
| TOME I : Hoverbus de l'enfer CHAPITRE II |
| Lumière et Ombre |
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Lorsque le calme revint, quelques courts instants plus tard, les élèves, ainsi que Gordon, se questionnaient sérieusement sur ce qui venait de se produire et, en fait, se demandaient s'il venait objectivement de se produire quoi que ce soit. Le hoverbus continuait sa route sans problème. Les élèves, plutôt silencieux, s'interrogeaient du regard. Le questionnement continua, cette fois-ci sous forme d'un bouhaha verbal, et les élèves réanimèrent enfin leurs conversations. Gordon regarda dehors, par le pare-brise avant, et il lui sembla rapidement évident que quelque chose avait changé, même s'il doutait sérieusement de ses perceptions à ce moment-là, encore sous le choc de la lumière et des turbulences aériennes aussi soudaines que inexplicables. Gordon jeta un long regard dehors, puis sur ses instruments. Il volait toujours dans la même direction, mais les coordonnées ne correspondaient pas à ce qu'elles étaient quelques minutes auparavant. Il posa alors comme hypothèse que le phénomène étrange était à l'origine de problèmes transitoires avec les outils de navigation. Le temps, aidé d'une petite réinitialisation manuelle du système, arrangerait les choses. Quelques instants plus tard, toutefois, rien ne s'améliorait. Gordon tenta d'utiliser l'unité de communication pour signaler ses difficultés et obtenir de l'assistance. Sa surprise fut grande lorsqu'il comprit que l'unité de communication fonctionnait correctement, mais que tous les canaux ne transmettaient que du bruit. À ce moment-là, Gordon regarda encore une fois vers l'extérieur. Il vit que le hoverbus approchait des collines, première et modeste démarcation graduelle de relief, juste devant un ensemble de petites montagnes. - Gordon : North Valley est entourée de montagnes... mais... il n'y a pas de montagnes, dans North Valley. Le chauffeur continua sa réflexion sans parler. Non, l'épisode de grande luminosité, d'une durée si courte, ne pouvait pas expliquer le si grand écart de la trajectoire habituelle. L'hoverbus ne pourrait jamais arriver au bout de la vallée en si peu de temps, lumière soudaine ou pas. Ses yeux dérivèrent vers l'horizon. Le firmament, plus obscur que tout à l'heure, portait une teinte bizarre, sorte de bleu et de mauve marbrés erratiquement. Gordon, d'un survol visuel bref, analysa de nouveau les données de ses instruments, et comprit que rien ne pouvait être compris. Des pensées postapocalyptiques irrationnelles envahirent son esprit : la grande luminosité venait-elle d'une bombe qu'une race extra-terrestre malveillante aurait balancée sur North Valley ? Était-il, avec les élèves du hoverbus un des rares survivant-e-s ? Ou encore, venait-il d'être téléporté sur une autre planète, ou même dans une autre dimension ? Il tenta de chasser ces idées, se disant qu'il devait avoir frappé une tempête, une perturbation, ou quelque chose de nature météorologique. Il réussit à éliminer les scénarios les plus invraisemblables, mais une angoisse résiduelle importante demeurait. Tout comme Gordon, plusieurs élèves regardaient maintenant dehors par les hublots rectangulaires qui garnissaient les côtés de l'hoverbus en une longue bande. Les interrogations se multipliaient. Quelques-un-e-s tentaient de comprendre; les autres essayaient de croire leurs sens. Un ahurissement généralisé s'installa parmi les élèves, mélangé à de la curiosité et de l'excitation. Un petit groupe de jeunes hommes aux allures non conventionnelles recommença à jaser d'autre chose. Le plus impulsif de la bande, qui parlait d'abord, pensait ensuite, et parlait encore, rompit le silence avec une remarque des plus intelligentes.
