidèles âmes et de se cacher dans la forêt en attendant la suite. En tous les cas, il importait d’augmenter le plus rapidement possible la distance entre lui et The Dog Spirit en liberté. Combineman savait que cela l’obligerait à revenir vers lui… et lorsque cela arriverait, il la punirait pour sa trahison !




Vous voilà à la croisée des chemins

Qui voulez-vous suivre ?


  • Je choisis Combineman : continuez à lire
  • Je choisis The Dog Spirit : CHAPITRE X





Cache-cache I


Combineman se dirigea vers l’ouest, dans la forêt, avec ses âmes encore et toujours loyales (il faut dire que leur éventail de possibilités ne leur laissait pas vraiment d’autre «choix»). Une fois bien caché de la créature, contre qui il ne faisait pas le poids sans l’aide de son esprit-contraint-à-être-son-guide-qui-s’était-toutefois-barré, Combineman fit légèrement dévier sa trajectoire vers le nord. Peu de temps après, il croisa la route d’un groupe d’individus ne ressemblant pas aux membres de la population indigène de ce monde. Il s’agissait de jeunes humains, comme ceux qu’il avait vus il y a de cela… oui, la fois d’avant, quand un hoverbus était venu… car ce n’était pas la première fois… Combineman se dit que ces humains devaient être des survivant-e-s de l’écrasement récent du vaisseau dans les montagnes.

Empressé de se racheter à l’égard de ces survivant-e-s, dont il avait, n’est-ce pas, précipité l’écrasement en hoverbus, Combineman voulut les avertir des dangers qui les guettaient en ces bois peu accueillants. Il se lança alors dans une improvisation artistique sans pareil – une primeur – qui consistait à réciter rapidement diverses variations de sa mise en garde, toutes sous forme d’un à-peu-près-de-poème. Les êtres fantômatiques assistèrent leur maître comme ils et elles le purent : certain-e-s se contentèrent de marcher derrière lui avec attitude et d'appuyer ses propos de façon non verbale, d’autres commencèrent un enchaînement de petites chorégraphies sans finalité ni élégance, et quelques-un-e-s entreprirent de l’accompagner musicalement en émettant des sons de basse fréquence assez minimalistes qui rythmaient l’ensemble de la séquence. Si l’optimisme démesuré de Combineman l’aida à se dépasser et inspira certainement ses immatériels allié-e-s, il provoqua également la fuite immédiate des jeunes humains. Dans la panique, ils et elles se dirigèrent alors exactement dans la direction où le poème de Combineman leur disait de ne pas aller.

Devant ce nouveau constat d’échec, Combineman ne savait plus tellement quoi faire pour semer le bien autour de lui. Ce sentiment venait du fait qu’il n’accomplissait plus rien depuis le départ précipité de The Dog Spirit. Même si cela ne faisait pas si longtemps, cette impression alimentait des doutes sérieux sur ses capacités en général, son aptitude à prendre des décisions en particulier. Ces doutes existaient toujours quelque part en arrière-plan dans l’esprit de Combineman mais, lorsque les choses tournaient mal, ils ne tardaient pas à revenir le hanter (psychologiquement parlant, parce que, pour les questions spirituelles, ses âmes le hantaient déjà en quelque sorte depuis un bon bout…). Il finit par se dire que, sans ce concours de circonstances qui lui procura le contrôle sur The Dog Spirit et, par extension, des succès dans ses quêtes ultérieures, il ne vaudrait pas grand-chose. Qui prendrait désormais activement l’initiative de rapiécer ses erreurs de jugement ? Personne, aucun être matériel ou imatériel ne trouverait son compte à le faire bénévolement.

La moins pire manière d’améliorer la situation, conclut le chaman, consistait à retrouver The Dog Spirit et la contraindre à servir de nouveau sous ses ordres, en prenant bien soin de la faire payer au passage pour son escapade téméraire. Il se concentra, puis se décentra de lui-même au point de s'oublier complètement afin de communier avec la nature. En interprétant la densité de l’énergie mystique présente dans les environs, il espérait localiser l’endroit probable où The Dog Spirit se trouvait à ce moment-là. «Te voici… tu es partie… par là !», verbalisa-t-il. Il se mit ensuite en route vers le sud-ouest et aboutit ainsi à l’orée de désagréables marais, vers lesquels il s'engagea avec réticence.

Combineman se sentait incroyablement blasé. Il marchait, marchait, marchait… une interminable longue marche qui ne le menait nulle part. Il errait et ne réalisait plus aucun progrès depuis un bon moment. Maintenant rendu quelque part au beau milieu de l'infect marais, il interrompit sa marche et prit un temps de repos bien mérité, nécessaire, pour faire le point sur sa présente situation. Pas trop longtemps, bien sûr, car le chaman sentait une évidente turbulence dans les forces de la nature environnante et, quand la nature se manifeste ainsi, mieux vaut ne pas moisir dans les parages. «Voyons voir…», se dit-il tandis qu’il reconstituait mentalement ce qui s’était passé depuis l’évasion de The Dog Spirit, et tentait à nouveau de la localiser.