- Eddel : Heille, c'est comme dans un film d'horreur, mais en très petit budget. Eddel commença alors à le frapper avec une règle de plastique en poussant des rugissements excessifs (en fait, il serait peut-être plus adéquat de parler de mugissements) et s'arrêta rapidement lorsque Crosseteer cessa de protester. Eddel, être théâtral s'il en est, appréciait autant étaler son savoir des choses obscures (dans tous les sens du terme, i.e. il aimait bien les trucs macabres inconnus) que de se surexciter pour des détails, si possible publiquement, et aux dépens d'une autre personne. Dapak le tempérait avec plus ou moins d'habileté, et Crosseteer écopait invariablement, ce qui remettait en jeu sa fragile réputation de sportif bien-pensant et de bonne famille à tous les jours, voire à tous les instants. Pendant ce temps, une autre conversation démarrait, cette fois-ci à propos des herbes que Driquett, le gars aux cheveux longs et au calme absolu, traînait toujours avec lui. Le débat était maintenant faussement ouvert, à savoir à quoi elles pouvaient bien servir, tandis que le principal intéressé s'affairait à lancer ses amis sur des pistes les plus confuses possibles. - Driquett : Bon, là, écoutez, ce sont des herbes à tisane. Moi, j'ai tout dit ce qu'il y avait à dire là-dessus. Driquett s'enfonça dans de profondes méditations tout en effectuant quelques exercices mentaux. Il ferma les yeux et tenta d'atteindre, une fois de plus, l'Illumination. - Joepe : Bien, si on tient compte de plusieurs choses dans la discussion, et de ce qu'on en disait l'autre jour, la fois d'avant, et l'autre fois d'avant aussi, bien je pense que c'est effectivement peut-être juste des herbes à tisanes. Joepe, ce jeune artiste, ajoutait une touche plus raisonnée au groupe et pouvait, peu importe les circonstances, lancer une discussion sur la dialectique fondamentale de l'existence dans laquelle s'engouffraient avec joie les Dapak, Driquett et Eddel (ce dernier ayant un peu l'effet d'un raz-de-marée qui menait souvent à une déconstruction totale de la possibilité de discuter sérieusement), tandis que Érbel se contentait de passer un ou deux commentaires, sporadiquement.
- Érbel : Des tisanes illégales. Driquett les ignorait. - Langer : Esti que cela m'écoeure, moi, cela... Il détourna la tête en faisant un signe subtil du poing.
- Joepe : Quoi ? Il fit un signe de la main de façon volontairement excessive, afin de signifier avec une rhétorique imparable à son bon ami qu'il n'y avait plus rien à en tirer. Langer évitait de trop exhiber ses véritables croyances. Il demeurait mystérieux même pour ses amis, mais cela ne l'empêchait certes pas de désamorcer les situations les plus philosophiques par une remarque bien terre-à-terre ou un détournement de l'attention du groupe. Cette fois-ci, Eddel allait capitaliser là-dessus à son propre avantage.
- Eddel : Oui, en effet, comme Langer le disait, Crosseteer, là, tu es très fermé d'esprit. Il faut que tu ouvres ton esprit aux nouvelles possibilités de la conscience. Cette remarque amusa le groupe, plus particulièrement le frère de Langer, Érbel. Crosseteer n'était plus trop capable mais, cette fois-ci, il décida qu'il ne souhaitait pas compromettre sa réputation deux fois de suite en dix minutes. Il détourna la tête en signe de défaite, tandis que Eddel s'évertuait à le provoquer à tue-tête, et s'énervait de plus en plus à chaque fois que cela ne fonctionnait pas. Cependant, les autres élèves ne l'entendaient plus. Une ombre était lentement apparue d'un côté du hoverbus et les élèves se demandaient bien ce que c'était. Les élèves regardaient maintenant de l'autre côté de l'hoverbus avec curiosité, s'attendant à ce que l'ombre traverse. Quelques instants s'étaient écoulés, mais rien ne se produisit. De son côté, Gordon n'avait pas encore remarqué ce nouvel événement; il désespérait de comprendre la situation et toute sa concentration s'orientait, avec force espoir, vers le tableau de bord et ses instruments toujours muets. Le silence soudain et généralisé des élèves (sauf Eddel) devint un peu paniquant pour tout le monde. L'ombre passa de l'autre côté de l'hoverbus et plusieurs élèves s'entassèrent sur les sièges afin de la voir. Quelque chose jetait une ombre, mais qu'est-ce que cela pouvait bien être ? Tous-tes se le demandaient. Malheureusement, il n'était pas possible de le déterminer puisque l'ombre se promenait de façon imprécise, en oscillant au-dessus de l'hoverbus. L'angle des hublots ne permettait pas de couvrir cette partie du champ de vision. Quelques minutes auparavant, dans le pont inférieur du hoverbus, l'incompréhension faisait place à l'inquiétude. Les élèves perçurent très vaguement une sorte d'éclat, qui illumina un peu plus que d'habitude cette partie du hoverbus. Cependant, ce n'était pas un événement; pour les élèves d'«en-dessous», l'ouverture sur le monde extérieur se limitait à une fente angulaire de quelques centimètres de hauteur, disposée sur chaque côté du vaisseau à la manière d'une meurtrière. Les ingénieur-e-s concevant ce modèle de hoverbus estimaient, avec raison, que l'implantation de ces fentes dans le design rendrait inutile l'installation de dispositifs d'éclairage et de ventilation. Néanmoins, ce n'étaient pas des fenêtres; même en se contorsionnant dans une position impossible, une personne ne pouvait pas vraiment en arriver à extraire quelque information visuelle pertinente que ce soit en provenance de l'extérieur. Suivant de près la lumière, des turbulences aériennes firent vibrer le hoverbus tout entier, ce qui inquiéta les élèves du pont inférieur. - Aaha : ! Elle s'agrippa à sa cousine Miréa, qui la fixa de façon intense, d'une bien angoissée stupéfaction. - Tyscar : Qu'est-ce que c'est que cette merde ? Quelques instants plus tard, ils et elles entendirent les personnes du pont supérieur se ruer d'un bord, puis de l'autre, du hoverbus. Le transport tangua sensiblement vers la droite, puis ver la gauche. - Bimas : Heille, calmez-vous, bande de petits criss !!! Contrarié par toute cette agitation – car il souhaitait sommeiller – Bimas donna quelques coups de poing dans le plafond. - Mahare : Ouais ! Sinon, il va aller monter vous voir, puis il va vous dégueuler dessus ! Il se relève d'une brosse, lui-là ! En criant cela, elle n'était qu'à moitié sérieuse. D'un côté, elle savait qu'il ne pouvait pas vraiment monter sur le pont supérieur, les deux modules de l'hoverbus ne communiquant pas. D'un autre côté, elle espérait que, si cela devait arriver, Bimas ne serait pas malade sur elle. Elle jeta un regard furtif vers lui et se rendit compte, de par la teinte de son visage, que cela pourrait devenir un problème si le vaisseau ne cessait pas de se faire aller d'un bord, puis de l'autre. Dans un tout autre état d'esprit, l'instabilité du hoverbus donna l'idée à Stevard de lever les bras vers le haut, comme s'il se trouvait dans un manège de parc d'attractions arrivant à un point particulièrement excitant de son parcours. Les jeunes de l'étage du bas du hoverbus trouvèrent cela bien drôle; plusieurs, de l'arrière vers l'avant, répétèrent le même geste en une vague spontanée et chaotique. Cet acte peu sérieux, qui arrivait fort à propos, détendit l'atmosphère. Néanmoins, la situation demeurait intrigante, voire inquiétante, pour la population du pont inférieur. Si elle ne pouvait rien voir de ce qui se passait dehors, elle sentait bien qu'il se passait quelque chose d'anormal.
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| L'Atterrissage |
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Dans le pont supérieur du hoverbus, les élèves devenaient presque obsédé-e-s par cette ombre étrange qui se promenait au-dessus d'eux-elles. Plusieurs suivaient ses déplacements en allant d'un bord à l'autre du hoverbus, de gauche à droite, et de droite à gauche, espérant éventuellement satisfaire leur curiosité en voyant ce que cette chose pouvait bien être. Leur quête vers la vérité ne se voyait pas partagée par tous-tes. Ainsi, un groupe d'élèves assis à l'arrière du hoverbus se fichait royalement de savoir ce qui se passait à l'extérieur, ayant en tête des préoccupations différentes, plus personnelles. Ces individus peu estimables régnaient sur un royaume de médiocrité et d'endroits assez profonds de l'école secondaire et ce, avec une fierté non dissimulée.
- Girodos : Heille, avez-vous vu Bimas ? Je pense qu'il a quelque chose pour moi. J'espère qu'il n'a pas encore foxé, le gros calice. Anyway, il ne peut plus bien-bien... Venant d'en-dessous, la voix excédée de Bimas, ainsi que quelques bruits sourds, se firent entendre à travers le plancher, comme pour donner raison à Fepari. Ce dernier, jeune homme effronté, musclé et prompt à se servir de sa force, ne se gênait pas pour donner son opinion. Sa philosophie de base se résumait à détester quiconque ne faisait pas partie de son groupe, et encore, ce n'était pas une garantie. Girodos, tout aussi impertinent, était cependant plus calme, passif, et légèrement plus gros. Contrairement à Fepari, il ne méprisait pas les gens a priori, surtout s'il pouvait niaiser avec eux-elles à un moment donné. Avec sa réputation déjà acquise, il faisait partie de la petite noblesse déviante de la cour d'école, un des barons du seigneur Bimas.