Sa courte pause terminée, Combineman se remit en route, déterminé à retrouver son esprit guide. Il continuait son pénible périple vers le sud en espérant que la traversée du marécage ne durerait pas trop longtemps. Son état d’esprit lui rappela celui, déprimant, qui prévalait lors de ses années de formation à l’École des druides où il reçut sa formation quelques années auparavant. Combineman, alors un humble apprenti-chaman, vécut le paroxysme de cette façon se se sentir lorsqu’un de ses collègues, un élève particulièrement arrogant (même pour un membre de la classe des druides des ténèbres au légendaire sens de la répartie), décida de l’humilier publiquement en l’invectivant. Contrarié par les provocations de cet individu mettant en doute ses qualités morales les plus élémentaires, Combineman se fâcha. Il le menaça en lui disant qu’il «appellerait bientôt l’esprit de l’ours pour lui éclater la gueule». Il ne se laissa pas vraiment de marge de manœuvre sur ce coup (l’esprit de l’ours étant bien au-delà des capacités du commun des élèves druidiques), mais cela ne saurait être grave puisque, jugeait-il, son agressivité dissuaderait les personnes malveillantes de continuer à le déranger. Or, l’élève antagoniste le défia de le faire, «eh bien, vas-y, invoque-le, l’esprit de l’ours !» et, lorsque Combineman s’exécuta avec plus de rhétorique que de talent et de conviction réunis, il échoua de façon pitoyable. Ce revers ne suffit toutefois pas à son adversaire; celui-ci, aidé de quelques collègues, des ami-e-s de ceux-ci, ainsi que d’une version cheap-ass de l’esprit de l’ours, qui n’aimait pas se faire déranger (surtout pour des raisons aussi insignifiantes) durant sa période d’hivernation spirituelle, décidèrent de le battre.

Le chaman interrompit ses réflexions sur le passé. Sans trop s’en rendre compte, il venait tout juste d'arriver de l’autre côté des marais. L’effet distracteur de ses douloureux souvenirs, par effet de contraste, l’empêcha de se préoccuper des odeurs, des insectes et de l’humidité, de sorte qu’il sous-estima le temps réel de la traversée. Grand bien lui fasse, car, même si la colline abrupte et rocailleuse qui s’étendait devant lui ne l’enchantait pas particulièrement, il faut avouer que les marais ne représentent rien de moins que la grande misère en matière de tourisme.



Cache-cache II


Combineman continua sa route. Il gravit tout d’abord la grande colline rocailleuse menant à un plateau, puis longea une forêt qui s’étendait vers le nord-ouest. Au fur et à mesure de sa progression, la végétation se raréfiait. À un moment donné, il restait si peu d’espaces verts que le paysage forestier se changea en un aride désert montagneux.

Le chaman continuait sa route vers l’ouest. Il déduisit que ce devait être une bonne idée puisque la concentration en énergie mystique lui indiquait la présence de l’esprit dans les parages. Malheureusement, la faible distance entre The Dog Spirit et lui induisait des variations importantes dans la densité des forces, empêchant ainsi une localisation précise. Le chaman commençait sérieusement à en avoir assez. Il savait que The Dog Spirit se trouvait toute proche, qu’elle savait qu’il le savait (il et elle se détectaient réciproquement), et que la partie de cache-cache pourrait durer longtemps puisque les lectures effectuées par The Dog Spirit surpassaient indubitablement les siennes en précision. Hautement contrarié, Combineman s’adressa à l’esprit-guide à voix haute.

- Combineman : Voyons, TABARNAK ! Où es-tu, The Dog Spirit ?!!!

Son appel resta évidemment sans réponse. Dans le meilleur des cas, il venait de lui signaler sa position exacte. Cela le fâcha encore davantage. Il finit par exploser de colère et, comme d’habitude en de pareilles circonstances, un éclair venu du ciel frappa la petite pierre sur son gant gauche. Légèrement ébranlé par ce foudroiement prévisible, certes, mais toujours aussi désagréable, Combineman s’arrêta pour récupérer quelques instants. Il repensa à la malédiction punissant invariablement sa personnalité colérique.

C’était le soir de la graduation. Le jeune diplômé de l’École des druides, qui portait un véritable nom à l’époque, se rendit à la cérémonie festive qui couronnait les efforts des élèves de sa cohorte. Bien que les autres ne lui facilitèrent pas particulièrement la vie pendant ses années de formation, il souhaitait s’amuser comme tout le (reste du) monde ce soir-là. Or, ses collègues lui avaient tendu un piège. En se cotisant pour défrayer les coûts en énergie naturelle, ils et elles invoquèrent en groupe un Esprit Céleste de sexe féminin à l'insu de Combineman. Elle reçut comme mission de prendre une forme semblable à la leur, de lui faire croire qu’il l’intéressait, puis de l’humilier publiquement lorsqu’il se sentirait en confiance. C’est ainsi que, plus tard dans la soirée, elle lui dit, tel que contenu avec ses invocateurs, «Hé, le freak en combines, trouves-toi donc un job !!». Le chaman fraîchement diplômé se rendit alors compte qu’elle ne devait pas s’intéresser réellement à lui et qu’il venait d’être victime d’une supercherie de mauvais goût (une remarque fort dérogatoire à l'endroit de son habillement), car cette phrase venait d’un de ses collègues qui le détestait le plus dans toute la cohorte et l’exhortait à tout moment à se «trouver un job».