- Girodos : T'avais raison ! Son rire avait pris quelques secondes à s'enclencher franchement. Barben participait aux activités du groupe, et les gens l'appréciaient. Ses ami-e-s passaient une partie importante de leur vie scolaire à tourmenter les autres élèves, alors le simple fait d'être avec le groupe et de rajouter une insulte gratuite ou deux, de temps à autres, lui assuraient une place confortable dans la société étudiante. Même si les personnes de son entourage ne le reconnaissaient pas comme un individu spécialement intelligent, voire normalement alerte, ils et elles ignoraient malgré tout que Barben ne saisissait à peu près jamais rien de ce qui se passait. Il réussissait quand même à préserver les apparences et fonctionnait sur le pilotage automatique, ses quelques épisodes précoces de prise de drogues (très) dures ayant subtilisé à tout jamais la conscience à son cerveau. Néanmoins, ses yeux affectés, sans vie, ne révélaient pas son état au grand public, grâce à sa longue et abondante chevelure noire qui les cachait. Heureusement, car, même éveillé, il semblait toujours dans un état second. JOL, individu significativement plus vieux physiquement que mentalement, trop grand, doté d'une intense coiffure frisée (une sorte d'afro involontaire), aurait bien apprécié participer à l'édifiante conversation de ses amis, si seulement il avait écouté. Mais, à ce moment-là, autre chose absorbait JOL : il regardait par une des fenêtres du hoverbus. Il voyait un spectacle singulier se dérouler en bas. Un individu en gris, entouré d'une sorte de nuage de brume, s'agitait de façon caricaturale. La scène l'amusa un peu, pas mal.
- JOL : Euheu, euheuheu, euheu... Il lui parla doucement et amicalement, comme à un enfant, ne voulant pas le brusquer. Cela ne donnait jamais rien, de toute façon.
- JOL : Euheuheu ! JOL et Barben riaient maintenant de l'ensemble de la situation. Désespérant un jour recevoir une réponse sur ce qui amusait JOL, Faque regarda à son tour par la fenêtre. Il eut un peu de difficulté à voir, JOL appuyant ses mains sur le hublot, mais aussi son visage, afin de se placer dans une position qui lui permettait (croyait-il) de mieux voir. L'acolyte un peu gros de Barben ne comprit pas immédiatement ce qui se passait de si drôle. Faque regarda JOL de façon dubitative, la bouche en forme de «v». Il scruta ensuite l'extérieur par sa propre fenêtre et il vit un humanoïde gris qui s'énervait dehors, mais ce n'était pas particulièrement drôle. JOL continuait à rire un peu, assisté de Barben, qui trouvait la situation divertissante passablement par défaut. Faque fixa JOL, puis Barben, et fronça les sourcils. Il ne voyait pas le fin mot de toute cette histoire; néanmoins, en cet instant, il appréciait franchement la clarté relative de ses idées par rapport à celles de ses amis. Pendant ce temps, Girodos et Égétée s'injuriaient solidement; cette dernière marquait pas mal plus de points que son adversaire dans la joute d'insultes. Grâce à son retard académique qui lui donnait un avantage développemental sur ses collègues, Égétée pouvait être considérée comme une impitoyable maîtresse de l'engueulade, qui trucidait quiconque... Soudainement, le hoverbus commença à vibrer. Un grand bruit se fit entendre, comme une sorte de puissant grondement. JOL aperçut l'espace d'un instant une lumière bleue toucher le petit personnage en gris, puis se rapprocher et arriver par-derrière. Il figea. À l'avant du hoverbus, Gordon serra instinctivement les commandes pour maintenir son contrôle sur l'engin. Un petit voyant rouge, puis un voyant orange, apparurent sur l'affichage des indicateurs système, ce qui attira son attention. Il se rendit compte avec angoisse que les moteurs venaient de s'éteindre et que le système électrique était survolté. Le hoverbus perdait maintenant de l'altitude et tremblait de plus en plus. Gordon tenta de redémarrer le système, mais en vain : l'interférence due à la surcharge ne se dissipait pas. Dans le pont inférieur du hoverbus, Bimas, qui se sentait déjà le système digestif fragile, ne put contenir plus longtemps la frustration de ce dernier. Les plus récents soubresauts du hoverbus étaient de trop. Il se pencha au complet vers l'avant, écarta les jambes et vomit généreusement, sous les cris de panique de Mahare, qui espérait ne pas être atteinte par les résidus gastriques de Bimas, elle qui avait fait bien des efforts ce matin-là pour améliorer son apparence physique à l'aide d'artifices cosmétiques de peu de valeur. D'autres élèves crurent que Mahare criait à cause des turbulences, et se mirent aussi à crier, avec raison. Le hoverbus, par sa descente en nette accélération, se rapprochait dangereusement des collines. L'arrière, plus lourd parce que les moteurs et plusieurs machines s'y trouvaient, pendait vers le bas. Gordon tenta à nouveau de réactiver le système électrique et, par extension, les moteurs. Cela ne fonctionna pas, et le conducteur savait maintenant qu'un atterrissage forcé se produirait dans les secondes à venir. Il pensa crier «Accrochez-vous !!!», mais il ne le fit pas. Inconsciemment, il évalua que ce serait peine perdue : non seulement il n'aurait pas le temps, mais en plus il ne serait pas vraiment entendu, et puis les élèves ne pouvaient s'accrocher à rien. Le dessous du hoverbus toucha l'épais tapis de neige recouvrant sol. Puis, dans un torrent de flammèches et de cris d'horreur, la partie supérieure du hoverbus s'affaissa sur, puis broya, le pont inférieur, tuant instantanément les élèves qui s'y trouvaient. Ensuite, le reste du hoverbus rebondit. Le seul individu du pont inférieur qui survécut fut Bimas. Étant penché à cause de son vomissement, il se releva juste au moment où un large trou venait de se former dans le plafond. Il aperçut des parties de ses ami-e-s d'en bas, répandus un peu partout. La seule chose qui lui vint à l'esprit fut que c'était dommage pour la tête de Mahare (désormais aplatie). Sa surprise fut grande, toutes raisons confondues; malgré tout, la stupéfaction de ses camarades d'en haut de le voir apparaître à l'improviste près de leurs pieds n'avait pas d'égal. Un d'entre eux-elles se ressaisit rapidement, et fit une remarque inappropriée, probablement à cause de son étonnement. - Girodos : Salut Bimas, man ! Je te cherchais, justement... Lorsque le vaisseau toucha le sol, l'électricité excédentaire présente dans les systèmes du hoverbus se libéra. Tout juste avant de rejoindre la terre, un courant se répandit de bord en bord du hoverbus, donnant des chocs à plusieurs personnes au passage. JOL, dont le visage et les mains étaient appuyés sur les divisions métalliques du hublot, reçut une dose mortelle d'électricité, ce qui amplifia considérablement les dimensions de sa coiffure (ainsi que l'aspect involontaire de celle-ci). Les moteurs, soulagés de la surcharge électrique, repartirent instantanément. Le hoverbus reprit de l'altitude sous la violente impulsion fournie par le système de propulsion. Le pont inférieur, dont les structures de soutien avaient été brisées, se détacha et retomba par terre. La neige accueilla mollement cet ensemble innommable de métal, de plastique et de parties humaines ensanglantées. Assis quelque part entre les débris du bas et la partie du haut, Bimas entreprenait de se hisser vers le pont supérieur du hoverbus. Il réussit de justesse à s'agripper au plancher du pont supérieur lorsque le vaisseau se divisa en deux parties. Une seconde plus tard, une accélération soudaine fit lâcher prise à Bimas. Il commença à tomber, repoussé avec force vers l'arrière. Les rebords métalliques inégaux du trou entre les deux ponts agirent comme un couteau dentelé mal effilé, et trancha son corps en deux parties. Sa tête, aspergée de beaucoup de sang mais aussi d'un peu de vomissures, roula entre les jambes des élèves du pont supérieur, leur adressant au passage un regard figé. Les survivant-e-s ne remarquèrent pas particulièrement cette entrée en scène spectaculaire, trop occupés à paniquer et à crier pour manifester leur incessante volonté de vivre. Gordon ressentit du soulagement lorsque les moteurs revinrent et que le hoverbus remonta avec vigueur. Ce sentiment fut de courte durée. Il constata rapidement – avec horreur ! – qu'une des deux moitiés du vaisseau ne faisait plus partie de l'ensemble. Il comprit implicitement ce qui venait de se passer, mais une surprise de plus l'attendait. En effet, le contact avec le sol eut d'autres conséquences que la simple destruction du pont inférieur et de ses occupant-e-s. L'accélération démesurée acheva de briser la partie arrière du hoverbus, déjà fragilisée par tout ce stress mécanique. Plusieurs systèmes, machines, ainsi que les moteurs et le générateur nucléaire, se répandaient maintenant en pièces détachées dans les collines. Malgré les tentatives de Gordon pour faire quoi que ce soit d'utile, les commandes ne répondaient plus. Le hoverbus, sur sa petite lancée d'accélération qui se termina abruptement, retomba bientôt lourdement dans la neige des collines. Il fit un tête-à-queue, versa sur le côté, puis s'arrêta progressivement. Le freinage s'effectua sur quelques centaines de mètres avant que le vaisseau de transport, du moins ce qui en restait, ne s'immobilise enfin. |
| La Créature |