Le chaman-depuis-peu entra dans une colère à tout rompre et libéra toute la sombre puissance accumulée durant ces longues années à subir ses collègues de l’École des druides. Aveuglé par sa rage, il décida de faire un exemple de cette complice avant de s’attaquer aux autres. Il l’attaqua en premier en lui envoyant un éclair à l’aide de son énergie naturelle. C’est à ce moment-là que l’Esprit Céleste lui révéla sa véritable forme. Sans attendre, elle lui renvoya sa décharge électrique par la tête et lui annonça qu’il venait de briser son serment druidique de «maintenir l’équilibre et l’harmonie cosmiques» en agressant directement un esprit. Pour le punir, elle le maudit : il devrait maîtriser sa colère sous peine de se faire foudroyer instantanément, et porterait désormais le nom «Combineman», pour l'amusement le plus total des ex-camarades de classe du chaman. Il oublia immédiatement son vrai nom et tout effort de se trouver une identité plus digne ne donna autre résultat que de générer un déluge de petite voix intérieures qui lui rappelaient sa «véritable» identité à chaque seconde de son existence. Pénible, n’est-il pas ?

Ressassant ses anciens traumatismes, le chaman regarda la petite pierre collée sur son gant, témoin physique de la malédiction dont il ne pouvait pas se débarrasser. Sans espoir de résultats, il jeta la petite pierre par-dessus bord mais, comme à l'habitude, celle-ci revint se coller sur son gant. Las, Combineman continua sa route. Il marcha un bon moment dans la roche, encore et toujours vers l’ouest, jusqu’à ce que la nuit commence à tomber. Combineman se demandait où il passerait bien la nuit. Il aperçût alors au loin une proéminence qui contrastait avec la monotonie du plateau désert. Cependant, il ne pouvait pas, à cette distance, distinguer s’il s’agissait d’une tour de garde, d’un village fortifié ou d’un amas de pierres. Alors qu’il se demandait s’il devait aller ou non dans cette direction, son sens chamanique lui indiqua que The Dog Spirit s’éloignait de lui.

Pas le temps pour le sommeil; optimiste, Combineman sentit à tort ou à raison (à tort, en fait) qu’il trouverait bientôt The Dog Spirit en cavale. Tournant les talons pour suivre cette nouvelle piste, il prit alors vers l’est, contourna un cimetière par le nord… avant de descendre une longue pente. Au petit matin, pendant que le soleil se levait, il se rendit compte que The Dog Spirit l’avait ramené… dans les marais. Eh bien oui !! Ces éternellement désagréables marais.

Trempé, une fois de plus agressé par une multitude d’insectes et, surtout, exténué par cet interminable jeu de cache-cache complètement improductif durant maintenant près d’une journée complète, Combineman décida de s’arrêter pour prendre un peu de repos et faire le point. Ses lectures de l’énergie mystique lui indiquaient clairement que The Dog Spirit se trouvait à proximité. En quête d’indices supplémentaires, il écouta la nature avec attention. À part le bruit ordinaire qu’une personne peut entendre dans les marais à toute heure du jour ou de la nuit, soit les insectes et les différents petits animaux qui s’amusent dans l’eau peu profonde en faisant des clapotis, le chaman distingua bientôt des sons inusités, qui trouvèrent écho dans les fluctuations improbables des forces de l’environnement.

Cette fois-ci, nul doute possible : il se passait quelque chose de gros. Combineman courut droit devant lui vers la source des bruits et de la perturbation. Oubliant que ses bas noirs magiques, qui lui permettaient généralement de se déplacer furtivement, étaient mouillés (ce qui annulait leur furtivité), le chaman ne prit pas soin d’avancer avec subtilité. Au fur et à mesure qu’il se rapprochait de l’endroit ciblé par ses intuitions chamaniques, il crut comprendre qu’un combat se préparait. Sa course dans le marais, fort bruyante, ne tarda pas à ameuter les protagonistes du combat en question, qui regardèrent spontanément en direction de laquelle celui-ci arriverait d’ici quelques secondes. Combineman s’engouffra dans un grand bosquet et, tout juste avant d’en sortir, sa ceinture dotée de conscience décida que l’inattention du chaman constituait un prétexte parfait pour se dénouer de sa taille et l’enfarger.

C’est ainsi que Combineman déboucha de l’herbe haute en s’étalant de tout son long vers l’avant, les combines baissées…








La suite...

... n'a pas encore été rédigée.







Retour à la page du TOME I

Retour à la page principale de starscrap.org