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Malgré l'impact entre le hoverbus et le sol, et tout le mouvement qui s'ensuivit, Gordon avait conservé ses esprits. Il se sentait un peu à l'envers et ce, dans tous les sens du terme, puisque le hoverbus – et, par le fait même, son conducteur – se trouvait dans une position plutôt inhabituelle, sur le côté. Gordon se frotta grossièrement le crâne et entreprit de se lever pour voir dans quel état se trouvaient les élèves du pont supérieur. Il commençait tout juste à se dépêtrer qu'il entendit un bruit métallique au-dessus de lui. Quelque chose venait manifestement de tomber, ou de se poser, sur le premier tiers du hoverbus. Gordon ne bougea plus, attendant la suite. Il crut discerner des bruits de pas sur la carlingue. Quelqu'un ou quelque chose de passablement lourd marchait vers l'avant. Il y eut un arrêt, puis un dernier pas, plus lourd que les autres. Le hoverbus s'enfonça légèrement dans la neige. Sans bruit, une longue minute s'écoula. Gordon restait sans bouger, aux aguets. Il espérait que la cause du bruit passerait devant le pare-brise; il saurait alors mieux ce qui se passe. Peut-être s'agissait-il de secours ? (Non). Quelques instants plus tard, ladite cause se manifesta effectivement. Dans un bruit de métal tordu, une partie de la paroi du hoverbus tout près de Gordon fut arrachée avec force. La position de Gordon ne lui permettait pas de voir précisément à cet endroit. Il se redressa pour vérifier ce qui venait de faire cela, mais fut trop lent. Au moment où il se leva enfin, le dessus tout entier de la cabine de pilotage fut déchiré. L'instant d'après, une grosse tête vaguement humanoïde, semi-animale, avec des cornes et une sorte de main ou de patte très large et griffue, se trouvaient immédiatement en face de Gordon. La créature lui fit un sourire méprisant, se recula un peu, prit son souffle, ferma les yeux et poussa un cri à pleins poumons des plus intimidants en sa direction. La force de ce bruit paralysa Gordon de peur, déjà sous le choc d'avoir une bête aux allures de démon si près de son visage alors que pareille créature n'était pas réputée exister sur la planète Camza. Le conducteur du hoverbus n'eut pas le temps de crier. Avant qu'il ne puisse penser à quoi que ce soit, la créature le faucha avec les longues griffes de sa patte droite. Quatre blessures, sillons ensanglantés profonds de quelques centimètres, tracées par l'équivalent de lames acérées, marquaient maintenant son abdomen. Le coeur de Gordon avait été sectionné au passage et ses côtes, brisées de bord en bord en cinq parties. Il mourut presque instantanément, mais eut tout de même le privilège, avant de perdre conscience une fois pour toutes, de voir une sorte de sourire malsain apparaître sur le visage de la créature alors que celle-ci jetait à terre un bout de son coeur comme on se débarrasse d'une saleté qui s'accroche. La créature poussa un nouveau cri, cette fois-ci de plaisir victorieux. Elle tenta d'entrer dans le hoverbus, mais son envergure considérable lui posait problème. Elle choisit alors de procéder une étape à la fois, en arrachant successivement chaque panneau de métal de la carlingue qu'elle rencontrait. Le contact entre le métal et les griffes du démon faisait un vacarme grinçant tout à fait insupportable, un genre de craie qui crie contre un tableau, mais à la puissance dix. Même ledit démon ressentait de la difficulté à endurer ce bruit, et bougea sa tête comme pour trouver une position dans laquelle ses oreilles entendraient moins. Les élèves, voyant une sorte de monstre énorme briser le hoverbus avec facilité et se saisir de leurs collègues d'en-avant pour les hacher aussitôt, paniquèrent de façon spectaculaire. L'instinct de survie et les émotions prenaient complètement le dessus, et les élèves devenaient désorganisés : cris, agitation, coups donnés au hasard, mouvements chaotiques, panique, pleurs. Ils et elles en oublièrent presque l'affreux crissement des griffes du monstre contre le métal. Amoron et ses camarades (Big D., Burnelle, Dankill, Massi et Meldou) qui, rappelons-le, étaient assis à peu de distance derrière le conducteur, intéresseraient bientôt la créature. Dankill, regardant sans bouger le monstre qui s'approchait et hurlait pour terroriser ses victimes éventuelles, se sentit comme lorsqu'il allait à la chasse avec cousin Big D., et son père, mais en ayant cette fois-ci le rôle du chassé (la proie) plutôt que du chasseur. Il réussit à garder un calme relatif, puis saisit le bras de son cousin avec force. Ce dernier se retourna vers lui. Dankill le regarda dans les yeux et vit que lui non plus n'avait pas encore perdu tous ses moyens. - Dankill : On est les prochains. Faut sortir. Pendant qu'elle va être occupée ici, elle ne nous courra pas après. Big D. acquiesça. Dankill brisa la fenêtre d'un coup de ses bottes de surplus d'armée, puis entreprit de sortir, les pieds devant, se suspendant au montant de la fenêtre. Big D. surveillait ses arrières. Il constata que la créature avait fort à faire à anéantir maladroitement un élève qui criait sur un ton particulièrement assourdissant. Il se dit que la voie était libre avant de se jeter à son tour dans le trou que son cousin venait de faire. Burnelle sauta de son siège puis, par une petite manoeuvre de gymnastique improvisée, passa au-dessus des bancs et sortit elle aussi par la fenêtre brisée. Ce fut au tour de Meldou. Elle essaya, avec peine parce que son habillement ne lui facilitait absolument pas la tâche, de se déplacer jusqu'à la fenêtre en empruntant le même chemin que Burnelle. Elle le faisait de façon plus ou moins adroite, en se tortillant beaucoup. La créature, à cause des mouvements de Meldou, remarqua non seulement celle-ci, mais aussi le trou dans la fenêtre. Le démon eut une réaction de frustration, et il cracha agressivement dans le sang qui mouillait l'allée entre les sièges du hoverbus. Puis, il se dirigea rapidement vers Meldou; celle-ci figea de terreur. La créature l'empoigna sans ménagement par le haut du corps et lui brisa les os des épaules, et lui cassa aussi le cou par la simple poigne de sa patte droite. Meldou, ayant perdu ses fonctions sensorimotrices en même temps que le lien avec sa colonne vertébrale, devient toute molle; elle coula entre les doigts du démon et prit un bain de sang en tombant dans l'allée. En temps normal, elle aurait été horrifiée par toute cette saleté dans ses longs cheveux blonds. Trop surprise pour penser à cela, elle gisait maintenant par terre, paralysée par la peur et sa condition médicale, lorsque la créature se pencha vers elle et l'écrasa avec le revers de son énorme patte antérieure grise et brune comme un vulgaire maringouin. Entre-temps, Massi avait réussi à briser une deuxième fenêtre. Sorti du hoverbus, il courait maintenant pour rejoindre Dankill, Big D. et Burnelle. Quant à Amoron, il rampait pitoyablement vers la fenêtre, et réussit avec embarras, malgré la mobilisation de tout son organisme par la peur, à se hisser dehors. Son immense manteau blanc, qui s'apparentait davantage à une tente qu'à un revêtement hivernal, s'additionnait à sa corpulence pour le ralentir encore plus que d'habitude. En ayant fini de Meldou, la créature constata avec irritation qu'elle venait d'en échapper quelques-un-e-s. Elle se retira de la carcasse du hoverbus, jetant nonchalamment par-dessus bord un élève à moitié déchiqueté qui geignait faiblement tant sa douleur l'affaiblissait. Celui-ci aboutit misérablement dans un banc de neige, et continua son agonie sans originalité, le froid ajoutant à son malaise. Évaluant brièvement la situation, la créature descendit du vaisseau. Puis, elle sauta majestueusement sur place, très haut, se laissant ensuite planer en direction des fuyard-e-s à l'aide de ses longues ailes. Pendant ce temps, les autres élèves du hoverbus, petites fourmis sans reine dont un tamanoir affamé venait de découvrir le nid, firent instinctivement l'une des trois choses suivantes. Les premier-ère-s se contentèrent de continuer à faire ce qu'ils-elles faisaient déjà, c'est-à-dire paniquer. D'autres entreprirent de sortir par les issues de secours et de courir dans une direction différente de celle prise par Dankill et ses ami-e-s, jugeant que, pour des raisons de nature géographique, la créature ne pourrait pas les attraper tous-tes. Les partisan-e-s de la troisième option se cachèrent quelque part dans le hoverbus, espérant que la créature ne reviendrait pas ou ne les découvrirait pas. Cette dernière, fort avantagée par son physique puissant et ses ailes, rattrapait aisément les élèves en fuite. Elle passa au-dessus de ceux-ci et de celle-ci, qui regardèrent chacun leur tour vers le ciel lorsque l'ombre gigantesque les survola. La créature se retourna et se posa doucement un peu plus loin. Elle faisait face à Dankill et Big D., qui ouvraient la marche dans le petit groupe de fugitifs. Ceux-ci s'arrêtèrent net et prirent des positions penchées vers l'avant, les bras étendus sur les côtés, se distançant quelque peu comme pour encercler stratégiquement le monstre. Massi et Meldou étaient à quelques mètres de distance. Il et elle changèrent immédiatement de cap et continuèrent à courir. Amoron, loin derrière, devenait considérablement essoufflé après cette courte course. Respirant avec difficulté, les lunettes toutes embuées, il s'enfargea dans une petite motte de glace qui dépassait. Amoron tomba face contre neige et sa lourdeur le fit s'enfoncer d'environ un demi-mètre de profondeur.
- Dankill : OK, doucement, doucement... Dankill regarda furtivement vers l'arrière, et constata que lui et son cousin étaient seuls. Il se dit alors qu'il était bien dommage de ne pas avoir sous la main une arme lourde dont la dernière édition de son périodique militaire préféré vantait les mérites. La créature innommable restait là à les regarder, elle-même en état d'appréhension, en mode chasse. Elle prit soudainement conscience que les deux petits humains, désarmés et au physique bien frêle, ne pouvaient pas réellement lui opposer quelque résistance que ce soit. Le démon s'avança vers Dankill et tenta de le faucher à l'aide des griffes de sa patte antérieure droite. Ce dernier, plus rapide, se jeta par terre vers l'avant et l'évita ainsi, tandis que Big D. se dirigeait derrière la créature. Dankill passa entre les jambes du démon, et frappa au passage ce qu'il croyait être l'équivalent de ses organes génitaux comme on frappe un ballon-poire. Big D. se rapprocha et donna la main à son cousin pour l'aider à se relever. Légèrement contrariée, la créature balaya ses arrières d'un violent coup de queue. Penché, Big D. la reçut en pleine figure. Son nez, désormais réduit en éclats d'os, entra dans son cerveau et créa une lésion majeure à l'hypothalamus. Privé de cette zone essentielle, mais aussi de l'intégrité générale de son crâne, Big D. tomba à genoux alors que son liquide céphalorachidien s'engouffrait dans ses voies respiratoires. Dankill, de son côté, fut embroché par deux des longues cornes qui dépassaient de la queue de la créature. Cette dernière donna un second coup de queue et Dankill atterrit quelques mètres plus loin, ses blessures initiales s'étant considérablement agrandies à cause de cette deuxième attaque. Le démon se retourna, satisfait du résultat, et perçut deux autres humains (Burnelle et Massi) qui se sauvaient à la grande course. Le monstre se lança à leur poursuite et, arrivé près de Massi, le botta en direction du hoverbus. Si celui-ci ne vit même pas arriver cette frappe, il en ressentit néanmoins les effets. La créature lui avait donné un coup de pied dans le bas du dos qui lui brisa le coccyx (et quelques vertèbres) et lui fit perdre la respiration. Il se retrouva instantanément projeté à grande vitesse vers la carcasse de métal du hoverbus, et s'y écrasa. Sa cage thoracique et ses poumons furent défoncés par l'impact, ce qui ne l'aida certes pas à reprendre son souffle. Massi glissa le long d'un pan de métal du vaisseau, laissant au passage une épaisse trace de sang qui ralentit sa chute. Burnelle s'était arrêtée de courir. Se retournant, elle faisait maintenant face à la créature, qui s'approchait rapidement. Arrivée à quelques mètres de Burnelle, elle ne remarqua pas qu'elle marchait maintenant sur une grande plaque de glace, véritable patinoire. La créature marchait trop vite en raison de sa hâte meurtrière. Elle perdit pied, dérapa, puis tomba vers l'avant, comme Burnelle l'espérait. Malheureusement pour elle, le démon l'utilisa involontairement comme amortisseur de chute. L'élève fut complètement écrabouillée entre la volumineuse créature et la dure couche de glace. La créature se releva. Elle se débarrassa de la dépouille de son coussin de circonstance, collé à celle-ci, en le saisissant avec deux de ses doigts et en le jetant avec une légère réaction de dégoût. Burnelle l'avait en effet aspergée d'un liquide rouge et gluant un peu partout sur le haut de son corps, ce qui n'était ni très propre, ni très élégant. Elle entreprit alors de retourner au hoverbus pour continuer le massacre laissé en plan plusieurs minutes auparavant. |
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Vous voilà à la croisée des chemins
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